CANCER DES RAMONEURS, VÉGÉTATIONS SYPHILITIQUES
La peau du scrotum et les tuniques qui la doublent sont souvent affectées d’une maladie à laquelle Pott a donné le nom de cancer des ramoneurs , et qu’on observe plus fréquemment en Angleterre qu’en France. M. le professeur Roux se demande (Dictionn. en 30 vol.) si réellement cette dénomination mérite d’être conservée , et il se prononce pour l’affirmative , parce que, dit-il, cette affection est semblable à l’affection cancéreuse , soit par sa marche , soit par ses symptômes, soit par sa terminaison , si on l’abandonne à elle-même, soit enfin par la récidive, qui est presque certaine, si on a été conduit à pratiquer l’ablation.
M’appuyant sur les travaux publiés par M. Lebert, je dois dire qu’il est parfaitement démontré aujourd’hui que l’affection qui nous occupe est l’analogue de celle qui se développe si souvent sur la lèvre inférieure, et dont la récidive est le cas exceptionnel; ce n’est autre chose que des tumeurs épithéliales ou épidermiques , et c’est ainsi qu’on devrait les appeler. Cependant j’ai suivi les errements passés en conservant le titre de ce chapitre , parce que je crois en définitive qu’une fois la maladie bien connue , peu importe qu’on lui
donne tel ou tel nom ; il ne s’agit que de s’entendre. Earle , après Pott, continua de la regarder comme une affection cancéreuse. A. Cooper est le premier qui ait émis un doute à ce sujet , mais il ne s’est pas prononcé. Sans m’occuper davantage de ces opinions différentes, je passe à la description de la maladie.
Plus commun de vingt-cinq à trente ans que dans la vieillesse et la jeunesse , le cancer des ramoneurs semble être particulier aux gens de cette profession , qui sont toujours couverts de suie, et qui prennent des bains une fois tous les six ans. Fatiguée par un pénible labeur , cette catégorie d’ouvriers vieillit avant l’âge ; de bonne heure leur peau se décolore , prend une teinte gris-noir , et se creuse de rides profondes , surtout dans les endroits où elle y est déjà naturellement portée , par exemple à la figure , sur le scrotum et suç* la face dorsale de la main. La suie se loge au milieu de ses profonds sillons , s’incruste pour ainsi dire , et y produit une irritation permanente qui amène bientôt une excoriation. Celle-ci se recouvre d’une croûte qui tombe au plus simple froissement , pour se reformer bientôt avec un volume double qui va en augmentant. Telle est la première forme qu’affecte cette curieuse maladie.
La seconde forme est spéciale au scrotum. Sous l’influence des mêmes causes , une verrue se montre sur un des points de ce sac , petite d’abord , acquérant la grosseur d’une noisette ; c’est ce que les ramoneurs appellent le poireau de la suie. Quelques jours après son apparition , cette verrue tombe et laisse à découvert un ulcère peu douloureux , qui a de la tendance à se propager par continuité de tissus, la base et les bords en sont durs; les ganglions s’engorgent et sont peu douloureux. L’âge auquel apparaît cette singulière affection l’a fait confondre avec l’ulcère syphilitique qui apparaît quelquefois sur le scrotum , lorsque la peau est très-ténue. Ces ulcères, que l’on nomme végétations ou plaques muqueuses, sont trèsrares à la vérité ; mais il me suffit qu’ils aient été observés une seule fois , et qu ils puissent amener une erreur de diagnostic, pour que je me croie obligé d’en dire quelques mots.
Je dirai donc, pour les différencier, que l’erreur sera évitée d’abord par la connaissance des antécédents du malade ; a-t-il eu ou n’a -t- il pas eu la vérole? ensuite par l’examen des parties génitales. Presque toujours cette affection n’est pas la première manifestation de la vérole , et elle est toujours accompagnée d’autres ulcères sur le gland , le prépuce, etc. etc.
D’ailleurs les caractères les plus distinctifs sont les suivants :
L’ulcère dû à la suie est à bords taillés à pic et à base grisâtre et circulaire; il est toujours précédé d’une verrue. Celui qui est dû à la syphilis n’est jamais précédé d’une verrue ; il n’est jamais solitaire, il est à base indurée et à bords irréguliers. Outre ces signes, la profession appuiera le diagnostic.