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CHAPITRE II. — SIGNES FONCTIONNELS

Les maladies de la hanche donnent lieu à un certain nombre de signes fonctionnels qui ont une grande importance pour le diagnostic, tels sont : la douleur, la claudication et la contracture musculaire.

1° De la douleur dans les maladies de la hanche.

Considérée comme symptôme des maladies de la hanche, la douleur doit être étudiée non seulement à la hanche, mais encore au genou.

La douleur à la hanche se rencontre dans toutes les affections traumatiques, elle a une intensité variable et qui est en rapport avec l’étendue, la gravité, et le siège des lésions. Dans l’entorse, la douleur présente une grande acuité, il en est de même dans la luxation; l'existence des nerfs dans les ligaments, démontrée par M. Sappey, nous explique sa violence.

Dans les phlegmasies aiguës de l’articulation coxo- fémorale la douleur est vive, elle s’exaspère par la pression dans l’aine, au niveau du trochanter et au-dessus et en arrière de cette apophyse.

Elle s’accroît par les mouvements qu’on imprime à l’articulation. A part l’acuité, la douleur présente à peu de chose près

les mêmes caractères dans toutes les affections inflammatoires de l’article. Aussi n’insisterons-nous pas; ajoutons cependant que dans l’ostéite de la tête fémorale, d’après M. Ollier, la douleur existe surtout au niveau du pli inguinal.

Nous devons dire quelques mots de certaines douleurs en quelque sorte sympathiques qu’on rencontre eu dehors de toute lésion appréciable de la hanche. Dans ce groupe vient se placer la douleur de la hanche que Coulson a observée chez les femmes dysménorrhéiques au moment de la période cataméniale; cette douleur s’irradiait le long de la cuisse jusqu’au genou et vers la région lombaire. Elle était pongitive, s'exaspérait par la pression, s’accompagnait d une sensation de froid et empêchait la marche.

Abernethy et Bell, ont signalé des douleurs de la hanche sympathiques de désordres intestinaux, de rétrécissements de l’urèthre, de maladies des reins, du rectum; elles disparaîtraient avec les lésions de ces organes.

Nous arrivons maintenant à la douleur du genou; phénomène intéressant, mais dont malheureusement la cause n’est pas bien connue. Nous ne voulons d’autre preuve de l’ignorance où l’on est de sa nature, que la multiplicité des explications qu’on en a donné; ainsi on a invoqué tour à tour :

1° L’immobilité de l’articulation;

2° La mauvaise position du membre ;

3° L’inflammation du nerf saphène interne, l’irritation du nerf obturateur.

U° L’ostéomyélite par propagation (Richet, Ollier).

5" La sympathie entre ia hanche et le genou (Martin et Collineau).

De toutes ces explications il n’en est aucune qui satisfasse complètement l’esprit. Mais si l’explication nous échappe, le fait n’en garde pas moins toute son importance pratique. Dans certaines coxalgies, au début, la douleur du genou précède la douleur de la hanche et tous les autres symptômes de la maladie ; il ne faudra donc pas se laisser induire en erreur par cette douleur du genou, et avant de porter un diagnostic, il faudra explorer avec soin la région de la hanche.

Erichsen (1), étudiant la douleur du genou, dit que lorsqu’elle n’est pas augmentée par la pression sur cette région elle paraît provenir du nerf obturateur. Lorsqu’elle est augmentée par la pression sur les condyles et le corps du fémur, elle indique une inflammation de l’os. Lorsqu’elle coexiste avec un gonflement rapide de la région articulaire et avec des contractions musculaires violentes, elle indique une synovite ou une inflammation de la cavité cotyloïdienn e.

2° Contractures dans les maladies de la hanche.

On rencontre à la hanche plusieurs variétés de contracture :

1" La contracture idiopathique ou nerveuse qu’on observe dans l’hystérie et qui peut simuler des maladies articulaires : la coxalgie, et les autres affections inflammatoires ou douloureuses des articulations. Nous renverrons pour ce point à notre description de la maladie nerveuse de la hanche.

2° La contracture symptomatique d’une lésion du cerveau ou de la moelle.

3° La contracture réflexe. Cette contracture est très-commune, c’est elle qu’on voit survenir dans presque toutes les maladies douloureuses de la hanche ; c’est elle qui maintient les déviations si caractéristiques du membre dans la coxalgie, dans les arthrites coxo-fémorales, etc. Cette contracture se distinguera des précédentes par l’étude des symptômes locaux et la constatation des altérations articulaires ou autres.

Dans cette contracture, qui a la douleur de la région pour point de dépari, nous pouvons faire rentrer la contracture rhumatismale et la contracture des adducteurs que l’on a observée à la suite de la contusion de la hanche (Lesauvage).

k° Enfin, il est une quatrième variété de contracture tout à fait exceptionnelle, c’est la contracture simulée, observée par M. Larrey (2).

(1) Pitha und Billrolb. Handbucb der Allg. und Spec. cbir. 1868.

(2) Pbilipeaux, toc. cit.

On distinguera facilement la contracture de la rétraction musculaire par dégénérescence fibreuse du muscle par l'emploi de l’anesthésie.

L’anesthésie fait disparaître la contracture et permet d’examiner librement l’articulation et ses mouvements. Quand il y a transformation fibreuse du muscle, la rétraction persiste malgré le chloroforme; si la contracture est idiopathique ou réflexe, elle disparaît subitement.

