I. DÉFORMATIONS DU MEMBRE
Sous ce titre, nous faisons rentrer les déviations dans la direction du membre ou les attitudes vicieuses, les différences de longueur, et enfin les différences de volume.
1° Déviations dans la direction du membre.
La plupart des maladies de la hanche sont accompagnées d’une
déviation dans la direction, d’un changement dans la position du membre inférieur. Ces déviations tiennent, les unes à une solution de continuité, à un déplacement des os; les autres, à une sorte de position instinctive ou à une contracture; nous laisserons de côté les déviations qui tiennent à une fracture du col ou à une luxation de la hanche.
Occupons-nous donc des déviations que l’on observe, les os étant dans leurs rapports normaux. Le membre peut être porté dans la flexion, l’adduction, l’abduction, la rotation en dedans et la rotation en dehors; le bassin subit des déviations inverses, ou en même temps, on observe des déviations de compensation dans la colonne lombaire; ces diverses particularités nous arrêteront successivement. Chacune de ces déviations ne se rencontre pas d'une manière isolée, mais elles se combinent de manière à produire, comme l a établi Bonnet, trois attitudes vicieuses ou permanentes.
Dans la première, le membre est seulement fléchi, il n’y a pas d’inclinaison latérale.
Dans la seconde, le membre est dans la flexion, l’abduction et la rotation en dehors.
Dans la troisième, il est dans la flexion, l’adduction et la rotation en dedans.
Les attitudes seront plus ou moins prononcées, pourront présenter des aspects un peu variés, mais elles rentreront toujours dans un des types ci-dessus.
Très-rarement on observe l’extension de la cuisse dans les maladies douloureuses de la hanche.
Les déviations amènent, avons-nous dit, des changements dans les articulations voisines; ces changements sont les mêmes soit qu’il y ait flexion de la cuisse sur le bassin, ou flexion du bassin sur la cuisse; avant d’aller plus loin, nous devons les étudier dans chacune des déviations.
Flexion. — Dans la flexion permanente de la cuisse sur le bassin, le tronc se porte en arrière, les côtes s’écartent des épines iliaques, la colonne lombaire forme en arrière une concavité exagérée que l’on désigne sous le nom d'enseilure ou cambrure ; les fesses sont saillantes en arrière.
Si la flexion est plus considérable, on observe une dévia-
lion du segment inférieur du membre, le genou se fléchit, et le malade marche sur la pointe du pied.
Adduction. — Si la cuisse est dans l’adduction, le tronc s’incline vers le côté malade, les côtes se rapprochent de la crête iliaque du même côté, et la colonne lombaire présente une convexité latérale du côté sain.
Comme l’adduction existe en même temps que la flexion, il en résulte une déviation combinée de la colonne lombaire qui est convexe en avant et du côté sain.
Abduction. — Dans l’abduction de la cuisse le malade cherche à rapprocher les jambes. Dans ce cas, le tronc s’incline vers le côté sain, les côtes s'éloignent de la crête iliaque malade, la colonne lombaire présente une convexité latérale du côté malade, l’épaule du même côté est plus élevée; la fesse du côté sain est plus saillante.
L’abduction étant toujours accompagnée de flexion, il y a donc une déviation double de la colonne lombaire, qui est convexe en avant et du côté malade.
Rotation en dedans. — Dans la rotation de la cuisse en dedans, le bassin subit un mouvement de rotation qui a pour effet de porter en arrière et en dedans l’extrémité supérieure du fémur du côté malade ; l’épine iliaque antérieure du même côté se porte naturellement aussi en dedans et en arrière, tandis que celle du côté opposé se porte en avant et en dedans; si on compare alors la position des épines iliaques par rapport au plan antérieur du tronc on voit que celle du côté malade est en arrière.
A ce mouvement de rotation du bassin correspond une torsion proportionnelle de la colonne lombaire.
