III. HÉMOCULTURE
L'hémoculture dépasse certainement les possilûlités du praticien. Toutefois nous croyons nécessaire pour lui d'avoir une idée nette des moyens diagnostiques actuellement réalisables. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que reproduire à ce sujet le substantiel article de Chantemesse : '« Fièvres typhoïdes intriquées. Technique. Hémoculture )^ {Presse médicale, 22 juin 1916).
Technique (1). — Nous ne rappelons ici que pour mémoire deux notions connues de tous, à savoir : que la bile est un excellent milieu de culture des germes typhoïdes pris dans le sang des malades et que la différenciation de ces microbes se réalise grnce aux modifications strictement personnelles qu'ils exercent sur les milieux contenant les uns du glucose, les autres de l'acétate de plomb.
Le laboratoire doit avoir à sa disposition de la l)ile stérilisée ; des sérums agglutinant respectivement le T, l'A et le B ; des tubes de bouillon glucose d'assez gros calibres, renfermant les uns, en même temps que le bouillon, un second petit tube renversé — et dont par conséquent l'extrémité supérieure est fermée — rempli de ce liquide et dans lequel la fermentation — si elle se produit après ensemencement — accumulera des bulles de gaz persistantes ; les aulres gros tubes contiendront en même temps que le bouillon un second tube en forme de J ouvert à ses deux extrémités
(1 ) A. Chantemesse et A. Grimbert Les fièvres typhoïdes intriquées (Presse médicale, 22 juin 1916).
TECHNIQUE BACTÉBIOLOGIQUE
Fig. 439. Fig. 440.
Fig. 439. — Tube à TermenULion.
Fig. 440. — Tube au sou^acÉlsLc
de plonib.
renfermaiiL dans son intérieur et sur une hauteur de 4 à 5 centimètres <tti sable slérilisé ; cnliii des tubes de y^ g
bouillon ordinaire dans la partie supérieure desquels trempe l'extrémité d'un njort'eaii de papier buvard blanc stérilisé et sur lequel, avant stérilisation, a été déposée une goutte de solution de sous-acétate de plomb. Par capillarité, ce papier au plomb s'imbibe de bouillon de culture, et si ce dernier donne naissance à de l'hydro- (îéne sulfuré, on verra apparaître à ia place touchée par l'acétate de plomb la t«inte irisée ei noire d'un sulfure de plumb. C'est ce qu'on observe dans les cultures deT et de B et jamais dans les cultures de A.
Le siing du malade est cultivé dans lii bile ; douze i"i di\-huit heures de culture, l'rii^e faite et cnsfimencement dans trois tubes ; un de bouillon, un autre de liouillon glucose et le dernier contenant le papier à l'acétate de plomb ; douze heures de culture. On obtient dès lors une première orientation : le glucose fermente ou non, le papier au plomb présente ou non des traces de sulfure irisé noir, ce qui permet de soupçonner la présence d'un ou de plusieurs germes typhiques. Le tubr de bouillon simple sert à ensemencer trois autres, n° 1, n" 2 et n" 3 dont le premier reçoit du sérum agglutinant leT, dont le second reçoit du sérum agglutinant le A et le troisième du sérum agglutinant le B. Portés à l'étuve, ces tubes laisseront les cultures se faire avec ces particularités respectives que le tube qui aura reçu le sérum agglutinant le T contiendra éventuellement à sa surface Fig. 44I. — Svws l'ialluence du'sésurtout le A et le B, que le tube qui rumaggIulinant.lesbadllesa'aggIo- ,, . , ,., , . , , 1 , ■ mèrent au tond du tube au fur el à
aura ete additionne de sérum aggluti- mesure de tour développement, nant le A pourra montrer à sa surface „, .,„ . .■ ^ . ,„ I T . I u . ' r i j . . ^^- **^- — Séparation des bacilles
le T et le B et qu enfin le dernier tube agglutinés et des bacines mobiles qui aura été muni de sérum B pourra P*"" '» travarsée du Oltre à sable, porter, dans sa partie supérieure surtout, une culture de T et de A. Au bout de quelques ëeures, à l'aide d'une
Fig. 441.
Fig. 442.
pipette on puise dans chacun de ces tubes et la prise est introduite avec un peu de bile et du même sérum agglutinant dans le petit tube contenant le sable et qui est lui-même renfermé dans un plus gros tube chargé du bouillon glucose. La culture en bile continue dans le tube de sable et sur ce sable le microbe agglutiné par le sérum en question se dépose,
car il est en amas ou, tout au moins, il est immobilisé. Quant aux germes que le sérum n'a pas touchés et qui sont restés mobiles, ils filtrent à travers le sable et se développent dans le bouillon circonvoisin, où on peut les cueillir.