L’emploi du chloroforme sera utile pour reconnaître les contractures anciennes et les différencier de celles qui accompagnent les lésions des centres nerveux. Dans ces dernières, comme MM. Charcot et Bouchard l’ont constaté (1), «les muscles con- « tracturés gardent une rigidité notable, moindre cependant qu’à « l’état de veille, mais suffisante pour empêcher l’extension ou la « flexion complète et pour ramener à la position primitive les « membres dont on avait modifié l’attitude. Si l’on prolonge plus « longtemps l’action du chloroforme, on voit alors l’un des « groupes antagonistes céder un peu à la traction plus puissante « des muscles opposés et déterminer un léger changement dans « l'articulation ; puis ce changement obtenu persistait même après « le réveil, et le membre revenait graduellement à sa position « primitive seulement plusieurs heures après la cessation des « inhalations, d

3° Claudication.

Chez les sujets bien conformés la marche s’accompagne d’une série d’oscillations (verticales, latérales, antéro-postérieures) parfaitement régulières; mais par suite d’une altération dans la longueur du membre ou d'une gêne dans les mouvements, ces oscillations peuvent devenir irrégulières, la marche offre alors un caractère particulier, on dit que l’individu boîte, qu’il y a claudication.

Cela posé, nous allons examiner les caractères de la claudication dans les maladies de la hanche, laissant de côté la claudica-

(1) A rch. gén. nüd. mars, avril 18 6.

tion qui reconnaît pour cause une lésion de la cuisse, du genou, du pied et qu’il serait bien difficile de confondre avec la première.

I. Claudication dans les maladies anciennes et non douloureuses de la hanche. — On peut dire que dans ces maladies, si on en excepte toutefois l’aukylose dans l’extension, la claudication est très-prononcée. Elle présente des caractères qui ne sont pas toujours les mêmes et que nous indiquons dans les quatre variétés suivantes :

1° Les oscillations verticales et latérales sont très-accentuées, il y a de la cambrure lombaire, un balancement du tronc et une projection du ventre en avant des plus caractéristiques.

Ces troubles se produisent au commencement du pas.

Cette variété s’observe dans les luxations congénitales, les luxations traumatiques anciennes, les luxations spontanées,

T Les oscillations verticales et latérales sont plus ou moins prononcées, le balancement du tronc s’observe au commencement du pas.

La fracture intra-capsulaire du col du fémur est suivi d’une claudication de ce genre.

3° Dans cette variété les oscillations verticales et latérales existent, mais ce qui domine c’est l’exagération des oscillations antéro-postérieures, au commencement du pas. Cette forme de claudication caractérise l’ankylose de la hanche dans la flexion.

h° Ici nous observons le balancement antéro-postérieur du corps; le tronc décrit un arc de cercle qui a son centre à l’articulation du cou-de-pied du côté sain. Ces troubles se montrent pendant la durée du pas. On trouve cette forme de claudication dans l’ankylose de la hanche avec extension,

II. Claudication dans les maladies récentes et douloureuses de la hanche. — 1° Au début des maladies de la hanche, la claudication est souvent peu marquée, elle précède quelquefois la douleur. Il est bon dans les cas douteux de faire courir l’enfant, si la claudication existe, elle s’exagère par cet exercice et devient plus manifeste. La claudication non appréciable h la vue peut être reconnue par l’ouïe ainsi que l’a fait remarquer Brodie; on fait marcher le malade et ou écoute le bruit de ses pas : le rhythme esl-ii anormal, il y a claudication; c’est ce signe qu’on

nomme quelquefois signe du maquignon. On peut aussi faire marcher le malade sur un sol mou, les empreintes les plus profondes appartiennent au membre sain.

C’est surtout au début de la coxalgie que la claudication peutêtre méconnue et qu’il faudra recourir aux modes d’exploration que nous venons d’indiquer. Le signe indiqué par Brodie aurait une grande valeur diagnostique d’après Marjolin.

2" Dans les maladies confirmées de la hanche, la douleur amène une position vicieuse qui rend parfaitement compte de la claudication, souvent très-prononcée qu’on observe alors.

Nous terminerons en signalant un signe très-rare des maladies de la hanche, la rétention d’urine.

k" Rétention d’urine.

La rétention d’urine a été observée quelquefois dans les luxations coxo -fémorales; Malgaigne la signale dans son Traité des luxations, et nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ce qu’il en dit : « Elle avait été signalée par Hippocrate comme plus commune « dans la luxation ilio-pubienne. Ce phénomène est en effet d’une « fréquence remarquable. Il a été observé de nos jours par « Larrey, B. Travers, Roux et M. Nélatou. Chez le sujet de « B. Travers, la rétention fut complète pendant deux jours, après « quoi la vessie reprit ses fonctions ; mais pendant quelque temps « encore l’urine demeura trouble. Dans le cas de Larrey, la ré- « duction ayant été opérée six ou sept heures après l’accident, « la rétention d’urine ne put être constatée qu'après; mais elle « fut assez forte pour exiger pendant plusieurs jours la présence « d’une sonde à demeure dans la vessie.

Le même symptôme se rencontre dans certains cas de contracture hystérique de la hanche.

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