OEDÈME ET INFLAMMATION
L’œdème est caractérisé par l’infiltration d’une certaine quantité de sérosité ou d’un liquide de l’économie, de l’urine, par exemple, dans les aréoles du tissu cellulaire du scrotum. Rarement idiopathique, mais presque toujours lié à une affection plus ou moins grave dont elle est la manifestation, l’œdème reconnaît pour causes soit un rétrécissement de l’urèthre , soit une ascite , soit une gêne dans la
circulation veineuse. Boyer lui a donné le nom d’hydrocèle par infiltration.
Cette affection se présente généralement sous la forme d’une tumeur molle qui occupe la totalité des bourses ; elle est pâle , d’un blanc mat , douce au toucher, indolore. Le scrotum conserve sa forme normale, l’impression du doigt persiste quelques instants sur la tumeur ; mais ces caractères ne sont plus les mêmes lorsqu’elle est due à une infiltration urineuse. Alors on voit les bourses se tuméfier en quelques heures; la peau devient lisse et luisante, douloureuse, chaude; des symptômes d’inflammation se manifestent, des accidents généraux se déclarent , et les jours du malade sont exposés, si on n’intervient pas d’une manière active. J’ai vu, dans le service de M. Jobert , à l’Hôtel-Dieu , un homme qui , à la suite d’un excès de boisson , fut pris dans la nuit d’une rétention d’urine. Les symptômes devinrent si graves en peu d’instants , que M. Jobert fut obligé de pratiquer la ponction hypogastrique de la vessie; de larges incisions furent faites sur les côtés du scrotum, et quoiqu’il y ait eu érysipèle , sphacèle du scrotum et d’une partie du canal de l’urèthre , le malade sortit guéri deux mois après son entrée.
Quant à l’œdème que l’on rencontre fréquemment chez les vieillards et chez les jeunes enfants , il tient chez les premiers au progrès de l’âge, alors que le scrotum est flasque, pendant, et constamment irrité ou par le frottement, ou par quelques gouttes d’urine qui s’échappent involontairement ; chez les seconds , c’est à l’humidité dans laquelle sont plongées les parties; il n’offre aucune gravité dans ces deux cas.
Diagnostic . — Il est facile généralement; la flacidité de la tumeur, la présence d’un rétrécissement ou d’une ascite , ou d’une maladie du cœur, mettraient sur la voie si l’on était tenté de s’égarer ; d ailleurs , dans les deux dernières maladies , cet œdème coïncidera avec 1853. — Bibell. 3
l’infiltration des jambes et des cuisses. On le distinguera de l’hydrocèle en ce que celui-ci est plus souvent borné à un seul côté, et que lorsqu’il est double , il y a toujours des différences de forme et de volume , ce qui n’existe pas dans l’œdème qui embrasse toujours la totalité des bourses; de plus, dans l’hydrocèle, il y a de la fluctuation, de la transparence, et quand ces deux signes ne peuvent être perçus par aucun moyen , la dureté de la tumeur, par suite de l’épaississement de la tunique vaginale , montre ce qui existe.
L’infiltration urineuse ne pourra pas non plus être prise pour un œdème symptomatique d’une lésion plus ou moins profonde , parce qu’elle s’accompagne toujours de symptômes inflammatoires; et celle-ci ne sera point confondue elle-même avec l’hydrocèle , parce que par la palpation, elle donne une sensation de crépitation qu’on ne trouve pas dans l’hydropisie de la tunique vaginale ; cette crépitation est due au mélange des liquides et des gaz , produits par la mortification du tissu cellulaire.
Outre l’inflammation du scrotum, qui survient à la suite de l’infiltration urineuse dont je viens de parler, il existe une inflammation traumatique de la peau du scrotum. Ce phénomène morbide se développe sous l’influence des agents extérieurs, et est accompagné de tous ses caractères : le fait suivant en donne un exemple.
M. F. , capitaine d’état-major, à la suite d’une course à cheval dans laquelle il s’était beaucoup fatigué, vit ses parties génitales augmenter de volume. Le lendemain, comme la douleur était trèsminime , et qu’il n’avait pas eu de chaude-pisse ni de vérole depuis deux ans , il ne s’en inquiéta pas davantage ; ce ne fut que le troisième jour que l’inflammation se développa. Le scrotum n’était pas très-volumineux; la peau était lisse, tendue, rouge; la douleur était supportable , et quand on pressait le testicule , elle n’augmentait pas. Je fis appliquer des cataplasmes presque froids , je pratiquai une saignée de trois palettes, et mis le malade au repos. La guérison fut rapide (cinq jours). C’est le seul cas d’inflammation simple
du scrotum qui soit à ma connaissance , et j’ai cru que c’était le moment de le citer.
Évidemment la phlegmasie se bornait à la tunique extérieure des bourses ; car, si l’épididyme eût été envahi , la guérison ne se serait pas faite en si peu de jours. Ce ne pouvait être un œdème , il n’en existait pas le moindre symptôme ; encore moins une infiltration d’urine, car le canal était libre, et le malade urinait parfaitement.