‹ Diagnostic Chimique des Comas BarbituriquesChapitre 16 sur 19 · RAS CI TO CC · texte numérisé non relu

RAS CI TO CC

A aucun moment l’urine n’a contenu d’albumine. L’examen du sédiment urinaire n’a pas mon-

tré de cylindres.

Étude des fonctions hépatiques. __ Une prise de sang faite le 7 à 15 h. 30 a montré un sérum hémolvtique, qui pourrait être le signe d’une crise hémoclasique.

La malade quitte l'hôpital le 13 novembre, parfaitement guérie, sans avoir présenté de compli-

cation tardive.

Conclusion. 1°) Cette malade amenée dans le coma sans circonstances étiologiques a püû, grâce à la découverte de Dial dans les urines, bénéficier

de la strychnothérapie une demie-heure après son

admission dans le service.

2°) On a pü constater que l’élimination du poi-

son dans les urines a duré trois jours.

OBSERVATION IL:— M”° Elsa H:.

Le 16 novembre 1940, à 10 h. 30, la police amène à l'hôpital civil de Casablanca M° H.. Les agents venaient la chercher à son domicile pour lemmener dans un camp de réfugiés étrangers, et l’ont trouvée étendue sans connaissance sur son lit. À son chevet, deux flacons d’Allonal vides avaient été posés bien en évidence. Un médecin, appelé en hâte, avait aussitôt injecté un cg. de strvchnine avant de nous adresser la malade.

L’interne de garde, qui l’a reçue à son arrivée, nous a fait part de ses constatations:

Femme de 34 ans, en bon état de nutrition, téguments de coloration normale. Elle parait inconsciente et ne répond pas aux questions qui lui sont, posées. La sensibilité tactile superficielle est abolie, mais elle réagit vivement aux excitations douloureuses. Elle est agitée à peu près une fois par minute par une crise convulsive, caractérisée par une flexion du tronc qui la fait se mettre en position assise, et par des mouvement désordonnés des bras. Cet accès dure huit à dix secondes, puis elle retombe dans une torpeur, qui n’est troublée que par des mouvements de la tête, et des cris inarticulés.

Les réflexes sont vifs. Les pupilles sont en légère mvydriase, les réflexes pupillaires sont normaux.

La température est à 36°,1. Le pouls, régulier et bien frappé est à 84.

A 11 heures, on pratique un lavage d'estomac, qui ramène un liquide jaunâtre, et on fait une injection intraveineuse de Coramine.

À 12 heures, la malade est très agitée; les réflexes sont fortement exagérés. À chaque excitation (pincement de la peau, choc porté sur le cadre du lit, eri poussé à son voisinage), elle réagit très violemment par des secousses musculaires, où par des contractures qui lui font prendre

Nue

une position d'opisthotonos, ou au contraire tendent à l’asseoir sur son lit. Cette agitation est tellement vive, qu'on est obligé de l'attacher solidement, Au contraire lorsqu'on observe le silence autour d'elle, la malade se calme notablement, les contractures cessent. En un mot elle présente des signes d'une intoxication par la strychnine. C’est alors qu'on se demande si elle a bien absorbé lallonal, ou s'il ne s'agit pas plutôt d'un simulacre d'empoisonnement, destiné à retarder son envoi dans un camp de réfugiés étrangers, où à provoquer à son égard une mesure de clémence; dans lequel cas la strychnine qu'elle avait reçue avant son admission expliquerait cette hyperréflectivité. La thérapeutique à mettre en œuvre dans l’un ou dans l'autre cas serait diamétralement opposée.

On pratique un cathétérisme de la vessie el on nous demande de résoudre le problème par la recherche de l’allonal dans l'urine.

Les urines sont très rouges. L’addition de quelques gouttes de perchlorure de fer donne une coloration rougeporto: c’est la caractéristique du pyramidon, qui rentre pour les deux tiers dans la composition de lallonal. La coloration rouge des urines est done dûe à la présence d'acide rubazonique, produit de désintégration du pyramidon.

La réaction des barbituriques est fortement positive, ce qui nous permet d'affirmer que la malade a bien absorbé le toxique.

Nous ne sommes done pas en présence d’une intoxication strychnique, mais bien d’un coma barbiturique à forme ataxo-adynamique.

Aussi, en raison de cette allure clinique, et malgré la certitude qu'il s’agit bien d’une intoxication barbiturique, nous décidons de poursuivre le traitement par la coramine et l'alcool à 30 %, et nous écartons la strychnothérapie.

A 14 heures l’état est inchangé; toutes les dix secondes, -cris avec sécousses musculaires.

La température est à 36°,5, soit une élévation de 0° 4 depuis son arrivée.

On injecte dans les veines 20 cc. d'alcool à 30 %.

Un quart d'heure après l'injection, les secousses musculaires ont disparu, le sommeil est calme.

A {5 heures, nouvelle injection d’alcoo! et de coramine. La piqûre lui fait pousser un cri, mais elle n’ouvre pas les yeux, ne répond pas aux questions qui lui sont posées, ne sort pas de sa torpeur quand on la secoue.

Les réflexes sont encore très vifs, les pupilles sont normales. La température est à 37°, le pouls à 76. Les urines sont encore très rouges. La réaction des barbituriques v est positive.

A 18 heures, les secousses musculaires réapparaissent. Elles sont aussitôt calmées par une nouvelle injection intra-veineuse d’alcool.

La nuit est calme; petite période d’agilation, de courte durée, vers sept heures du matin.

Le 27 novembre, température à 37°; dans l’après-midi, reprise partielle de la connaissance. L'état continue à s'améliorer pendant la nuit.

Le 18 novembre, la malade est encore un peu agitée, mais consciente et: lucide, On note un léger tremblement des mains et des bras, qui pourrait toutefois être rapporté à un certain degré d’éthylisme avoué.

Pendant deux jours, dysarthrie, c’est la seule complication qu’elle ait présentée. Elle sort le 19 novembre, parfailement guérie.

La température n’a jamais dépassé 37°, et les urines, rares au début, n’ont jamais contenu d’albumine. Le tableau suivant montre la quantité d'urine émise journellement :

le-10 “a 10"h.30:: 50"cc.

le “106 “à 16h: : 250 cc.

le 17 nov. 700 CC:

les Salon : 300 cc.

Chacun de ces échantillons ne contenait ni sang

ni albumine, mais de l’acide rubazonique et de lAllonal.

le

Conclusion. — Ce cas fut fort intéressant, car lintoxication a revêtu une forme ataxo-adynamique, et étant données les circonstances étiologiques particulières, et l'injection de 1 eg. de strychnine qui avait été faite avant l’entrée à l'hôpital de la malade, la question s’est posée de savoir s’il s’agissait d’un coma barbiturique ou d’une intoxication par la strychnine.

La découverte du barbituriqué dans l'urine a tranché la question de façon rapide et sûre.

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