Diagnostic différentiel des tumeurs du sein
La fréquence des tumeurs du sein, la similitude apparente de quelques unes d’entre elles, tandis que, par leur nature et leur gravité, elles diffèrent essentiellement les unes des autres, donnent à l’étude du diagnostic différentiel de ces tumeurs une grande importance. Cette importance a bien été appréciée par sir A. Cooper, l’un des chirurgiens qui ont le plus contribué à éclairer l’histoire des maladies du sein, et on ne lit pas sans quelque émotion le passade suivant mis en tête de son traité :
« J’ai été rarement témoin d’une joie plus vive que celle qui se peint sur les traits d’une femme, mère d’une nombreuse famille , dont elle est l’unique appui, quand, présentant à un chirurgien son sein déformé par une tumeur et attendant la confirmation d’une sentence qu’elle a déjà prononcée elle-même , elle reçoit au contraire l’assurance positive que ses craintes n’étaient pas fondées. Pâle et tremblante, elle arrive près du chirurgien, et présentant le sein malade, elle dit d’une voix altérée: Monsieur, je viens vous consulter pour un cancer que je porte.au sein. Si, après une exploration attentive, le chirurgien lui
a DIAGNOSTIC DES TÜMEUBS DU SEIN.
affirme que la maladie n’est point un cancer, qu’elle n’en a aucun des caractères, quelle n’est accompagnée d’aucun danger, et qu’elle n’exigera point l’emploi d’une opération, alors le passage subit de la crainte à la joie fait naître sur les traits de cette femme le sourire de la reconnaissance; et c’est à peine si elle éprouve plus de bonheur au moment où elle rejoint une famille chérie dont elle se croyait à la veille d’étre séparée pour toujours, quand elle avait la seule perspective de ne devoir son salut qu’à une opération douloureuse et incertaine dans ses résultats. » A. CooPER, trad. franc. ^ p. 5o4.
Au premier abord , et en s’en tenant à la lecture des descriptions données par les auteurs, on pourrait croire que rien n’est plus facile que d’établir le diagnostic différentiel des tumeurs du sein. En voyant un groupe de symptômes clairs assignés à chacune d’elles, en voyant surtout le tableau exact et minutieux de leurs caractères anatomo-pathologiques, on se figure qu’il est impossible de les confondre; mais il n’en est plus de même quand on arrive à la pratique. Ici le nom, la nature du mal, ne se trouvent point exprimés à l’avance , comme ils le sont en tête de chaque chapitre de l’ouvrage; c’est une tumeur située sous la peau, et plus ou moins profondément cachée dans l’épaisseur de la mamelle , qu’il s’agit de rattacher à l’une des espèces décrites par l’auteur. A. Cooper, qui a vivement senti combien il importe de distinguer les tumeurs bénignes du sein de celles qui doivent avoir une marche funeste, ne s’est point dissimulé non plus les difficultés d’un semblable problème, car plus loin il ajoute : « Je suis tout-à-fait pénétré des difficnltés delà tache que je m’impose, et je suis prêt