ÉLÉPHANTIASIS
Les tumeurs éléphantiasiques du scrotum sont rarement observées dans nos climats, et semblent affecter plus spécialement les habitants des pays chauds. Larrey, dans ses mémoires militaires, dit en avoir vu un grand nombre en Égypte , et ajoute que presque tous ceux qu’il a eu occasion d’examiner étaient aussi atteints d’éléphantiasis des membres. Des observations de cette maladie existaient dans la science bien avant Larrey. Dionis, Imbert de Lonnes, Pott, Chopart , nous en ont laissé des exemples très-remarquables ; de nos jours, Delpech et MM . Roux et Velpeau ont publié des faits non moins curieux. Malgré ces travaux, cette singulière maladie était regardée, il n’y a pas encore bien longtemps, comme une affection cancéreuse; aujourd’hui on la considère généralement comme l’hypertrophie du tissu cellulaire sous-cutané.
Le caractère de ces sortes de tumeurs est de présenter habituellement un volume énorme, de se développer très-lentement et presque à l’insu du malade. Elles ont de la tendance à s’élargir et à prendre de l’extension plutôt dans la partie la plus déclive que supérieurement , où elles se rétrécissent et semblent comme suspendues au pubis par un pédicule plus ou moins gros. Elles envahissent presque toujours la totalité du scrotum. Elles sont dures dans certains points et molles dans d’autres; en général, il n’y a pas de douleur ni de changement de couleur à la peau ; quelquefois cependant celle-ci
devient brune , se couvre de plaques jaunâtres , et présente des ulcérations superficielles. La substance qui forme la tumeur embrasse les testicules de tous côtés , et ceux-ci , par la pression continuelle qu’ils éprouvent, finissent par s’atrophier. 11 n’est pas rare cependant de les retrouver dans un parfait état d’intégrité au milieu de la masse ; on peut même , lorsque la tumeur n’est pas trèsvolumineuse , les sentir a la partie supérieure et postérieure du scrotum. Les cordons spermatiques ne sont point altérés , ils deviennent seulement un peu plus volumineux : à mesure que la tumeur se développe , la verge se racornit et finit par disparaître dans son fourreau; il ne reste qu’une fente par où s’échappe l’urine goutte à goutte (Curling). L’affection poursuit sa marche sans porter d’autre trouble à la santé, si ce n’est le désagrément de traîner avec soi un pareil fardeau. Un malade de Toulouse , qui était porteur d’une de ces tumeurs arrivée à un grand développement, en profitait comme d’un siège, lorsqu’il était fatigué. Quant aux causes de cette affection , elles nous sont totalement inconnues. On a bien indiqué des coups de pied reçus sur les bourses , des blessures , des contusions , etc. Le docteur Hendy l’attribue à l’inflammation des glandes lymphatiques ; Alard , à celle des vaisseaux ; Wile , à celle des veines, etc... Mais toutes ces hypothèses ne peuvent être acceptées, car les maladies qui les produiraient, d’après ces auteurs, sont tellement fréquentes dans presque tous les climats, que nous en aurions bien plus d’exemples que nous n’en avons eus jusqu’ici en Europe. Titley, qui s’est spécialement occupé de cette affection , dit en ignorer complètement la cause efficiente; d’après lui, l’éléphantiasis débuterait par des accès de fièvre précédés de frissons , de douleurs de tête et dans le scrotum, à la suite desquels celui-ci resterait gonflé. Ainsi, les mêmes accès se répétant à des intervalles plus ou moins longs, la tuméfaction irait en augmentant après chaque accès, et deviendrait enfin permanente ; elle serait due, d’après cet auteur, à l’épanchement, dans les mailles du tissu cellulaire du scrotum, d’une certaine quantité de lymphe plastique, qui ne pourrait pas être ré-
sorbée. Avant d’admettre définitivement une semblable explication, je désirerais la voir appuyée sur des observations plus concluantes.
Diagnostic. — L’énorme volume de la tumeur, son indolence, sa couleur, son aspect général, le temps qu’elle a mis à se développer, l’état général de la santé, qui demeure toujours bonne : tels sont les signes qui empêcheront l’éléphantiasis d’être confondu avec toute autre affection. Avec quoi pourrait-on la confondre, en effet? Seraitce avec le cancer encéphaloïde? Non, certainement; car, avant que celui-ci eût acquis le développement propre aux tumeurs éléphantiasiques , le malade aurait succombé à la diathèse cancéreuse. Serait-ce avec l’œdème ? Pas davantage : la peau , dans l’œdème , est lisse, blanche et pâle ; dans i’éléphantiasis, elle est dure, terne, rugueuse, quelquefois fauve. Le pronostic de cette maladie est trèsgrave , non point parce que , livrée à elle-même , elle entraîne la mort , mais parce qu’elle nécessite toujours une opération dont les suites sont souvent fatales , à cause de l’énorme perte de substance qu’on doit pratiquer, qui amène souvent l’infection purulente.