Ainsi donc, comme le mouvement de rotation existe en même temps que la flexion et l’adduction, il en résulte que la colonne lombaire a subi une déviation triple ; elle est convexe en avant et du côté sain, puis elle est tordue. La luxation spontanée en arrière est facile dans la rotation combinée à la flexion.
Rotation en dehors. — Quand la cuisse est dans la rotation en dehors, la hanche du même côté se porte en avant et en dedans, par la torsion de la colonne lombaire; l’épine iliaque du côté malade est plus en avant.
La colonne lombaire est donc tordue, puis convexe en avant
et du côté malade. La rotation en dehors favorise la luxation spontanée en avant.
Telles sont les déviations du membre inférieur, celles du bassin et de la colonne lombaire; toutes ces différences de rapports des os ont été la cause des erreurs que l’on a faites pendant longtemps dans la mensuration ; c’est qu’en effet elles peuvent quelquefois échapper aux yeux, aussi devons-nous étudier les moyens de les reconnaître.
Diagnostic des déviations.
Flexion. — La flexion est facile à constater; souvent en examinant le malade on remarque que le membre inférieur repose sur le lit par toute sa longueur, il semble alors dans l’extension; en poussant plus loin l’examen, on reconnaît qu’il y a flexion du bassin et cambrure lombaire. Il est facile de faire la contreépreuve ; on fait reposer toute la partie postérieure du tronc sur le lit, on voit alors la cuisse se fléchir ; si on appuie sur le genou, la région lombaire quitte le plan du lit et le membre repose de nouveau par toute sa longueur.
Adduction, abduction. — Pour reconnaître chacune de ces déviations, on se sert d’un petit appareil formé de deux bandes étroites réunies en T; on place la bande horizontale sur les deux épines iliaques, de façon que la bande verticale soit au milieu de la ligne qui réunit les deux épines, celle-ci tendue représente l’axe du corps. Les deux, membres doivent être parallèles à cet axe, si alors on est obligé de porter le membre malade en dehors, pour qu’il soit parallèle à l’axe, c’est qu’il était dans l'adduction ; si au contraire il doit être ramené en dedans, c’est qu’aiors il était dans l’abduction.
Rotation en dedans, en dehors. — ■ ties déviations sont assez difficiles à reconnaître. Bonnet a établi que la cuisse est dans la rotation en dehors quand il faut la tourner en dedans pour que sa face antérieure regardé dans le même sens que le plan antérieur du bassin.
La cuisse est dans la rotation en dedans quand il faut la tourner en dehors pour que son plan antérieur regarde dans le même sens que le plan antérieur du bassin.
Quelle est la valeur diagnostique des diverses positions ? — • Elle ressort de l’exâihen de leurs causes. Les déviations peuvent se produire dans quatre conditions différentes :1° par le besoin qu’a le malade de placer son membre dans une position telle que la plupart des muscles et que les ligaments soient relâchés c’est en quelque sorte une position instinctive; 2° par une contracture musculaire; 3° par une rétraction permanente des muscles devenus fibreux; 4° enfin par une ankylosé.
Je ne parle pas de l’action mécanique des épanchements articulaires^ car cette action observée par Bonnet et JDittel (1), dans des injections forcées faites sur le cadavre, n’a pas encore été constatée sur le vivant; c’est la douleur causée par l’épahchement et non l’action mécanique qui produit la déviation.
Quand la déviation a pour but de diminuer la douleur, on observe d’abord la flexion du membre, puis l’adduction ou l’abduction; ces deux positions se rencontrent indifféremment quand la douleur est peu vive, quand elle dépend d’une maladie chronique; la position varie alors avec le décubitus du malade. Si la douleur est très-vive, s’il s’agit d’une arthrite aiguë, on a remarqué qu’alors le membre se plaçait généralement dans la flexion, l’abduction et la rotation en dehors, position dans laquelle, ainsi que l’a démontré Bonnet, la capsule présente la plus grande capacité possible. Dans les premiers temps d’une coxalgie, le membre est généralement dans la flexion, l’abduction et la rotation en dehors, puis plus tard, il se place dans la flexion, l’adduction et la rotation en dedans.
