La divine Providence , toujours
5^4 Déi^otlon a la S. Vierge, admirable dans les œuvres de sa clémence , et toujours occupée de notre bonheur , a voulu , dans son infinie bonté , qu'une avocate , prise du milieu de nous, mais enrichie de ses dons et élevée à une souveraine puissance , nous précédât dans l'autre vie ; que cette puissante avocate , qui est la mère de notre juge , fût aussi la nôtre , et que cette mère de miséricorde traitât alors , par ses supplications j d'une manière plus empressée , et en même temps plus efficace , les affaires importantes de notre salut. Cette pensée est de Saint- Bernard {a),
5.** Plus tard , et dans le cours de ce Chapitre , je m'attarderai à montrer combien le titre de mère dans Marie est propre à exciter dans les cœurs une grande confiance.
Maintenant je veux seulement m'arrêtera prouver, d abord , que Marie, qui est la mère de J. C. par un effet de sa miséricorde divine , est aussi
(a) Ad\'ocatam prœmidt peregrinatio nosira , quœ , lanquàm judicis mater , el mater misericordiœ , suppliciter et cfficaciter salutU noslrœ negoiia pertraciabil ( S. Uernard ).
Lwre JIL 555
notre mère , et que nous sommes sqs enfans par adoption.
Marie est notre mère , et cela pour plusieurs, raisons.
I.® La première raison pour laquelle Marie est notre mère , c'est que Jésus- Glirist , son fils unique , nous a adoptés pour ses frères, comme nous l'apprend l'Apôtre Saint-Paul dans son épître aux Romains, où il dit, parlant de Jésus-Christ , qu'il est le premier-né d'entre cette multitude de Chrétiens et de frères qui doivent remplir le monde jusqu'à la fin des temps , et ne former ensemble qu'une seule et même famille : Primogenitus in multis fratribus ( Rom. 8 , 29 ).
Autre part le même Apôtre fait observer que Jésus - Christ n'a point rougi de nous associer à lui pour être SÇ.S frères, et de nous donner un titre si glorieux , lorsqu'il a dit , en s'adressant au Père céleste : « J'annoncerai i> votre nom à mes frères {a),'^
(a) IS^on confunditur fratres eos vocare, dicens : nuntiobo nomen tuuin frairibus mcis ( Hcb. 2> II, 12).
556 Dévotion a la S. Vierge,
Or , si nous avons le bonheur d'être les frères adoptifs de Jésus-Christ , et d'être appelés par Jésus - Christ lui-même du doux nom de frère , cet aimable Sauveur se regardant comme le premier-né de cette multitude de frères qui composent l'immense famille 5 il résulte donc de la que Marie devient notre mère par adoption , et que nous pouvons alors la qualifier de ce titre, qui nous est si glorieux et si consolant tout à la fois.
2.** D'un autre côté , il est de foi que Dieu le Père nous a adoptés par Jésus-Christ notre Seigneur pour être ses enfans , comme l'enseigne encore l'Apôtre, écrivant aux Galates : « Car » Dieu a envoyé son fils, nous dit-il, >> son propre fils , qu'il a fait naître }) d'une femme sous le règne de la loi, » afin de racheter ceux qui vivaient ^ sous le joug de cette même loi, et de ^ les recevoir dans l'adoption d'enfans » de Dieu (a\ » De là je raisonne ainsi : Si nous sommes les enfans adoptifs
(a) At uhi venit plenitudo temporis , misit Deusfilium suum , facluni ex muliere , factuin sub IfgCj ui tos qui suh lege eraiit rcdimerct^ ut ddoptioncm fijioruni reciparenius (Gai. 4 ; 4 ? S)*
du
Lhre IIL 557
tîu Père céleste , par-là nous sommes encore frères de Jésus-Christ , le fils unique de Dieu ; et si nous sommes les frères de Jésus-Christ , il nous est donc encore permis d'appeler Marie notre mère.
5.** 11 est une troisième raison qui revient à-peu-près aux deux premières , quoiqu'il soit vrai de dire qu elle semble nous rapprocher encore davantage de Marie, en qualité de ses enfans.
Cette troisième raison est d'avoir été faits, par un secret tout divin et infiniment digne de l'infinie miséricorde de Dieu , non - seulement les enfans adoptifs de Dieu et les freines de Jésus- Christ son fils , mais encore les membres de ce môme Jésus-Christ.
« Car ne savez-vous pas ( c'est tou- » jours l'Apôtre des nations qui parle) i^ ne savez-vous pas que vos corps sont 'ù les membres de Jésus-Christ {a) \ »
Autre part il nous dira qu'en qualité de Chrétiens, nous faisons tellement un avec Jésus-Christ, que nous sommes les membres de sqs membres ,
(a) An nescitis quoniam corpora i'estra mcni'ha iunt Chriali (Cor. 5^ i5) ?
538 Dévotion a la 5. Vierge.
et membra de memhro ; c'est-à-dire, que Jésus -Christ s'est formé par la vertu de sa grâce un corps mystique dont il est le chef, et dont nous sommes les heureux membres , caput totiiis Ecclesiœ ; prodige de bonté qui s'opère par le sacrement qu'il a établi dans le baptême.
Eh bien 1 sous ce nouveau rapport , n'avons-nous donc pas encore le droit inappréciable d'appeler Marie notre mère !....<! Oui , dit Saint - Augustin , » elle mérite encore par -là ce titre , » en ce que , par sa correspondance à » la grâce et par ses vertus , elle a )) coopéré à ce que nous devinssions y ainsi les membres du fils de Dieu , î^ et que , par sa tendre sollicitude au- » près de Dieu le Père , elle nous a y fait recevoir une seconde naissance , Y) qui efface l'opprobre et les malheurs 'p qui étaient attachés à la première ; y d'où il résulte que le titre de mère , à ^ proprement parler, à parler selon nos y vrais intérêts, ne convient même qu'à » elle seule : » Illa uiia femina plané mater est nienibrorum Sahatoris ^ quia cooperata est ut fidèles in Ecclesid nascerentur ( S. Aug. ).
