I. Luxations traumatiques anciennes
Les luxations anciennes du fémur ont été observées dans les quatre variétés de luxation; et, dans chacune, la situation de la tête et la position du membre étaient a peu près les mêmes que dans la luxation récente. Les mouvements spontanés et les mouvements communiqués, s’exécutent facilement, mais selon les variétés, il y a certains mouvements dont les limites sont plus res-
treintes, d’autres qui sont quelquefois plus étendus. Le membre est généralement raccourci, et comme le fait remarquer avec juste raison M. Lafaurie (1), la différence de longueur du membre est surtout apparente ; c’est la déviation du bassin qui produit la plus grande partie du raccourcissement ; la claudication varie avec l’étendue de ce raccourcissement. Si l’on examine quel est l’état du membre et des parties voisines, on constate qu’il y a presque toujours une atrophie plus ou moins prononcée. Hippocrate (2) avait très bien étudié ce fait dans les cas de luxation survenant avant le développement complet du squelette. Voici ce qu’il dit à ce sujet : « Mais à ceux qui ont la hanche luxée, c’est le « fémur plus proche de la lésion qui ne prend point son accrois- « sement régulier, et qui devient plus court que celui de l’autre « côté. Toutefois, ni les os de la jambe ni les os du pied ne sont « empêchés dans leur développement, ce qui provient de ce que « la jointure du genou et du pied ont gardé leurs rapports natu- « rels; seulement, les chairs de tout le membre sont moins dé- « veloppées. Et si les blessés pouvaient se servir de leur membre, « les os prendraient plus d’accroissement encore (à l’exception « du fémur) elles chairs seraient mieux nourries, bien que toujours « beaucoup moins qu’au membre sain. » Il ne manque à cet exposé que l’arrêt de développement de la portion de membre supérieure à la luxation; en effet, rien de plus frappant, dit Malgaigne, que l’atrophie de l’os iliaque dans les luxations du fémur.
En même temps que ces déformations du côté du membre et de la hanche on observe une déviation du bassin et une courbure de la colonne lombaire en rapport avec la variété de la luxation.
Les individus ayant une luxation ancienne peuvent le plus souvent faire de longues courses, quelques-uns même ont continué à se livrer à de durs travaux, sans éprouver de douleurs.
Les luxations traumatiques anciennes peuvent être confondues avec les fractures intra-capsulaires anciennes, dont nous avons
(1) Lafaurie, Étude sur les luxations anciennes, Th. Paris, 1869.
(2) Malgaigne, Traité des fract. et des lux., t. II, 1855, p. 29.
donné les caractères, et avec les luxations congénitales ou spontanées. La luxation congénitale s’en distingue en ce qu’elle est souvent double, qu’elle est plus fréquente chez la femme et que le pied est tourné en dehors; mais surtout par la mobilité de la tête qui peut être écartée de l’os iliaque, tandis que dans la luxation traumatique ancienne la tête du fémur tout en étant mobile, n’est pas susceptible de déplacement bien marqué. La luxation spontanée se reconnaît à l’existence d’anciens trajets fistuleux ou de cicatrices.