Les contractures musculaires agissent de deux manières pour produire la déviation du membre, tantôt elles sont idiopathiques et déterminent cette position qu’elles maintiennent, en même temps, dans la fixité, comme dans la contracture hystérique, par exemple; tantôt elles sont secondaires, et se bornent à fixer le membre dans unç position qu’il occupait déjà : c’est ce qu’on observe dans une inflammation de la hanche. Le membre prend une position commode dans laquelle les muscles ne sont pas contracturés; si on
(1) Gazette hebdomadaire, 1857, page 377.
veut mouvoir ce membre, alors la douleur exagérée amène des contractions musculaires qui fixent la position.
La fixité de la position peut encore avoir pour cause l’engorgement chronique, l’état lardacé des tissus péri-articulaires.
2° Différences de longueur des membres inférieurs.
Les différences de longueur des membres inférieurs sont un des signes les plus constants des maladies de la hanche; la difficulté de leur constatation, de leur interprétation a donné lieu à bien des erreurs et fait croire souvent à des déplacements des os, qui n’existaient pas.
Le membre peut être allongé ou raccourci, et ces différences de longueur peuvent être apparentes ou réelles; nous avons donc à examiner chacune de ces variétés et à indiquer les procédés de mensuration.
Nous rappellerons que les différences apparentes de longueur tiennent aux diverses attitudes que nous venons d’étudier, lesquelles sont accompagnées de déviations du bassin.
Malgaigne a établi que le membre allongé à l’œil était raccourci h la mensuration et vice versa.
Allongement et raccourcissement apparents. — Les conditions dans lesquelles on observe ces différences de longueur peuvent être résumées dans les propositions suivantes :
1° L’abduction du membre produit, par l’abaissement du bassin, L'allongement apparent à la vue. La flexion et l’inclinaison latérale du bassin qui accompagnent l’abduction donnent un raccourcissement apparent à la mensuration.
2° L’adduction du membre s’accompagnant de déviations inverses du bassin, produit le raccourcissement apparent il la vue, et l’allongement apparent à la mensuration.
L ’ allongement et le raccourcissement apparents à la t;we s expliquent de la façon suivante : les deux membres inférieurs représentent deux colonnes égales attachées par leur extrémité supérieure aux deux bouts d’une ligne transversale passant par le centre des cotyles. Si une des extrémités de cette ligne s’abaisse, le membre s’abaissant aussi, paraîtra plus long que l’autre; il y aura allongement apparent à la vue. Si l’extrémité de la ligne transversale
remonte, le membre correspondant présentera un raccourcissement apparent A la vue.
Pour Y allongement et le raccourcissement apparents à la mensuration, ils s’expliquent ainsi ; si on mène par la pensée deux lignes partant l'une de l’épine iliaque antéro-supérieure, et l’autre du condyle externe du fémur, pour aller au centre de l’articulation coxo-fétnorale, on obtient un angle ouvert en avant, qui diminue dans l’abduction et augmente dans l’adduction. En mesurant dans l’abduction la distance qui existe entre l’épine iliaque et le condyle fémoral, on voit qu’elle est moindre que dans l’extension; il y a un raccourcissement apparent ii la mensuration. Si le membre est dans l’adduction, la mensuration donne un allongement apparent.
D’après Bonnet, l’allongement apparent à la vue reconnaîtrait encore une autre cause que rabaissement du bassin. C’est un mouvement de propulsion en avant d’un de ses côtés, mouvement appartenant A la rotation du bassin autour de l’axe du corps. Lorsque l’on est assis et qu’on porte en avant une épine iliaque, on remarque qu’en même temps, les cuisses étant fléchies, le genou correspondant dépasse celui du côté opposé. Dans les positions que nous avons indiquées, nous avons vu que dans l’abduction, la flexion existe, en même temps que le bassin du côté malade, est abaissé, et que l’épine iliaque du même côté se porte plus en avant; l’allongement apparent est donc produit à la fois, par l’abaissement du bassin et par sa propulsion oblique en avant. Bonnet estime que ces deux déviations donnent chacune un allongement apparent à peu près de même étendue. Ainsi, dans un allongement de 6 centimètres, l’abaissement du bassin fournirait 3 centimètres et la position antérieure de l’épine avec flexion, 3 centimètres aussi.
