ANÉMIES
L'anémie dûment constatée, reste à en déterminer la cause, car, nous ne saurions assez le répéter, l'anémie primitive, essentielle, est excessivement rare.
La classification de A. Jousset nous paraît particulièrement recommandable parce qu'elle réunit les trois vertus cardinales des classifications cliniques : elle est pratique, étiologique, pathogénique. Elle réalise tout à la fois le diagnostic causal et celui (capital) des indications thérapeutiques rationnelles.
L Anémies par spoliation consécutives à toute hémorragie iraumatique, chirurgicale ou spontanée. On y trouve en particulier toutes les anémies secondaires des affections hémorragiques: hémophilie, purpura, scorbuly épislaxis, mélrorragies, hémoplysies, hémalémèses, ankylostomiase, etc.
Le diagnostic causal est ici bien souvent évident. A noter cependant les hémorragies gaslro-inleslinales occultes des ulcéreux et des néoplasiques, qui devront être dépistées par l'examen systématique des fèces (voir Examen des fèces, Recherche du sang). Les œufs des ankylostomes ne pourront être de même dépistés que par l'examen des fèces; en général on sera orienté par la notion du milieu (mineurs).
IL Anémies par altération toxique des hématies. — Anémies infectieuses et post-infectieuses.
Dans un premier groupe on rencontrera les trois grandes infections CHRONIQUES ! paludismc, tuberculose, syphilis. Ce sont là trois des causes les plus fréquentes des anémies chroniques ; il sufTira d'y penser toujours pour ne se tromper jamais sur l'origine de maintes anémies chroniques apparemment cryptogéniques pour un observateur superficiel. L'anémie cancéreuse doit-elle être logiquement classée à côté des précédentes? En tout cas elle doit et peut l'être cliniquement, que ladite anémie soit la conséquence d'hémorragies évidentes ou occultes ou d'une altération toxique des hématies ou des deux mécanismes conjugués.
Dans un deuxième groupe les trois grandes infections aiguës : fièvre typhoïde, rhumatisme articulaire aigu, affections suppuratives diverses. Ici le rapport de causalité est à l'ordinaire évident.
Anémies toxiques vraies. — Les trois intoxications banales sont : les intoxications oxycarbonée, saturnine, mercurietle.
La première, oxf carbonée, est d^^ beaucoup la plus fréquente. On peut dire qu'elle sévit à l'état endémique dans nos cités, pendant toute la périodes du froid et partant du chauffage. Le médiocre tirage de la plupart de nos cheminées, l'emploi quasi universel des poêles à combustion lente ou ralentie, rinsullisante ventilation des appartements en sont les causes efïirientes. Anémies hivernales oxycarbonées avec leur cortèixe clinique habituel de vertiges, céphalées, bourdonnements rebelles à tous traitements.
L\incmie saturnine vient ensuite comme fréquence. La notion pro-
fessionnelle (peintres, plombiers, etc.), la recherche des autres signes de saturnisme (liséré gingival, tremblement, hypertension), parfois les antécédents entéralgiques (coliques saturnines), imposeront le diagnostic. Uanémie hydrargyrique nous paraît beaucoup plus rare, au moins dans nos régions, si tant est qu'elle existe.
III. Anémies autotoxiques. — Le brighiisme vient ici en première ligne, Vhépalisme en deuxième.
Le brighiisme est générateur d'anémie par un mécanisme hydrémique et autotoxique. C'est de lui qu'est justiciable la pâleur des artérioscléreux (vieillards) et des néphrites aiguës et chroniques avec ou sans œdème. C'est, avec le cancer, la cause de beaucoup la plus fréquente d'une pâleur anormale, durable et croissante survenant après quarantecinq ans. Chez un sujet pâle on recherchera toujours : l'albumine, les œdèmes, l'hypertension artérielle.
Uhépalisme est, comme on sait, particulièrement dangereux pour les hématies; il suffît de rappeler la notion fort ancienne et entièrement rénovée des ictères hématiques, ictères hémolytiques, pour indiquer la fréquence de ces anémies cholémiques (voir Ictères),