Il est bien vrai que nous appelons
Lhre III. 359
aussi Eve notre mère , car c'est là ce que signifie son nom : Nomen uocorls Ei^a, eb qiiod esset mater cunctoriim viventium ( Gen. 5 , 20 ).« Mais quelle » difFérence 5 dit Saint - Bernard, enj> tre l'une et l'autre de ces deux meî> res ! l'une n'a été mère que pour le » malheur de sa race , ne lui aj-ant » laissé pour héritage 5 avec l'existence, ^ que la prévarication et la mort; au » lieu que l'autre a laissé à ses enfans , » avec la vie , un héritage immense et j> tous les biens qui découlent de la » rédemption {a), » Les maux qui nous sont venus de la première , à cause de sa rébellion, sont inbaiculables; et les biens qui nous viennent de la seconde , pour sa fidélité à remplir les volontés de son Dieu , sont encore plus incompréhensibles.
En sorte qu'il sera toujours vrai de dire , avec Saint- Augustin , que Marie mérite seule le nom de mère àç^^ membres du Sauveur , parce qu'elle a coopéré à ce que nous reçussions une nouvelle naissance dans l'Église , et à ce que d'enfans de colère que nous
( a ) Es'a suggessit fjrœvaricationeui , Maria ingassi^ redcmpùoncm ( S. Ijern. ).
54o Déi'Otîon a la 5*. Vierge, étions , nous fussions faits enfans de Dieu : Illa wia femina , etc,
4.^ Nous pouvons et nous devons dire encore que Marie est notre mère, en ce que Jésus-Christ nous Ta donnée pour mère , et qu'elle nous a adoptés elle - même pour ses enfans. Ce fut sur le Calvaire que Jésus-Christ nous fit un don si précieux. Au moïnent de rendre son ame à son père , là , l'Homme-Dieu se souvint qu'il nous avait tout donné , sqs exemples , ses leçons , ses miracles , ses sacremens , ses années 5 son Evangile, des Apôtres , enfin sa vie et sa mort ; mais il vit qu'il pouvait encore nous offrir un don digne de l'affection qu'il nous jîortait. 11 restait à J. C. sa tendre mère, qui était debout près delà croix, percée du glaive de la douleur en y voyant son fils attaché, ressentant dans son cœur maternel tout ce qu'on faisait souffrir à cet innocent agneau , son fils bien-ainié.
Saint - Jean le disciple que Jésus- Christ aimait , était aussi près de la croix. Alors Jésus , pressé par son amour , adresse la parole à Marie , et lui dit , lui désignant la personne de Saint-Jean : «Femme, voilà votre fils \^
Lii^re 111. 541
Millier 5 ecce filiiis tuus ; ensuite s'adressant au disciple , il lui dit : « Voilà votre mère : » Ecce mater tua ; et au même instant le disciple reçut Marie pour sa mère : Et eoc illd horâ accepit illam discipulas in sud»
« Mais Saint' Jean n'est pas le seul , » dit Saint Augustin, qui ait part à ce » don admirable fait par Jésus le sau- » veur de tous ; non , ce privilège conso- » lant etglorieux, de devenir l'enfant de » Marie, et d'avoir Marie pour mère, » n'appartient pas à lui seul ; nous » étions tous en lui sur le Calvaire , M il nous représentait tons ; en sorte » que c'est à tous les Chrétiens que » Jésus-Christ a dit : Voilà votre mère : » Ecce mater tua ; et a Marie, pour » cliacun de nous : Voilk votre fiîs : » Ecce fd tus tuus ; et à l'heure même i> chacun de nous a reçu avec recon- >> naissance un présent aussi signalé ; » il a reçu dès ce moment-là Marie pour » sa mère , et l'a honorée comme telle : » Et ex illd hord accepît illam discipulus in sud ( Joan. i^, 27 )►
5.** Mais 6 quel riche et quel magnifique présent nous est donc offert en Marie par un Dieu mourant sur le Calvaire, dit ici un Père de l'Église 1
342 Dévotion a la S. Vierge^ pretlosum nohls munus largitus est { S. Bern. ). Que rendrons- nous au Seigneur pour un aussi grand bienfait ?
Soyez à jamais béni , ô tendre Sauveur ! ô aimable mattre 1 ô le plus généreux des pères ! Vous nous avez encore montré par - là combien il est vrai que vous nous avez aimés d'un amour immense, et jusques à la fin , puisque vous nous avez tout donné en vous donnant vous-même, et qu'il ne vous reste plus lien. Ah 1 comment se peut-il faire que tous nos cœurs ne soient pas embrasés du plus ardent amour pour vous ? Doux et compatissant Jésus ! comment se fait-il que la vivacité de notre reconnaissance ne nous consume pas en votre présence ?
6.® Pour vous , ô Marie ! combien cet échange n'a-t-il pas dû vous coûter, demande Saint-Bernard? O corn- Ttiutationem ! Jean vous est donné pour fils à la place de Jésus, l'esclave prend la place de son seigneur , le disciple celle dn maître , le fils de Zébédée remplace celui du Très-Haut , un pur homme enfin le vrai Dieu (a),
(^a) Joaiines iibi pro Chiisto tracUtur y serviis pro Domino - cUscipulus pro ma^istro ^Jilius