CHAPITRE V
Marie , la santé des jnalades.
i.° Chacun des titres que l'Eglise célèbre dans la mère de Dieu , mérite d'être envisagé , médité et léiléchi en particulier, pour comprendre et pour sentir ce qu'il renferme de consolant pour nous. Marie , la santé des infirmes, S al us mfirmoriun. Que nous apprend de consolant ce nouveau titre dans la mère de Dieu ? Marie est la santé des malades , c'est-à-dire , que non-seulement elle s'empresse de s'intéresser pour nous auprès de Dieu , lorsqu'il s'agit du salut de nos âmes ; mais encore qu'elle emploie son crédit pour ce qui regarde nos corps , afin de nous obtenir la guérison dans nos maladies , lorsque cela nous est utile pour la plus grande gloire de Dieu et pour notre salut.
2.° Qui pourrait raconter ici combien de personnes ont recouvré la santé par son intercession , après que l'art de la médecine avait épuisé toutes sqs
^2 8 Déi^otlon à la S* Vierge.
ressources, lorsque <ous ceux qui font profession de trailer de la guërison du corps humain les avaient abandonnés?
Combien à'Eoc-i^oto , dans les églises dédiées à Marie , attestent ce que j'avance, et combien d'exemples secrets et inconnus le prouveraient de même !
3.^ Vous n'irez dans aucun pays du monde où vous n'entendiez des personnes vous dire , dans les transports de leur reconnaissance : J'étais atteint de tel genre d'infirmité, et après avoir imploré la protection de la mère de Dieu, j'ai été guéri.
Exemple d'une guërison miraculeuse, obtenue par i'invocatiou de Marie.
i.*^ Parmi les miracles qui nous sont connus , je me bornerai à en citer un seul , qui regarde Saint-Bernard. Ce grand Saint, étendu sur un lit de douleur , succombait sous le poids d'une maladie cruelle qui le déchirait ; cette maladie était telle qu'il n'avait pas même la force de prier , selon son désir. 11 s'adresse donc à l'un de ses disciples , et l'engage d'aller à l'autel
Li\^re lïL 529
dédié à Marie , afin de prier pour lui. Le disciple se jugeant indigne de prier pour un Saint tel que Saint- Bernard , refuse d'abord ^ mais Saint- Bernard emploie la voie du commandement : dès- lors le jeune disciple va prier, et sa prière est à peine finie , que Saint-Bernard est entièrement délivré de ses souffrances , et obtient une guérison parfaite.
Si tous les malades avaient la foi et la confiance de Saint-Bernard , ils sauraient bientôt tous comme lui, par leur propre expérience, avec combien de raison Marie est appelée la santé des malades»
Je ne dis pas cependant que tous soient guéris ; car il est des maladies qui sont des maladies de miséricorde , des maladies de grâce, qui nous sont envoyées de la part de Di?u . ou pour nous forcer de rompre avec le péché , et nous porter à nous convertir , bu bien pour nous faire exjûer par là à^s péchés qu'il nous faut expier dans ce^ monde ou dans lautre.
2.^ Mais alors nos nrières ne sont pas pour cela inutiles , puisqu'elles nous obtiennent àç^s grâces qui servent à hâter notre co^iveriion et à faire
5^0 Déi^otlon a la S. Vierge»
cesser en nous le règne du péché, qui est la cause de nos maladies et de tous nos maux ; ou qu'elles nous obtiennent la force de supporter ce que nous soufFrons avec plus de patience et plus de résignation , ce qui fait que nous avons plutôt rempli les brèches que nous avions faites à la juslice de Dieu par nos offenses , et qu'il arrive même souvent , qu'outre les mérites que nous acquérons pour l'éternité par la résignation dans cet état de souffrance , notre guérison vient encore comme il arriva dans Job et dans Tobie , à la suite de toutes ces dispositions préparées en nous par la grâce.
Sous tous ces différens rapports , soit que la maladie finisse plutôt , parce que nous en avons fait cesser plutôt la cause , soit qu'elle nous reste pour nous aider à atteindre plutôt la fin pour laquelle elle nous est envoyée , qui est par-dessus tout la vie éternelle, il convient toujours de reconnaître dans Marie le titre de santé des malades , parce que, si nous ne sommes point alors guéris quant au corps, nous recevons la guérison de l'ame , ce qui vaut infiniment mieux.