Trois à cinq heures suffisent pour cette
Fig. 443. — Grumeaux d'agglutina- x^-,p^„Ap Par res arrêts sur un banc tion formés en quantités inégales traversée, i^ar ces arrêts sur un Danc
suivant la dose de sérum introduite, de sable que Ton impose à certains
germes agglutinés ou immobilisés, par ces facilités de transport qu'on octroie, au contraire, à certains autres auxquels on a laissé leur mobilité, on arrive à séparer le bacille d'Eberth du paratyphoïde A et du paratyphoïde B. Il ne reste plus qu'à difTcrencier les divers germes, à les isoler et à les soumettre à l'épreuve dernière des sérums chargés d'agglutinines spécifiques.
8. LA TUBERCULOSE, — PROCÉDÉS DIAGNOSTIQUES BACTÉRIOLO- GIQUES DIVERS.
I. DIAGNOSTIC CLINIQUE DE LA TUBERCULOSE BASÉ SUR L'EMPLOI DE LA TUBERCULINE. — L'injection hypodermique de tuberculine détermine une réaction hyperthermique d'autant plus violente que la dose employée est plus forte et que la tuberculose est plus évidente. Tel csl le principe des diverses méthodes de diagnostic basées sur son emploi.
Praiiquemenl, trois techniques ont été et peuvent être employées :
a) Injection hypodermique : hypodermo-réaction (Koch) ;
b) Scarification superficielle : cuti-réaction (von Pirquet) ;
c) Instillation oculaire : ophtalmo-réaction (Calmette).
a) Hypodermo-réaction. — La tuberculine employée était la vieille tuberculine de Koch, TA (alcaline), en injection hypodermique (ou intramusculaire).
Les doses indiquées, convenablement diluées, étaient :
Adultes : 0<*c,00020 = 1/5 de milligramme;
Enfants au-dessus de cinq ans: 0^^,00010 = 1/10 de milligramme ;
Enfants au-dessous de cinq ans : 0^'^,00005 = 1/20 de milligramme.
Les sujets tuberculeux réagissent dans les vingt-quatre ou quarantehuit heures, par une élévation thermique de 0,8 et au-dessus avec courbature, malaise général, etc.
Si la réaction est nulle, on administre, le troisième jour, une nouvelle djse, sensiblement plus forte que la première, 0^^,001, 1 milligranmic par exemple pour un adulte.
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Si cette deuxième épreuve est négative comme la première, on pratique, le cinquième jour, une troisième injection sensiblement plus forte que la deuxième, par exemple 0^^,005, 5 milligrammes pour un adulte.
L'absence répétée de réaction conduit à la conclusion que te malade n'est pas tuhercuteuT.
Cette méthode a donné lieu à maints déboires, voire à quelques catastrophes. Lermoyez vient encore d'en signaler les dangers en otologie (Diagnostic de Totorrhée tuberculeuse, Presse médicale^ 26 juillet 1917). Elle semble à peu près généralement abandonnée en France. On sait, au contraire, qu'elle est généralement adoptée dans la pratique vétérinaire. Reprise et modifiée, elle constitue en somme la base de la tuberculinothérapie en quelques cas si efficace.
b) CuU-réaction. — Appliquer une ou deux gouttes de tuberculine diluée TA (von Pifviuet), ou gros comme une tète d'épingle de pommade tuberculinée (tuberculine, lanoline, aa) (Moro).
Scarifier légèrement la peau du sujet comme pour une vaccination ordinaire.
Les sujets tuberculeux réagissent dans les vingt-quatre heures par l'apparition d'une papule d'un rouge éclatant. Parfois l'infiltration se fait sur une surface beaucoup plus étendue ou une éruption vésiculaire se produit autour de la région inoculée. Ces marques disparaissent au bout de quelques jours, laissant une petite zone pigmentée qui peut persister pendant des semaines.
Les sujets non tuberculeux ne réagissent pas, ou de façon insignifiante.
Cette réaction n'a de véritable valeur diagnostique que dans les premières années de la vie ; les adultes réagissent presque tous.
(•) Ophtalmo-réaction. — Calmette recommande une solution préparée par précipitation de tuberculine dans l'alcool ; la tuberculine précipitée sèche est dissoute à raison de 08^,01 par centimètre cube d'eau stérilisée ou de sérum artificiel (solution à 1 p. 100 ou à 1 p. 200).
A l'aide d'un compte-gouttes stérilisé, on instille une goutte entré les paupières de l'œil droit (ou gauche).
Les sujets tuberculeux réagissent habituellement dans les six heures, plus rarement vingt-quatre ou quarante-huit heures, par une hyperémie conjonctivo-palpébrale plus ou moins violente. Dans quelques cas il se produit de l'œdème palpébral ; il peut même y avoir une exsudation fibrineuse conjonctivale. On appréciera particulièrement bien la réaction par comparaison avec l'œil témoin non instillé. On ne constate pas en général d'élévation thermique.
On a rapporté des cas où l'instillation aurait déterminé des lésions (onjonctivales plus ou moins graves et durables. Il semble toutefois que, dans leur ensemble, les ophtalmologistes aient déclaré la méthode pratiqu<înient inoffensive. Il paraît du moins prudent de s'en abstenir chez les sujets porteurs d'une aflection oculaire quelconque.