Il est facile de reconnaître l’allongement apparent; pour cela il suffit de placer le membre sain dans la même position que le membre malade; on constatera alors qu’ils sont tout ît fait égaux.
Jusqu’ici nous n’avons parlé que de l’allongement apparent; voyons maintenant si l’on peut constater un allongement réel.
Admis par plusieurs chirurgiens, il a été attribué h l’épanchement de sérosité dans l’articulation, au gonflement du paquet cellulo-graisseux qui occupe le fond du cotyle, au gonflement des
cartilages, au gonflement de la tête du fémur et enfin au relâchement des muscles.
On a attaché une assez grande importance à l’épanchement de sérosité dans l’articulation; Weber a prétendu que le liquide épanché dans le cotyle abaissait le fémur et que l’abaissement augmentait par distension de la capsule; la résorption du liquide amenait la disparition de l’allongement, et c’est ainsi qu’il expliquait ce dernier phénomène survenant après les cautérisations. Dittel a également constaté que la tête sort du cotyle dans les injections forcées. Dans ces cas, l’allongement obtenu se mesurait par quelques millimètres, aussi est- il tout à fait inappréciable sur le vivant, et ne peut-il servir au diagnostic de l’épanchement articulaire.
Le gonflement de la tête du fémur est un phénomène extrêmement rare ei qui ne produit qu’un allongement inappréciable; la paralysie des muscles ne peut non plus avoir d’influence si la capsule n’est pas altérée.
Dans la coxalgie, l’allongement réel manque également.
En résumé, on ne constatera d’allongement réel du membre inférieur que dans la luxation ovalaire, et là encore il ne sera pas toujours bien appréciable.
Le raccourcissement peut être apparent ou réel. Le raccourcissement apparent, d’après ce que nous avons dit plus haut, tient à la position du membre qui est alors dans la flexion, l’adduction et la rotation en dedans; le bassin est élevé, et l’épine iliaque du même côté est portée en arrière. Bonnet a démontré que les différences de longueur produites par l’élévation du côté malade du bassin et la projection en arrière du même côté s’ajoutaient pour produire le raccourcissement.
C’est dans cette position du membre avec raccourcissement que l’on est le plus exposé à faire des erreurs de diagnostic, car en même temps que le raccourcissement, on observe la saillie du grand trochanter, et d’autres signes qui peuvent faire croire à une luxation sur l’os des iles.
Il est plus difficile de reconnaître le raccourcissement apparent que l'allongement apparent. En effet si le membre malade est dans une forte adduction, on ne pourra placer le membre sain dans une position symétrique; dans ce cas le redressement du
membre, quand il sera possible, montrera que les deux membres sont égaux.
Si dans les maladies de la hanche l’allongement réel n’existe que dans les luxations ovalaires, il n’en estpas de même du raccourcissement réel, on le rencontre souvent et dans un grand nombre de maladies; l’étude de ces causes va montrer dans quels cas on peut l’observer.
Le raccourcissement réel peut tenir à une absorption de la tête fémorale, à une résorption portant à la fois sur la tête et sur le col, comme M. Tillaux l’a observé dans un cas; il peut tenir à une perte de substance de la cavité cotyloïde, soit qu’elle porte sur le fond du cotyle et finisse par le perforer, ou bien qu’elle porte sur le rebord cotyloïdien, qui, détruit, laisse remonter la tête du fémur. Enfin le raccourcissement existe dans les luxations sur l’os des iles. Dans les fractures du col il est très-fréquent, mais il est moins étendu qu’on ne le croit généralement. La hauteur du raccourcissement variera avec l’étendue des destructions osseuses, avec la distance qui existera entre la tête et le cotyle; nous avons déjà insisté sur ce point à propos de l’anatomie.
