INTRODUCTION
Depuis bientôt une dizaine d'années, l’intoxica- {ion par les dérivés de l'acide barbiturique est devenue un des moyens les plus fréquents, le plus fréquent peut-être, utilisés par les désespérés ou les déséquilibrés pour mettre fin à leur existence. C'est évidemment facile, propre et élégant, d’avaler quelques comprimés, et de s'endormir avec l'espoir de ne jamais se réveiller. Le geste est simple, la mort est douce.
Le diagnostic d’une telle intoxication est chose malaisée, lorsqu'on n’a pas retrouvé, auprès du malade, les tubes qui ont contenu le poison. Il n'existe en effet aucun signe clinique qui permette d'affirmer la nature barbiturique d’un empoisonnement; et c’est par climination des autres étiolosies qu'on retiendra celle-là. Un tel raisonnement ne satisfait pas l'esprit. Et l’on peut hésiter à injecter des doses mortelles de strychnine, lorsqu'on n’a pas pû établir avec certitude qu'il s'agissait bien d’un empoisonnement par les uréides.
Aussi, depuis 1934, de nombreux chimistes ont cherché une méthode qui permit de mettre en évidence le poison dans l’urine. Nous avons étudié ces
méthodes. Elles sont longues et compliquées. Cer-
taines même n’ont pü ètre reproduites, faute de matériel suffisant. Nous avons recherché, en nous inspirant des méthodes antérieures, un procédé qui fût facile et rapide, qui n’exigeàt pas de matériel particulier, qui pût être mené à bien par n'importe quel médecin, dans son cabinet de consultation.
Après avoir donné les principales caractéristiques cliniques du coma barbiturique, nous rappelerons quelques notions essentielles concernant la composition chimique et les propriétés des uréides, puis nous décrirons les méthodes qui ont servi jusqu'ici à la recherche de ces toxiques dans l'urine, avec les critiques qu'il convient de leur adresser. Nous verrons les opérations que lon fait subir à l'urine pour en extraire le poison et l'identifier. Chacune de ces opérations sera Ctudiée dans les différentes méthodes, où nous jugerons de son utilité et de son rendement. Nous choisirons une technique nouvelle et nous montrerons sa rapidité d'exécution, sa sensibilité et sa spécificité, grâce à des expériences in vitro et in vivo.
Nous termincrons enfin cette étude par l’histoire de quelques comas barbituriques où notre technique a permis d'établir sûrement et rapidement un diagnostic que la clinique n'avait pas pû poser.
Rappel de quelques notions essentielles concernant l’étude clinique des COMAS BARBITURIQUES
Il n’est pas dans notre intention de dresser ici un tableau clinique complet du barbiturisme aigu. Tel n’est pas le but de ce travail.
Le diagnostic chimique rapide ne constitue après tout qu'un signe qui doit s’'encadrer dans l’ensemble symptômatique du cora barbiturique. Et l’on sait qu'un diagnostic ne saurait jamais être établi sur la constatation d’un seul signe, quelque soit sa valeur. Mais nous avons voulu qu'il soit un sigene de certitude, tandis que de toutes les constatations cliniques que nous allons décrire, nous n’en trouverons pas une qui soit pathognomonique de cette intoxication.
ETIOLOGIE
Cr:minelle. - Le coma barbilurique reconnaît très rarement une origine criminelle. L'affaire Violette Nozière est le seul cas d'intoxication barbiturique criminelle que nous ayons pû retrouver dans la littérature. Ceci n’a rien d'étonnant: il est assez malaisé de faire absorber à quelqu'un, à son insu, le grand nombre de comprimés qu’exige l’ad-
ministration d’une dose mortelle. ACHARD ajoute
Er =
à cette raison « le peu de souci d’épargner les souffrances à sa victime qu'éprouve en général un
assassin ».
Suicide. -- Aussi le coma barbiturique est-il plutôt la conséquence d'une intoxication accidentelle, et bien plus souvent encore d’une intoxication volontaire, d’une tentative de suicide. Les causes du suicide sont toujours les mêmes; quelque soit le moyen utilisé. Il est fréquent chez les vésaniques, où il représente un aspect constant de certaines psychoses. Des raisons sociales en sont malheureusement souvent lorigine, mais il est à noter que l’intoxication barbiturique se trouve assez rarement dans les basses classes de la société, où les hypnotiques sont peu connus. Nous allons donc le rencontrer surtout dans les classes movennes et élevées, chez des gens que le rythme de la vie urbaine moderne a surmenés, qui ont usés des barbituriques comme sédatifs ; plutôt chez des femmes qui verront là un moven de mettre fin à leur existence sans douleurs, Comme en un rêve ; chez des déprimés, des anxieux, des romanesques, en un mot chez des faibles : le poison est l’arme des faibles, et encore bien plus le poison hvpnotique. Enfin la contagion du suicide est un phénomène bien connu des sociologues, et nous le retrouvons dans ce Cas particulier. On note dans, la littérature de véritables épidémies de suicide aux uréides. FLANDIX écrit « qu’en 1924 TarDiEU notait
deux cas d’intoxications par les uréides en un an
à l’'Hôtel-Dieu, alors qu'en 1932, l’auteur observe plus de trente-cinq intoxications barbituriques ». LAEDRICH rapporte « que les tentatives de suicide par les barbituriques deviennent d’une fréquence impressionnante: en six mois le seul hôpital Necker en a reçu vingt-deux cas. » Et depuis cette date, l'empoisonnement par les barbituriques reste
une des formes de suicide les plus fréquentes.