COUP D'OEIL SUR L'AVENIR MÉDICAL
Terminons par l'examen des objections, d*ordre pratique^ relatives à rimpossibilité pour le praticien d'incorporer à sa pratique courante la plupart des techniques sus-énumérées.
Il convient d'abord de distinguer et de reconnaître franchement que nombre de techniques, comme de théories, sont superflues et qu'il convient de faire un choix judicieux, pour ne garder que les techniques réellement utiles, voire indispensables à l'heure actuelle, à l'établissement d'un diagnostic rigoureux. C'est à chacun, suivant sa tournure d'esprit et son tempérament, à faire ce départ, à se familiariser avec lesdites techniques, à les grouper en vue du meilleur rendement. On ne peut pas tout faire.
Ajoutons d'ailleurs qu'à l'instar de la langue dont parlait Esope, la technicologie a ses écueils dont le premier et non le moindre est justement Tabus. II est aussi extravagant d'asseoir un diagnostic de rétrécissement mitral sur la radiographie, alors qu'une auscultation d'une demi-minute** y suffît sans aucun appareil, que d'employer un marteau-pilon pour casser une noisette. II y a là une question d'opportunité technique que le praticien, guidé par son robuste bon sens et talonné par le temps, résout le plus souvent infiniment mieux que le spécialiste obnubilé par la néomanie et la crainte du handicap.
II est donc des techniques essentielles, il en est de secondaires, il en est d'accessoires, il en est de superflues. Il faut savoir choisir et coordonner. Mais quelles que soient celles que l'on a adoptées, on peut, par une organi-
sation méthodique du travail et des conditions d'observation, par Tappli cation du «taylorisme » à la technique médicale, en décupler le rendemenl et nous croyons avoir montré, dans les chapitres précédents, la mise ei œuvre de ce « taylorisme » et comment il permet à la pratique mêm courante, même isolée, même strictement individuelle, d'évoluer dans ui sens intégral et technique.
Mais enfin, et tout compte fait, il faut regarder bien en face et d'ui œil clair la pratique médicale telle qu'elle est, la pratique médicale tell qu'elle devrait être d'après l'état actuel de nos connaissances biologiques son évolution possible et désirable.
L'évolution biologique si rapide, si vertigineuse même de ces demièrei années nous a dotés, nous dote chaque jour de méthodes plus pénétrantes permettant des diagnostics plus précoces, plus précis, des traitements pluî rigoureux et plus efficaces. La radiographie, les analyses urinaires, certaines réactions biologiques (la réaction de Wassermann, par exemple), certaines recherches bactériologiques ou cytologiques, la sphygmo-viscosimétrie, pour ne citer que les plus essentielles, peuvent être considérées actuellement comme indispensables. Qui oserait dire que tout médecin est à même de les pratiquer? Il a la ressource, il est vrai, d'adresser son sujet à un radiographe, à un urologue, à un bactériologue, à un spécialiste, etc., mais qui ne voit immédiatement l'inconvénient de ce système, la perte de temps et d'argent, sans compter le disconfort physique et moral qui en résulte pour le patient ? Qui ne voit que c'est à cet inconvénient en particulier que tient en grande partie l'abus que la classe moyenne fait, à Paris du moins, des consultations hospitalières, où, dans certaines, elle peut trouver réunies quelques-unes des techniques indispensables, dont elle connaît l'utilité, et dont le praticien ne peut pas toujours lui offrir l'équivalent ?
Et qu'on se le dise bien : chaque jour mieux informé, par la grande presse et la vulgarisation scientifique à laquelle le médecin même participe pour une si large part, le public sera plus exigeant pour l'emploi desdites techniques et desdits procédés. Il ne se résignera pas à être, à son avis, insuffisamment examiné et traité.
Au surplus, n'est-il pas paradoxal de constater que le malade aisé de la clientèle citadine, peut-être, est souvent placé, au point de vue examen et traitement, dans des conditions moins favorables que l'indigent de la clientèle hospitalière échouant dans un service convenablement outillé ? La clientèle citadine a droit d'exiger au moins égalité de traitement. La question de conscience est hors de doute, il n'en est pas toujours de même de la question technique et de l'outillage. Qu'un bon praticien puisse suppléer à cette insufiisance, par du dévouement, de l'expérience, du bon sens, cela n'est pas douteux, et à tout prendre ces qualités valent mieux, le plus souvent, que toutes les techniques du monde, mais pourtant elles n'y suppléent pas toujours et, au surplus, elles ne s'y opposent pas, tout au contraire.
•Le goût de la précision, de la rigueur, substitué à celui de l'à-peu-près