VI. LUXATIONS TRAUMATIQUES DE LA HANCHE
La tête du fémur peut sortir de la cavité cotyloïde en avant ou en arrière; dans chacune de ces directions elle peut occuper deux positions différentes, ce qui donne quatre variétés principales de luxation. — La fréquence de ces variétés n’est pas la même, la
luxation iliaque est la plus commune, la luxation ischiatique la plus rare (Nélaton).
Les luxations coxo-fémorales peuvent être complètes ou incomplètes; ces dernières sont peu fréquentes, mais leur existence est aujourd’hui un fait acquis à la science; une observation de M. Nélaton (1) et une autre de M. Manec (2) ne laissent aucun doute à cet égard.
Le diagnostic des luxations de la hanche ne présente pas, en général, de grandes difficultés, chaque variété ayant des signes caractéristiques. Plusieurs symptômes sont communs à toutes ces luxations ; nous ne ferons que lesindiquer : la douleur, l’impossibilité des mouvements, la contusion des parties molles, l’ecchymose, le gonflement. D’autres signes permettentde distinguer les luxations en avant des luxations en arrière; d’autres encore servent à reconnaître la variété à laquelle on a affaire.
§ I. Luxations en arrière.
Dans lesluxations en arrière, le membre est dans la rotation en dedans, la flexion et l’adduction. La rotation est plus ou moins prononcée et, suivant son intensité, le gros orteil du membre luxé répond aux orteils, aux métatarsiens ou au calcanéum du côté sain; d’après Malgaigne, la rotation est en rapport avec la distance qui sépare la tête, de la cavité. La fesse forme une saillie plus considérable, et en la palpant on sent la tête du fémur, que Ton peut souvent faire rouler sous la main en imprimant des mouvements au membre; si l’on palpe la région inguinale, on sent une dépression au niveau de la cavité cotyloïde.
Le grand trochanter est plus ou moins élevé et fait une saillie plus marquée, et, selon la remarque de M. Nélaton, il dépasse en arrière la ligne ilio-ischialique, dans la flexion à angle droit.
La cuisse est élargie à la partie supérieure, ce qui n’aurait pas lieu dans les luxations incomplètes; le membre est raccourci ou allongé suivant les rapports de la tête avec le cotyle.
(1) Nélaton, Path. chir., t. II, 1848, p. 457.
(2) Bull. Sec. anut., 2e année, p. 95.
Les mouvements communiqués de flexion, d’adduction, de rotation en dedans sont seuls possibles, et ils se transmettent à la tête du fémur.
La luxation en arrière étant reconnue, il faut maintenant chercher quelle en est la variété. Il y en a deux, avons-nous dit : la luxation iliaque et la luxation ischiatique ; elles offrent les signes des luxations en arrière et, de plus, certains signes spéciaux qui empêchent de les confondre l’une avec l’autre.
A. Luxation iliaque.
La luxation iliaque (nous préférons cette dénomination donnée par Malgaigue et Gerdy h celle de luxation ilio-ischiatique employée par M. Nélaton) a pour signes propres une flexion moindre de la cuisse que dans la luxation ischiatique, et une élévation du pli fessier. Le grand trochanter est plus élevé que dans la luxation ischiatique et paraît plus saillant; le membre est raccourci de 1 à A centimètres d’après iM. Nélaton. La tête du fémur est sentie par le toucher dans la fosse iliaque externe.
B. Luxation ischiatique.
La luxation ischiatique (Malgaigue, Nélaton) se reconnaît à une flexion légère, à l’abaissement du pli fessier, à la saillie que fait la fesse au-dessus de l’ischion, point où l’on sent la tête du fémur. Le trochanter est moins élevé que dans la luxation iliaque; le membre est raccourci dans la flexion; il peut atteindre, suivant M. Nélaton, un allongement ue 1 à 2 centimètres dans l’extension.
§ 11. Luxations en avant.
Dans ces luxations le mt mbre inférieur est dans la rotation en dehors et l’abduction; il est généralement un peu fléchi, rarement étendu ; la fesse est aplatie et la région inguinale plus saillante; la palpaiion fait reconnaître en ce point la présence de la tête.
Le grand trochanter ne fait plus saillie sur le pian externe du
membre; en comparant la région trochantérienne à celle du côté opposé, on voit qu’elle est un peu déprimée.
Comme dans la luxation en arrière, la cuisse est élargie îi sa partie supérieure; le membre est tantôt allongé, tantôt raccourci.
On peut imprimer des mouvements communiqués dans le sens de l’extension, dans celui de l’abduction et de la rotation en dehors.
La luxation en avant présente deux variétés, la luxation iliopubienne et la luxation ischio-pubienne qui offrent, outre les caractères communs que nous venons d’exposer, ‘quelques caractères spéciaux qui permettent de les distinguer entre elles.
A. Luxation ischio-pubienne.
Dans la luxation ischio-pubienne (c’est ainsi que Malgaigne et M. Nélaton désignent celle que Gerdy nomme sous-pubienne), la cuisse est légèrement fléchie et fortement portée en dehors, la jambe ne peut être étendue. Le membre paraît allongé de 3 à 5 centimètres (Nélaton). La saillie de la hanche a disparu, par contre il existe une tuméfaction à la partie supérieure et interne delà cuisse où l’on sent la tête fémorale. Enfin le grand trochanter serait en avant de la ligne ilio-ischiatique.
B. Luxation ilio-pubienne.
La luxation ilio-pubienne de Malgaigne, de M. Nélaton. ou sus-pubienne de Gerdy, est caractérisée par l’extension et la rotation en dehors de la cuisse ; l’abduction manque souvent, la jambe est étendue sur la cuisse. La tête fémorale est sentie au pli de l’aine. Le membre présente parfois un allongement ou un raccourcissement apparent. M. Nélaton admet un raccourcissement de 1 à 3 centimètres. Enfin on a observé quelquefois à la suite de cette luxation un symptôme tout particulier, la rétention d’urine.
Tels sont les signes qui aideront le chirurgien à faire le diagnostic des variétés de luxation. Peut-on aller plus loin et reconnaître par exemple les luxations incomplètes ? cela paraît peu probable.
car à part une étendue moindre dans les déplacements et les déformations, il n’y a pas de signes caractéristiques.
Les luxations coxo-fémorales peuvent se compliquer (1), soit de fracture du rebord cotyloïdien, ce que l’on reconnaît à la crépitation et à la facilité des récidives immédiates (2), soit de fractures du col du fémur ou du fond de la cavité cotyloïde.
Ces luxations sont quelquefois confondues avec d’autres traumatismes de la hanche, telles que la contusion, la fracture du col du fémur, celle du colyle et de l’os iliaque, dont les caractères ont été exposés précédemment.
Quant aux luxations rares, telles que les luxations sus-cotyloïdiennes, sous-cotyloïdiennes, périnéales, leur histoire est encore incomplète et leur diagnostic est par conséquent incertain; elles ne présentent que des symptômes généraux, communs aux luxations que nous venons de décrire.
(1) Bouisson, Tribut à la chirurgie , 1858, t. I, p. 525.
(2) Gaz. méd., 1842, p. 697.