‹ Diagnostic différentiel des tumeurs du seinChapitre 17 sur 33 · TUMEURS PRODUITES PAR LES CONTUSIONS DU SEIN · texte numérisé non relu

TUMEURS PRODUITES PAR LES CONTUSIONS DU SEIN

A la suite de violences extérieures ^ le tissu cellu* laire sous-cutané ou profond de la. mamelle peut être contus, déchiré, de telle sorte que le sang s’échappe des vaisseaux divisés et donne lieu à la formation , soit d’une ecchymose, soit d’une bosse ou d’un dépôt sanguin. Dans le premier cas, il se fait une ecchymose qui s’étale en forme de disque, plus foncé à la circonférence. Lorsque le coup porte bien perpendiculairement sur la mamelle, l’ecchymose peut rester profonde et ne pas se manifester à la peau. Dans le second cas, outre l’ecchymose, il se forme une tumeur molle, fluctuante, dans laquelle on fait parfois naître cette crépitation propre aux dépôts sanguins. Un gonflement plus ou moins douloureux peut être la conséquence de la contusion, et se prolonger pendant plusieurs jours : avec le temps, le gonflement inflammatoire diminue, le sang est peu à peu résorbé, et la tumeur finit par disparaître.

Ces dépôts sanguins traumatiques peuvent entrer en suppuration , même après être restés long-temps indolents et sationnaires. Chez une femme soignée par M. Velpeau, la tumeur était demeurée indolente pendant cinq mois, et, à cette époque seulement, elle devint le siège de douleurs : on sentait une fluC'

tumeubs produites par les contusions du sein. 63 tuation obscure et profonde ; un bistouri droit fut plongé dans la tumeur, et donna issue à une once environ dé sang coagulé, moitié liquide, et mêlé à une assez grande quantité de pus. Ce fut six mois après la contusion que l’on ouvrit la tumeur, et il est à remarquer qu’après ce terme éloigné, il y avait encore un reste d’ecchymose autour de la mamelle.

Les dépôts sanguins peuvent, en outre, subir diverses altérations successives , et donner lieu à plusieurs des maladies qui nous restent à décrire. ''

Les tumeurs qui résultent d’une contusion du sein, ne pouvant être confondues avec le gonflement sympathique ou avec l’hypertrophie des mamelles, je vais les opposer aux phlegmons simples avec lesquels elles ont quelque ressemblance.

M. Velpeau rapporte, dans sa thèse de concours sur la Contusion, qu’une jeune fille, à la suite d’un coup sur le sein, éprouva un gonflement si considérable à la mamelle, que cet organe égalait le volume d’une tête d’adulte. Le chirurgien eut d’abord l’idée d’un vaste phlegmon ; mais le défaut de rougeur, le reste de souplesse conservée dans les tissus, et le peu d’acuité des souffrances, lui firent abandonner sa première opinion. Les circonstances commémoratives et la présence d’une ecchymose plus ou moins prononcée serviront encore à éclairer le diagnostic. Ces deux signes aideront à distinguer un dépôt sanguin d’un abcès phlegmoneux. Ce fut en m’appuyant sur eux que je reconnus une tumeur de la première espèce. Une femme, dont la mamelle avait été violemment contuse dans une chute, vit se former une tumeur douloureuse et fluctuante, que quelques personnes prirent pour un abcès j mais la présence d’une ecchy-

iDose considérable sur le sein et les parties voisines la rapidité avec laquelle s’était formée la colleclion liquide, me portèrent à penser que la tumeur était constituée par du sang; ce que confirma l’ouverture de la poche.

Si le diagnostic est facile à établir lorsque la maladie ne date que de quelques jours, il n’en est plus de même quand le chirurgien est appelé plusieurs semaines ou plusieurs mois après l’accident. On vient de voir que le dépôt sanguin, après être demeuré indolent pendant un temps plus ou moins long, peut s’échauffer, s’enflammer et arriver à la suppuration.

Les circonstances commémoratives sont ici du plus haut intérêt pour asseoir le diagnostic. Si la malade a reçu un coup, si la tumeur s’est développée rapidement, si la peau est demeurée fortement ecchymosée, il y aura lieu de présumer l’existence d’un dépôt sanguin. Peut-être pourrait-on encore saisir, même après plusieurs mois, comme dans le cas précédent, des traces de l’infiltration sanguine dans le tissu cellulaire sous-cutané.

J’ai déjà signalé plusieurs fois l’ecchymose à l’attention du chirurgien , comme pouvant l’éclairer sur la nature de la tumeur soumise à son examen. Je dois maintenant le mettre en garde contre une erreur que, dans certain cas, il pourrait commeltre en ne rapportant pas l’ecchymose à sa véritable causé. A. Cooper a décrit une lésion bien singulière de la mamelle, qui consiste dans une tache semblable à celle que, produirait une contusion , et qui se manifeste aui approches de chaque époque menstruelle. Or, si cette tache, qui n’est autre qu’une véritable ecchymose, coïncidait avec une tumeur douloureuse du sein, on

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pourrait croire que le tout est le résultat d’une contusion. Voici les caractères de l’ecchymose spontanée, tels que les indique A. Cooper, qui en rapporte plusieurs exemples. Elle s’observe ordinairement chez les filles, et le plus souvent chez celles qui sont audessous de vingt-deux ans. Elle est précédée par une vive douleur dans le sein et le bras. Elle apparaît avant l’époque menstruelle, et forme une large tache, semblable à celle que produirait un coup violent. On aperçoit d’autres taches plus petites, disséminées à la surface du sein. La partie ecchymosée est extrêmement sensible au toucher. I.a tache disparaît au bout de quelcpies semaines; d’autres fois elle persiste jusqu’à la menstruation suivante. (A. Cooper, Œuvres chirurgicales, traduction française, p. 535.) 11 suffit d’étre prévenu pour éviter la méprise ; cependant , si une femme voulait en imposer et faire croire que ces ecchymoses sont traumatiques, il serait peutêtre difficile d’en connaître la véritable origine.

L’épanchement de sang ancien peut encore être confondu avec les abcès chroniques et avec les suites de répanchement de lait. Dans ces cas, il y a indolence de la tumeur, état à peu près stationnaire, ou du moins marche fort lente, pas d’altération de la peau, fluctuation plus ou moins évidente. L’origine de la tumeur fournira parfois les moyens de la distinguer. Née spontanément, il est douteux qu’elle soit une bosse sanguine. Quand, au contraire, la malade la rapporte à un coup, il faut s’enquérir avec soin si, immédiatement après cette blessure, le sein est devenu volumineux, ou s’il est resté sensible, légèrement engorgé, s’il a continué de s’accroître lentement. 11 y aura grande probabilité d'un épanchement de sang ,

(jü DIAGNOSTIC DKS TUMEURS DU SEIN.

clans le premier cas; de pus, dans le second. Le com* mérnoratif a plus de valeur encore, quand il s’agit d’établir la différence entre rengorgement de lait et l’épanchement de sang.

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