CHAPITRE IV
Précipito-diagnostic
En juin 1907,Fleig et Lisbonne annonçaient qu'’inspirés par cetle idée que les produits de sécrétions d'origine parasitaire devaient susciter de la part de l’organisme, tout comme les produits d’origine microbienne, diverses réactions de défense ; ils avaient, dans un but de diagnostic, recherché si le sérum des individus porteurs de kyste hydatique était doué de propriétés précipitantes, vis-à-vis de ces kystes et examiné corrélativement sila même réaction précipitante ne pourrait pas être provoquée chez les animaux soumis à des injections de produits hydatiques.
Jæst et Gherardini avant eux chez les animaux échinococciques n'avaient pu mettre en évidence, dans le sérum, aucune réaction précipitante, pas plus du reste que chez les animaux de laboratoire soumis à des injections de liquide hydatique.
Fleig et Lisbonne concluent à l’existence certaine d’une précipitine spécifique. À 2 centimètres cubes de liquide hydatique ils ajoutent XII gouttes de sérum d’un enfant porteur de kyste hydatique du foie ‘cle
mélange est mis à l’étuve à 40 degrés. Le liquide limpide présente, après une heure, un précipité floconneux assez volumineux qui se tasse légèrement au fond du tube et dont l'aspect rappelle celui des précipilines.
Ils obtiennent le même résultat avec le sérum d’un animal chez lequel il avait été pratiqué des injections successives intra-péritonéales de produits hydatiques d’origine humaine. Ces résultats ne peuvent s’interpréter que par la formation de précipitines dans le sérum, ce que confirme l'étude des propriétés diverses qui caractérisent ces réactions.
Welsh et Chapmann, dans le The Lancet, mai 1908, apportent quelques faits nouveaux. Ils ont trouvé que lorsqu’on ajoute une quantité suffisante de sérum à une certaine quantité de liquide hydatique convenable et qu’on abandonne ce mélange à la température du laboratoire de dix-huit à vingt heures, un précipité très marqué ne manque jamais de se produire si le sérum provient d’un individu atteint d’hydatides (9 cas) et que la précipitation ne se produit pas si le sérum provient de personnes indemnes d’hydatides (4 cas suspects et 5 cas de personnes saines). Dans les cas suspects, l'opération révéla l'absence de la maladie kystique.
Ils modifient légèrement la technique de Fleig et Lisbonne, ils emploient du liquide filtré à la bougie Chamberland et obtiennent un précipité plus abondant en employant 1 centimètre cube de liquide hydatique au lieu de 2, pour XII gouttes de sérum.
Le point le plus important de leurs recherches et que confirment les dernières expériences de Fleig et Lisbonne, est relatif à la qualité de certains liquides.— Ils constatent de grandes différences dans la précipitabilité des liquides hydatiques par un sérum actif et insistent sur ce fait qu’ « un liquide qui précipite nettement avec le sérum d’un malade dont il provient, précipitera aussi fortement avec n'importe quel autre sérum de malade atteint d'’échinococcose ».
Fleig et Lisbonne, sur 8 nouveaux cas, ont trouvé la réaction positive cinq fois et négative trois fois, et d’après les essais pratiqués avec ces cinq sérums actifs, ont précisé quelques points importants.
Pour ce qui est de la rapidité de la précipitation ils n’ont jamais plus constaté ce fait unique d’un sérum précipitant en une heure 5 à 40 degrés, c’est en moyenne entre sept et dix heures que la précipitation se produit, les minima et les maxima observés étant respectivement de quatre à quatorze heures. Le temps de dix-huit à vingt heures, donné par Welsh et Chapmann peut s'expliquer aisément par le fait que ces expérimentateurs opéraient à la température du laboratoire.
Comme Welsh et Chapmann ils jugent utile d’avoir un stock de liquide hydatique d’activité déjà éprouvée pour pratiquer cette réaction dans les meilleures conditions de réussite et de plus conseil-
lent de veiller à la qualité du sérum et de conserver
le liquide hydatique récolté aseptiquement dans de petites ampoules aseptiques.
Welshet Chapmann et J.-C. Storey dans le The Lancet, 17 avril 1909, apportent de nouvelles recherches sur la réaction de précipitation pour le diagnostic du kyste hydatique. Ils ont fait cinquante réactions de précipitation pour trente-six malades suspects ou nettement atteints. Sur ces 36 cas, 20 positifs avec 30 précipitations, 10 négatifs avec 11 précipitations, 6 douteux à l’opération avec 9 précipitations. Ils concluent qu'ils n'observent jamais de précipitation dans un sérum normal ; de plus, étant donné la longue durée et l’irrégularité du passage des substances albuminoïdes à travers la membrane, ilne faut pas s'étonner qu'il y ait quelquefois une réaction négative et ils ajoutent que dans les conditions où l’on se place pour effectuer un précipitodiagnostic chez des individus suspects de kyste hydatique, on n'est pas en droit de conclure à l'absence de kyste, mais une réaction positive est une preuve sûre de kyste hydatique et cette dernière p'oposition peut être d’une importance de premier ordre.
MM. Apphatie et Lorentz dansla Tribune médicale, constatent qu'ils n'ont jamais pu produire la réaction ; toutefois, quelque temps avant, M. Weinberg dans une étude comparée de deux procédés de laboratoire, déviation de complément et précipito-diagnostic, a trouvé que sur 11 cas étudiés, et où neuf fois il avait obtenu la déviation du complément, il a
obtenu un précipité net trois fois, il a répété ces expériences avec sept liquides hydatiques différents, il a toujours obtenu le même résultat.
En collaboration avec M. Vieillard, il a fait les mêmes expériences avec un sérum de chameau atteint d’échinococcose, ce sérum a donné la réaction caractéristique.
Sur sept sérums dont deux avaient été apportés par M. Laubry, un par M. Caussade, deux par MM. Collet et Goldmann, trois par M. le D' Boïdin et provenant du service de M. Chauffard, six ont amené la déviation du compiément, deux sérums ont précipité le liquide hydatique.
Nous ne citons que pour mémoire la thèse de M. C. Martin (1) qui n'apporte aucune observation personnelle. |
Il résulte des travaux précédents que si le précipito-diagnostic donne de bons résultats dans la recherche des anticorps spécifiques, la méthode du complément que nous allons étudier est plus sûre et plus sensible.
D'autre part il résulte des recherches de M. Weinberg et même des premières recherches de MM. Fleig et Lisbonne que les sérums normaux peuvent donner un précipité très net avec le liquide hydatique.
Le précipito-diagnostic peut donc conduire à des
erreurs. ,