II. DÉFORMATIONS DE LA HANCHE
Les déformations de la hanche présentent de nombreuses variétés; elles portent soit sur l’aspect de la région, sur l’exagération ou sur la diminution des saillies et des dépressions qu’on y rencontre; sur la situation du grand trochanter, de la tête fémorale; enfin les déformations de la hanche, modifient le pli de la fesse et le pli de l’aine.
En dehors de ces déformations, la palpation de la région permettra de reconnaître la crépitation, l’empâtement, la fluctuation, la présence des abcès; on ne doit pas négliger d’examiner la cavité cotyloïde pour savoir si elle est vide, ou si elle renferme encore la tête fémorale; celte recherche est difficile et sera même souvent infructueuse. On trouve encore â la hanche des fistules dont la position pourra quelquefois aider à reconnaître le siège de la lésion osseuse qui leur a donné naissance.
L’étude de chacun des points que nous venons d’indiquer, des modifications qu’il peut subir, et de la recherche des maladies
(1) Archiv. viédcc., 1869.
dans lesquelles on les observe, nous entraînerait beaucoup trop loin. Toutes ces déformations de la hanche seront exposées à propos de chaque maladie. Nous nous arrêterons seulement sur deux poinls qui présentent une importance spéciale, je veux parler des abcès et des fistules dont le point de départ est souvent difficile à trouver. Il y a donc quelque intérêt à montrer quels sont les sièges différents de ces lésions, et comment leur situation varie avec celle de la maladie dont elles dépendent.
r Abcès de la hanche.
Les abcès de la hanche ont leur point de départ dans l’articulation, dans les parties molles de la région, ou enfin ils viennent des parties éloignées; on observe donc ici des abcès articulaires, des abcès circonvoisins et des abcès migrateurs.
Comme les collections purulentes se déplacent et s’étendent facilement, nous sommes obligé, pour arriver à leur diagnostic, d’empiéter un peu sur les régions voisines dont les abcès se confondent si facilement avec ceux de la hanche.
Le siège de ces abcès est plus ou moins profond; ils peuvent se former sons le périoste de la fosse iliaque externe, autour de l’articulation, sous le grand fessier, autour du trochanter, dans la bourse séreuse du psoas ou dans la gaine du muscle ; ces derniers sont d’abord situés entre l'épine iliaque antérieure et les vaisseaux, puis plus tard ils soulèvent les vaisseaux et font saillie à leur côté interne.
Les abcès de la hanche proprements dits ou péri-articulaires se dirigent vers la superficie du membre et dans certains points assez bien déterminés; ainsi on les voit faire saillie surtout, en dedans, près du petit trochanter, ou en arrière et en dehors un peu au-dessous du grand trochanter; c’est dans ces points que l’on constate la fluctuation.
Quelquefois ils se dirigent vers d’autres points ; on a vu le pus gagner la cavité pelvienne par l’intermédiaire de la séreuse du psoas ; dans d’autres cas, le pus pénètre dans le bassin par l’échancrure sciatique.
Les abcès si fréquents de la coxalgie fusent rarement du côté du genou, ce que l’on a attribué à l’élévation de ce dernier.
En dehors des abcès qui prennent naissance dans la région, on constate à la hanche d’autres abcès qui viennent des parties voisines. Les abcès par congestion venant de la colonne vertébrale, arrivent vers la hanche par deux chemins différents, les uns par la région inguinale, les autres par l’échancrure sciatique. On les a vu communiquer avec l’articulation.
Dans la sacro-coxalgie, le pus se porte soit au-dessus du grand trochanter, soit vers le pli de l’aine, vers la partie postérieure de la cuisse ou enfin dans le bassin.
Un abcès développé dans le psoas forme d’abord une tumeur dans la fosse iliaque, puis il s’ouvre à la partie interne de la cuisse, ou à sa partie postérieure, et quelquefois il passe entre le triceps et le droit antérieur.
Les abcès de la hanche présentent les signes ordinaires des abcès ; la fluctuation est quelquefois très-difficile à reconnaître, surtout à la partie postérieure, h cause de l’épaisseur et de la tlac cidité naturelle des parties molles. La douleur qu’ils détermineut s’accompagne quelquefois d’impossibilité des mouvements, le membre se place soit dans l’adduction, soit dans l’abduction et la rotation en dehors.
Les abcès péri-articulaires ont été souvent confondus avec la coxalgie. M. Verneuil a cité k la Société de chirurgie deux observations de ce genre: dans l’une il s’agissait d’un abcès ganglionnaire situé en avant de l’article ; dans l’autre, d’un abcès de la bourse du psoas. Des encéphaloïdes ramollis ont donné lieu aussi à des erreurs de diagnostic ; des abcès froids ont été confondus avec la sciatique. Il est un point sur lequel on doit appeler l’attention, je veux parler du développement d’un abcès dans le voisinage du nerf sciatique. On observe alors des douleurs très-vives qui s’étendent à tout le membre; Robert a rencontré à l’hôpital Beaujon un cas intéressant où des douleurs aiguës accompagnaient un abcès situé sous le grand fessier.
2» Fistules de la région de la hanche.
Les fistules de la région de la hanche succèdent ordinairement à des abcès péri-articulaires, elles sont le plus souvent symptomatiques d’une lésion osseuse ou articulaire.
Les orifices üstuleux sont situés tantôt en avant, tantôt en arrière de l’articulation; de la connaissance de leur siège précis on peut déduire quelques notions diagnostiques. Ainsi, quand l’orifice fisluleux s’ouvre à 6 ou 8 centimètres au-dessous et un peu en avant du grand trochanter vers l’insertion du tenseur du fascia lata la lésion occupe souvent le fémur. Si la fistule siège sous la région fessière, il s’agit plus fréquemment d’une affection du fémur que d’une lésion du cotyle ou de l’os coxal.
Dans les fistules de la région ilio-inguinale, situées au-dessous de l’arcade crurale, il y a généralement altération de l’os coxal (branche du pubis, ischion), et surtout du côté pubien du cotyle; les fistules qui siègent au-dessus de l’arcade sont symptomatiques des abcès inlra-pelviens.
L’exploration avec le stylet permettra de préciser le siège de la lésion.