CHAPITRE IV
Marie consolatrice des ciffiigés.
i.° Non - SEULEMENT la reine des cieux reçoit avec bonté ceux qui ont recours à elle , qui réclament sa protection comme avocate, ou qui vont se jeter dans ses hras comme un refuge assuré , lorsqu'il s'agit de leur salut ; mais encore elle s'empresse de consoler ceux qui lui sont fidèles en toute occasion : c'est un troisième titre que lui reconnaît TEglise dans ces paroles : c( Consolatrice des affli- » gés , » Consolât ri jc a^lictoriim,
2*^ Au même endroit , dans la même
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prière , ce qui répond au même titre , Marie est encore appelée la cause de notre joie : Causa nostrœ tœtitiœ; et autre part ; Notre vie , notre espérance et la douceur de notre ame : Vita^ dulcedo et spes nostra ; et cela toujours pour peindre cette bonté , cette clémence dans Marie , qui la portent à consoler ceux qui sont dans l'affliction , -et qui gémissent dans cette vallée de misères et de larmes.
3.^ Je pourrais vous citer , à l'appui de ce que j'avance, mon cher Théophile , une infinité d'exemples ; mais qu'il me suffise d'en rapporter ici un seul dans la personne de Saint-François de Sales.
François de Sales, faisant ses études à Paris , fut assailli par des tentations de désespoir, et ces tentations furent telles qu'il se crut réprouvé à jamais , de telle sorte qu'il n'osait plus recourir à Dieu par la prière , ni lever les yeux au Ciel. Son état était d'autant plus digne de compassion , qu'il n'osait pas même faire part de ce genre de tentation à ceux qui étaient chargés de diriger sa conscience , ce qui aurait été un moyen efficace d'en être délivré.
324 Déi>otion a la S. Vîevge,
Tout le collège , les élèves comme les maîtres, voyaient le jeune de Sales dépérir chaque jour , sans connaître la cause de sa maladie. On jugeait que pour peu cjue cet état de choses pût durer , il devait infailliblement suc* comber et devenir victime de la mort.
Pendant tout ce temps-lk , François n'avait pas pensé de recourir à celle qui est appelée par excellence la consolatrice des affligés.
Cependant un jour, passant devant une église , il y entre , et après avoir adoré Dieu en tremblant , découvrant un autel dédié à la Sainte Vierge , il va se prosterner au pied de son image, et là , s'élevant au-dessus de cet abyme de désolation et de tristesse qui remplissent son ame, il fait à Marie cette prière de Saint-Bernard fa) :
« Souvenez - vous , ô très - pieuse vierge Marie ! mère de consolation !
(a) Memorare , o piissima virgo Mariai non esse auditum à seculo quemquam, ad tua ciirrentem prœsidia ^ tua iniplorantem auxilia, tua petentem suffragia^ esse derelictuni. Ego tali ani' matus confidentid , ad te, virgo virginum, mater ^ €urro , ad te venio , coram te geinens precator assisto ; noliy mater Verbi , verba mea despicere^ sed audi propilia , et exaudi. Amen,
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qu'il ne fut jamais dit et qu'on n'ouït jamais dire dans aucun siècle que celui qui a mis sa confiance en vous , qui a eu recours à vous , qui a imploré votre secours et réclamé votre assistance , ait été délaissé. Animé d'une pareille confiance , je viens à vous , vierge des vierges , mère de grâce et de miséricorde ; j'ai recours à vous , le front dans la poussière , les yeux baignés de larmes , et le cœur rempli des gémissemens qu'excitent en moi l'excès de ma misère et la rigueur des maux que je ressens; j'ai recours à vous , et vous offre humblement ma prière. Mère du Verbe , ne détournez point votre face de moi; ne fermez point votre oreille à mes cris et à mes humbles supplications ; mais soyez -moi favorable , et hâtezvous de me secourir , en exauçant la demande c[ue je vous fais. Ainsi soit-il.» 4.° A peine le jeune François a-t-il fini cette prière, qu'il voit tout à coup le nuage de la tristesse se dissiper ; il sent la confiance descendre avec suavité dans son ame, et d'une manière si forte, que, comme il l'a avoué depuis, il n'a jamais perdu , dans la suite , durant tout le reste de sa vie, la paix intérieure et la confiance en son Dieu.
52 6 Déi^otion à la S, Vierge.
5.° Vous cfui lisez ce trait du saint Évêque de Genève , vous avez peutêtre éprouvé ce que je dis de lui :
mais si vous ne l'avez pas éprouvé , c'est votre faute ; en sorte qu'il est toujours vrai de dire que Marie est la consolatrice des affligés , qu'elle est la cause de notre joie, noire vie, notre espérance et notre douceur , ainsi que nous l'enseignent l'Eglise et l'expérience des siècles.
Quoique les temps où nous vivons soient mauvais, s il était possible de les recueillir tous , il ne manquerait pas encore d'exemples propres à nous convaincre de cette vérité , des exemples semblables à celui que je viens de vous citer , et qui, pour être inconnus , n'en sont pas moins réels.
Il ne tient donc qu'à nous , mon cher Théophile , il ne tient qu à nous d'être du nombre de ces heureux mortels , et de ressentir comme eux les douces influences des miséricordes de Marie; et nous les ressentirons infailliblement , si nous avons la foi et la confiance qu'ils ont eues en cette auguste reine. Je prie Dieu qu'il daigne nous les donner à tous , et je passe à un nouveau titre , qui continuera à nous instruire là-dessus.
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