TUMEURS FIBREUSES ET OSSEUSES
Le changement des tissus testiculaires en tissus fibreux et osseux est excessivement rare , aussi ne peut-on guère donner de signes certains de diagnostic. La première observation fibreuse du testicule est due à Marjolin et a été publiée par M. Cruveilhier. Cette tumeur était formée par des véritables fibres enroulées sur elles-mêmes de différentes manières ; ces fibres avaient remplacé la substance pulpeuse, en la repoussant vers la tunique albuginée d’un côté. On
pourrait donc supposer que la production fibreuse a débuté sur un des points de la circonférence du testicule à la face interne de la tunique albuginée, et qu’elle a fini par occuper toute la cavité en augmentant de volume. M. Cruveilhier a trouvé cette tumeur entourée d’un liquide qui le séparait complètement de l’enveloppe propre. Ne pourrait-on voir dans ce liquide la substance pulpeuse du testicule? Une surface lisse, dure, élastique, sur laquelle par la compression on aurait la sensation de fluctuation dans quelque point qu’on explore, me paraîtrait être un bon signe de diagnostic ; mais pour cela il faudrait que tous les autres signes propres aux tumeurs des testicules manquassent tous à la fois. Le diagnostic d’ailleurs serait de peu d’importance pour le traitement.
Pour ce qui regarde l’ossification, nous ne sommes guère plus avancés. Les concrétions calcaire et ostéiforme des testicules se montrent rarement à l’état simple, mais bien plutôt à titre de complication d’autres maladies. C’est souvent dans les hydrocèles qu’on les observe, et alors elles occupent la face interne du feuillet pariétal de la tunique vaginale, et elles y sont sous forme de petites plaques qui, en se réunissant, finissent par doubler cette tunique. C’est dans de semblables cas qu’il pourra arriver que l’hydrocèle sera méconnue et confondue avec toute autre affection. Tantôt ces produits osseux sont dans le parenchyme de la glande, tantôt ils sont à 1 extérieur. Ils sont libres quelquefois, mais le plus souvent adhérents ; cette altération organique est excessivement rare , et la plupart des observations citées dans les auteurs ne sont autre chose que des ostéites contenues dans les tuniques du scrotum et non dans le testicule lui-même. Cependant il en existe quelques exemples; le plus beau de tous est celui d’Antoine Dubois : c’était un jeune homme de dix-sept ans, dont les deux testicules étaient ossifiés à leur centre , et qu on fut oblige d amputer. Ces sortes d’ossifications se développent aussi sur îepididyme, s’étendant sur le canal déférent, et celui-ci peut n’être pas oblitéré (. Ârch . gên. de méd ., t. 26).
Il est quelquefois difficile de porter un diagnostic précis dans
de semblables cas. il fout considérer, pour s’en rapprocher le plus possible, la tumeur en elle-même d’abord, puis les points dans lesquels se trouve l’ossification.
Ainsi, si on a une tumeur ronde, globuleuse, d’un volume moyen, très-dure, ayant la consistance d’une pierre, insensible dans tous les points; si, de plus, elle présente sur sa surface des points ou des aspérités, dures aussi, inégales, et jouissant d’un même degré d’insensibilité , on pourra conclure que la concrétion existe dans le testicule , soit au centre, soit h la périphérie de la substance parenchymateuse. Mais, si les concrétions calcaires sont libres, mobiles en
partie, et qu’il y ait des espèces de sillons dépressifs qui les séparent, comme qui dirait les cailloux d’une mosaïque ; qu’on obtienne, de plus, par la palpation, une espèce de craquement : il y aurait lieu de croire que l’altération réside dans l’intérieur de la tunique vaginale. Enfin, si, en arrière de ces plaques calcaires, on obtient, par la compression , la douleur propre au testicule, le diagnostic aura, par ce seul fait, une chance d’être rationnel.
Fongns du testicule.
À la suite des plaies, abcès, gangrène du scrotum, on voit souvent, quelques jours après que l’accident ou la perforation de la tunique scrotaîe est opérée, on voit, dis-je, une espèce de végétation rouge, violacée, sanieuse, molle, apparaître au fond de la plaie, s’avancer peu à peu dans l’intervalle circonscrit par les lèvres de cette plaie, puis prendre de l’extension, et l’aspect d’une végétation champignonnée ; c’est ce que les auteurs ont appelé fongus du testicule. M. Deville, dans un travail récent, s’élève contre cette dénomination, qu’il regarde comme faisant naître à l’esprit l’idée d’une tout autre maladie que celle qui existe réellement, et propose de l’appeler hernie du testicule à travers les enveloppes scrolales. On pourrait, ce me semble, demander à noire savant exilé s’il donnerait ce nom, par exemple, à une espèce de tumeur pédicuiée développée sur la tuni-
que albuginée, alors que le testicule ne fait pashernie, et qui s’avancerait entre les lèvres d’une plaie faite au scrotum ; il y a assez de faits semblables dans les auteurs , pour qu’on puisse se permettre cette hypothèse. D’ailleurs le travail dont je parle n’est pas encore terminé , et la réforme de M. Deville n’a par conséquent pas cours : aussi conserverons-nous le nom fongns pendant le cours de ce paragraphe.
Ces sortes de tumeurs paraissent devoir leur origine à une violence extérieure; elles sont, les unes, attachées à la face externe de la tunique albuginée , les autres, à la face interne. Les premières seraient formées probablement par la substance testiculaire, puisque Lawrence, ayant plongé dans l’eau une ^le ces tumeurs qu’il avait extirpée, lui vit prendre, après quelques jours, l’aspect des vaisseaux séminifères. Les secondes commenceraient par des granulations, qui en augmentant finiraient par se réunir et constituer ainsi un pédicule qui ferait issue à l’extérieur du scrotum. M. Velpeau pense quelles trouveraient leur point de départ dans un grumeau de sang épanché ou de lymphe concrescible.
Enfin il peut arriver que des tubercules en composent les pardès intégrantes. Comme on le voit, d’après ces diverses opinions, rien n’est bien précis sur cette matière , et tout ce qu’on peut dire de positif, c’est que ces tumeurs sont de diverses natures; elles s’accompagnent toujours de plaie ou d’ulcération des tuniques du scrotum. Les causes traumatiques amènent les premières , les altérations organiques sont les mères des secondes. De quelque manière qu’elles se produisent, les lèvres de la plaie se gonflent et deviennent violacées, turgescentes ; le tissu cellulaire sous -cutané s’endurcit, ce qui augmente le volume de la tumeur. Cet état reste sfationnaire pendant quelque temps, les tissus s’affaissent, reprennent leur couleur, ou à peu près, et il ne reste alors qu’une espèce de végétation étranglée, pour ainsi dire, entre les lèvres de la solution de continuité. Maintenant il est clair que le testicule, en partie ou en totalité, peut quitter les enveloppes et faire ir-
ruption au dehors; mais je crois qu’ators les granulations dont j’ai parlé plus haut se formeront et seront une complication à la hernie du testicule. Peut-être devrais-je , pour terminer, indiquer les signes du diagnostic; mais, par le tableau qui a été présenté sur les diverses origines du fongus, sa marche, sa forme, son aspect, il me semble que cette affection ne pourra être méconnue avec toute autre, et je crois pouvoir m’en dispenser.