On a admis que dans les arthrites de la hanche, auxquelles appartiennent surtout les signes que nous éludions, il y avait allongement au début et raccourcissement ensuite. Dans ces cas l’allongement est apparent et tient à la position du malade; plus tard, si le malade place son membre dans l’adduction, ce qui arrive souvent, il y aura un raccourcissement apparent ; mais ce dernier se complique parfois d’un raccourcissement réel, comme quand il survient un déplacement ou une luxation du fémur, dans la coxalgie, par exemple. Quand le raccourcissement succède à l’allongement dans la coxalgie, il est à craindre, dit Parise, que les liquides épanchés dans l’articulation n’aient rompu la capsule.
Toutes les maladies douloureuses de la hanche s’accompagnentelles d’allongement ou de raccourcissement? La plupart présentent ces signes, mais nous verrons dans la suite que dans quelques cas exceptionnels les membres ne présentent ni allongement ni raccourcissement; ils sont alors dans l’extension. Ce fait a été observé par Sabatier, A. Bérard, Bonnet daus la coxalgie; il se rencontre aussi dans certaines contractures hystériques qui en
même temps que la hanche atteignent une grande partie des muscles des membres inférieurs.
Les phénomènes d’allongement et de raccourcissement sont-ils toujours dus à une maladie de la hanche? C’est ce qui arrive presque généralement, néanmoins ils existent aussi dans la sacrocoxalgie. Ils sont là moins constants, mais enfin ils gênent quelquefois le diagnostic; dans les maladies de l’encéphale, de la moelle, dans les hystéries graves on observe’ les déviations du membre inférieur, mais généralement on en reconnaîtra la cause sans difficulté.
Enfin, si l’on constate un raccourcissement, il faudra rechercher s’il ne tient pas à une fracture ancienne; quant à la direction du col, nous avons vu qu’elle pouvait avoir une certaine influence sur la longueur du membre, mais que la différence ne dépassait guère 1 centimètre.
Nous voyons donc que les différences de longueur du membre peuvent avoir leur origine dans une inflammation des parties molles de la hanche, dans une maladie de l’articulation, dans une lésion des parties voisines, enfin dans une maladie de la moelle ou de l’encéphale. Les fractures et les luxations s’ajoutent naturellement à ces causes de déformation du membre.
Les différences de longueur que nous venons d’étudier sont difficiles à constater exactement, ce qui tient à ce que les points de repère ne sont pas précis, et que, selon que l’on place le mètre un peu au-dessus ou au-dessous de l’épine iliaque, on a de suite une différence de i centimètre. Aussi les procédés de mensuration sont-ils nombreux. Nous ne pouvons les faire connaître tous, nous indiquerons seulement les principaux. Les points de repère généralement choisis sont l’épine iliaque anté rieure, la tubérosité iscniatique, le condyle externe du fémur, et l’une ou l’autre malléole.
De la mensuration dans les maladies de la hanche.
Il y a plusieurs procédés :
1° Procédé classique.
2° Procédé de Giraud-Teulon.
3° Procédé de Malgaigne.
4° Procédé de Parise.
5° Procédé de MM. Martin et Collineau,
1° Procédé classique.
1° Placer le bassin dans une rectitude absolue.
2° Étendre les membres sur un plan horizontal et s’assurer de la symétrie et du parallélisme de ces parties.
3° Dessiner avec la plume la saillie des épines iliaques antérosupérieures.
4° Dessiner de la même manière la saillie des malléoles.
5° S’assurer que les épines iliaques sont sur la même ligne horizontale.
6J Enfin, mesurer comparativement les deux côtés avec un fil inextensible.
