INTRODUCTION
à reconnaître que j’ai souvent commis moi-méme des erreurs dans le diagnostic des maladies du sein; mais, si de pareilles erreurs peuvent être commises par celui qui possède une vaste expérience pratique, et qui en outre a la conscience de n’avoir jamais mis d’indifférence ni d’inattention dans l’examen des cas qui se sont présentés à lui, combien doivent-elles arriver plus fréquemment à ceux qui n’ont point recherché attentivement la nature des maladies, tant en s’aidant de l’examen anatomico-patbologique qu’en faisant l’étude comparée des observations anatomiques et des caractères extérieurs que ces lésions présentent pendant la vie. » {Logo cit., p. 5o4. )
On le voit donc, pour parvenir à la solution d’une question aussi difficile que celle du diagnostic différentiel des tumeurs du sein, le chirurgien devrait unir à une expérience très Vaste une connaissance consommée des causes, de la marche et des symptômes de chacune de ces tumeurs, une notion précise des altérations pathologiques qui les constituent; il devrait enfin conserver, autant que possible, le souvenir des erreurs dans lesquelles sont tombés ses devanciers.
Ne croyez pas cependant que, même en réunissant ces conditions et en apportant à l’examen du malade l’attention la plus scrupuleuse, vous parviendrez tou jours à établir sûrement le diagnostic. Que si, pour vous tirer d’embarras, vous venez à consulter de nouveau ce que les meilleurs auteurs ont écrit sur la matière, vous pourrez voir votre incertitude se prolonger ou s’accroître. Tous, en effet, se plaisent à répéter ; le diagnostic est très difficile^ il faut y bien regarder^ il faut être réservé^ etc. : lorsque enfin vous vous attendez à voir apparaître le signe pathognomonique,
l’anteiir vous abandonne en disant : Cette maladie pourrait être confondue avec telle autre. Est-ce donc à dire que ces écrivains aient apporté une négligence condamnable dans cette partie de leur travail? Non, sans doute. Cette absence de renseignèinents positifs, de jugement précis, tient essentiellement à la nature du sujet. Déclarons franchement qu’une foule de ces tumeurs n’admettent pas un diagnostic certain. Pourquoi cela? c’est que les symptômes ne sont pas très nombreux; c’est que les memes symptômes sont communs à la plupart des tumeurs du sein ; c’est que parmi ces symptômes déjà peu nombreux , il y en a qui ne sont pas constants. Combien de tumeurs, par exemple, n’ont d’autres caractères que d’étre dures, à marche chronique, sans altération de la peau , et d’origine inconnue ! A ce petit nombre de caractères peuvent ou non s’ajouter , poiirla même tumeur, l’indolence ;les douleurs,etleursdiverses modifications de durée, de nature, d’apparition spontanée ou par pression ; la position superficielle ou profonde ; la mobilité ou l’immobilité, la surface unie ou lobulée, etc. Ainsi donc, bien loin de blâmer les auteurs qui ne nous ont pas donné de moyens positifs de distinguer entre elles certaines tumeurs de la mamelle , je serais porté à leur faire le reproche de n’avoir pas déclaré nettement que le diagnostic était impossible.
On comprendra mieux encore une pareille impuissance, quand on saura que quelques maladies laissent le chirurgien dans le doute sur leur véritable nature, lors même que la tumeur enlevée par l’instrument tranchant est soumise à une inspection directe. Combien de fois n’a-t-on pas vu des personnes, également versées dans les connaissances anatomo-pathologi-
IWTRODUCTFON.
ques, porter un jugement différent sur la nature d’une tumeur soumise à leur scalpel! Pour celui-ci, c’est du tissu fibreux ; pour .celui-là , c’est du squirrhe; pour cet autre, c’est une masse fibro-graisseuse, etc. Aussi, ne soyez point surpris de voir les erreurs de diagnostic abonder dans les recueils d’observations ; et vous les trouverez commises par ceuxlà mêmes qui ont le plus appelé l’attention sur la diversité des maladies du sein, et sur le soin à apporter dans leur examen.
Il est facile de deviner qu’une telle incertitude dans le diagnostic a été et sera encore souvent l’occasion d’opérations chirurgicales qu’on aurait pu se dispenser de pratiquer. Dans ces cas, il est vrai, l’innocuité habituelle de l’opération, l’influence souvent avantageuse qu’elle exerce sur l’état moral de la malade, peuvent jusqu’à un certain point consoler te chirurgien de l’erreur qu’il a commise. Parmi ces tumeurs extirpées, par suite d’incertitude ou d’erreurs de diagnostic, il en est d’ailleurs qui auraient peut-être exigé plus tard une opération plus grave que celle qu’on vient de pratiquer à leur occasion. Qui peut répondre en outre que, parmi elles, il n’en est pas quelqu’une qui aurait plus tard pris los caractères d’un véritable cancer?
Les phénomènes des maladies constituant les principaux éléments de leur diagnostic, il m’a paru convenable de présenter un tableau aussi complet que possible des symptômes et de la marche des diverses tumeurs de la mamelle. Cette description facilitera, j’ai presque dit légitimera le diagnostic. J’aurai soin, en outre, de m’aider de toutes les circonstances ac-
cessoires qui peuvent conduire à la connaissance des maladies, et j’utiliserai un travail que j^ai dû faire dans des circonstances semblables à celles qui ont commandé la composition de celui-ci. {Du diagnostic dans les maladies chirurgicales^ de ses sources, de ses incertitudes et d,e ses erreurs. Thèse de concours pour la chaire de clinique externe. i836. )
Plusieurs tumeurs du sein présentent, à raison de leur fréquence ou de leur gravité, un plus haut degré d’intérêt que les autres : l’exposé de leurs symptômes et de leurs signes devra trouver une large place dans cette dissertation. Il en sera de même de quelques autres tumeurs, plus rares à la vérité, mais qui ont avec les précédentes une assez grande ressemblance. J’accorderai moins de détails à certains états, soit physiologiques, soit pathologiques, qui ne peuvent offrir aucune difficulté sous le rapport du diagnostic. Pour quelques tumeurs, enfin , il suffira de les indiquer.
Ce que je viens de dire fait prévoir les développements que je donnerai à l’histoire symptomatologique et diagnostique des cancers de la mamelle. Le parti que j’ai pris pourrait être justifié tout à la fois par les préoccupations des chirurgiens, lorsqu’ils ont à établir le diagnostic d’une tumeur du sein, et par le relevé des erreurs qui ont été commises à ce sujet. Il semble, en effet, que la seule chose dont on s’inquiète soit de déterminer si la tumeur est ou n est pas cancéreuse. Si le chirurgien établit un parallèle entre deux tumeurs, le cancer est presque toujours un des termes de la comparaison : on se demande si la tumeur est un corps fibreux ou un cancer , un tubercule ou un