Ce procédé ne donne de bons résultats que lorsque les deux membres peuvent être symétriquement placés (traumatisme, fractures) ; mais dans la coxalgie ce moyen a peu de valeur; on ne pourrait y avoir recours qu’après anesthésie préalable.
M. Parise a démontré que la mensuration pratiquée dans des positions différentes du membre pelvien donne des résultats essentiellement différents.
La distance de l’épine iliaque au condyle externe du fémur atteint son maximum lorsque le membre est dans l'extension et dans l'adduction ; le minimum est donné par la flexion unie à l’abduction.
2° Procédé de Giraud-Teulon.
11 repose sur le principe suivant ;
« Étant connus les trois côtés d’un triangle, il est toujours possible de déterminer la distance qui sépare son sommet de la partie moyenne de sa base. »
Ce procédé s’exécute de celte manière :
1° Avec un compas d’épaisseur, mesurer la distance qui sépare l’épine iliaque antéro-supérieure de la partie la plus déclive de la tubérosité sciatique.
2° Mesurer avec un fil :
A. — La distance qui sépare l’épine iliaque antéro-supérieure du condyle interne du fémur.
B. — La distance qui sépare la partie la plus déclive de l’ischion du condyle interne du fémur.
3° Tracer avec ces trois dimensions un triangle qui a pour base la ligne ilio ischiatique et pour sommet l’angle qui répond au condyle interne.
h° Abaisser du sommet du triangle une ligne droite sur le milieu de la base (ce dernier point correspond au centre du cotyle. G. Teulon).
5° Mesurer cette ligne et on aura la distance qui sépare le condyle interne d’un point fixe du bassin (le centre de la cavité cotyloïde).
On pratique cette mensuration des deux côtés, et la différence dans les résultats donne l’étendue du raccourcissement.
Ce procédé a l’avantage de pouvoir être employé dans toutes les positions du membre sans rien perdre de son exactitude. Malheureusement il est difficile de déterminer exactement, à cause de l’épaisseur des parties molles, la ligne ilio-ischatique.
Les rapports de la ligne ilio -ischiatique ne sont pas les mêmes chez 1 enfant et chez la femme, que chez l’adulte ; on ne pourrait donc avoir recours au procédé de G. Teulon, que dans ce dernier cas, c’est-à-dire chez l’aldulte.
3° Procédé de Malgaigne.
1° Mettre le bassin dans la position horizontale,
2° Réunir par un lacs les deux épines iliaques antéro-supérieures.
3° De la partie moyenne du premier lacs en abaisser un second entre les membres pelviens; ce second lacs doit être perpendiculaire au premier ; il réprésentera la continuation de l’axe du corps et permettra de placer les membres symétriquement.
h° Mesurer ensuite comme dans le procédé classique.
Ce procédé très-simple donnera souvent des appréciations utiles, mais il faut avoir soin que le lacs descendant ne dévie pas à droite ou à gauche.
ha Procédé de Parise.
On se sert d’un T dont la branche horizontale est graduée à droite et à gauche de la verticale qui répond au zéro de cette graduation.
On place la même division de la branche horizontale sur chaque épine iliaque. La branche horizontale du T ne dévie pas, et elle représente l’axe du corps.
On mesure ensuite comme dans le procédé classique.
Ce procédé qui exige un appareil spécial, est moins pratique que celui de Malgaigne et que le procédé classique, aussi sera-til généralement peu employé, quoiqu’il expose à moins d’erreurs. Nous en dirons auf mt du procédé de Martin et Collineau.
3° Changements de volume du membre.
Les malad.es de la hanche sont souvent accompagnées d’un changement de volume du membre inférieur, qui porte soit sur la hanche, la cuisse et la jambe, ou sur un de ces deux segments du membre.
L’augmentation de volume ne s’observe qu’à la hanche et quelquefois à la partie supérieure de la cuisse ; elle existe surtout au début des maladies inflammatoires de la région, et à ce moment elle atteint souvent en même temps que la hanche, la fesse, l’aine et bipartie supérieure de la cuisse; quand la maladie est passée à l’état chronique l’augmentation se localise à la hanche, et il n’y a que les collections purulentes qui pourraient modifier le volume des parties voisines.
Dans les maladies traumatiques, toute la partie supérieure du membre est élargie, aplatie.
L’atrophie est plus fréquente que l’augmentation de volume ; dans les inflammations anciennes, dans la coxalgie, par exemple, elle occupe tout le membre inférieur, et atteint à la fois la cuisse, la jambe, le pied et les orteils. M. Verneuil a fait remarquer combien parfois l’atrophie des orteils était considérable. Cette atrophie du membre établit un contraste avec le volume de la hanche, qui est resté le même, ou qui est devenu plus con-
sidérable. Ce n’est pas h dire que les muscles de la hanche n’aient pas subi le même amaigrissement que ceux du reste du membre, mais l’infiltration du tissu cellulaire a remplacé la perte éprouvée par les muscles, et si l’aspect de la région a changé, le volume est resté à peu près le même. Si la guérison survient, les produits épanchés sont résorbés, et la hanche reste atrophiée.
Ces phénomènes s’observent dans la plupart des maladies de la hanche à marche lente et qui forcent le membre au repos. Mais dans quelques-unes des maladies chroniques, la marche est encore possible comme dans l’arthrite rhumatismale; alors on remarque que l’atrophie n’est pas la même que dans la coxalgie, la cuisse a subi une diminution de volume, tandis que la jambe est restée à peu près dans son état normal, et que le mollet n’a pas changé; ce signe est indiqué par plusieurs auteurs anglais, qui le considèrent comme ayant une certaine valeur.
Citons enfin l’atrophie qui survient à la suite des fractures et des luxations.
Il est à remarquer que si les maladies traumatiques on inflammatoires surviennent avant le développement complet du squelette, il y aura le plus souvent, non-seulement atrophie du membre, mais aussi diminution de sa longueur par atrophie du squelette. Par contre, Hüter et d’autres auteurs ont signalé l’augmentation de la diaphyse fémorale dans les ostéites des extrémités, surtout dans celles de l’extrémité supérieure du fémur.
Les différences de volume du membre présentent une certaine valeur dans le diagnostic des maladies de la hanche, mais elles peuvent avoir leur point de départ dans des altérations autres que celles qui nous occupent: il faut donc en reconnaître la cause.
La paralysie du membre peut donner lieu à un raccourcissement atrophique et à la claudication; mais alors l’examende la hanche mettra sur la voie du diagnostic. West et Kennedy (1) ont cité des cas de paralysie de l’un des membres inférieurs simulant une affection commençante de la hanche.
Brodie a rapporté un cas d’atrophie congénitale de l’un des
(1) Rilliet et Barthez, t. H, 1861, p. 561.
membres inférieurs; c’est un fait qu’il sulïit de citer. Enfin, M. Trélat (1) a appelé l’alteution sur une différence de volume que peuvent présenter les deux parties latérales du corps et qui s’observe surtout au membre inférieur. Elle tient à un hypertrophie unilatérale. Dans ces cas, il y a un allongement du membre; l’épine iliaque du côté hypertrophié est plus élevée, la fesse est plus saillante, le pli fessier est aussi plus élevé et plus profond. On pourrait donc croire à une déformation persistante, à une maladie de la hanche; mais la déviation du bassin disparaît si l’on fait fléchir le genou du côté hypertrophié.
M. Trélat fait remarquer que, malgré l’allongement, il n’y a jamais de claudication véritable; dans un cas cité par Friedberg, la marche était maladroite avec fauchage circulaire du membre. On reconnaîtra facilement cette difformité, car elle coïncide avec l’hypertrophie du reste de la moitié du corps; elle est congénitale et progressive à partir de la naissance.