‹ Diagnostic différentiel des tumeurs du seinChapitre 19 sur 33 · PRODUCTIONS ACCIDENTELLES. - KYSTES · texte numérisé non relu

PRODUCTIONS ACCIDENTELLES. - KYSTES

VU celte maladie affecter les deux mamelles, et nous n’avons rencontré aucune observation qui prouve que cela ait quelquefois eu lieu.

§ 1®'. Kystes uniloculaires. •— Ils siègent dans le tissu cellulaire qui environne la mamelle. Rarement ou les trouve dans l’épaisseur même de la glande: nous ne Connaissons qu’un petit nombre de cas de ce genrej un d’entre eux a été rapporté parM. le professeur Gruveilhier dans son Anatomie pathologique (t.I, p. 9.64; iB 17).

La matière qu’on trouve dans cesbystes est un liquide don lies qualités sont sujettes à varier : tantôt il est séreux, limpide, incolore, ou d’une teinte légèrement jaune; tantôt verdâtre, brun, trouble, et de mauvaise odeur ; tantôt glaireux, mucilagineux, semblable pour l’aspect à de I huile, à du sirop, à du miel, à de la bouillie. Les parois du kyste sont constituées par une lame fibreuse ou fibro-celluleuse, en dehors de laquelle se dépose souvent une couche de matière fibrineuse, qui la double et forme autour d’elle une induration plus ou moins considérable. Elles peuvent à la longue s’épaissir, s’indurer et subir diverses transformations. Dans une observation due à M. le professeur Velpeau, ou voit qu’elles étaient ossifiées comme les artères des vieillards^ et cédaient sous la pression du doigt, en faisant sentir un craquement analogue à celui qui résulte du froissement d’une feuille de parchemin.

Le volume auquel parviennent ces kystes dépend beaucoup de leur texture. Les kystes séreux, qui contiennent un liquide transparent, et dont les parois ont peu d’épaisseur, deviennenyrès gros et peuvent

arrivera peser plusieurs livres. Ceux qui ont été décrits par M. Velpeau sous le nom dehystes séro-nniqueux, et dont le liquide a une consistance glaireuse et une couleur plus foncée , u’alteignent point à des dimensions aussi considérables, ne dépassent guère ' la grosseur du poing, et restent souvent au-ilessous.

Ces kystes débutent ordinairement par une petite tumeur , dure, mobile , sans changement de couleur à la peau , indolente sous la plus forte pression, de sorte qu’ils peuvent être long-temps ignorés par les malades qui les portent. Si l’on est appelé à les examiner clans cette première période, il n’est point possible de constater l’existence de la fluctuation ; car l’induration des tissus voisins et peut-être la tension des parois de la poche s’y opposent. Plus tard, cpiand le liquide est devenu plus abondant, on parvient à s’assurer de sa présence et à sentir la fluctuation sur un des points de la tumeur, ou dans toute son étendue. 11 pourra même se rencontrer des circonstances où sera applicable la méthode d’exploration usitée dans l’hydrocèle : ainsi, lorsque le kyste , considérable et superficiel, contiendra un liquide parfaitement clair, sera recouvert par une faible épaisseur de parties molles, et fera à l’extérieur une saillie assez marquée pour que les rayons lumineux qu’on fait arriver sur un de ses côtés le traversent facilement et ressortent du côté opposé, rien ne s’opposera à ce qu’on distingue la transparence. Nous tenons de M. Velpeau qu’il eut recours à ce moyen de diagnostic sur un jeune homme de quinze ans, chez lequel la tumeur, qui avait la forme d’une cornemuse, était très considérable, envahissait toute la région mammaire, et s’étendait du côté de l’aisselle.

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Dans son degré le plus avancé, cette affection n’est point douloureuse. Quand on comprime la tumeur, elle donne lieu à une sensation de malaise dans le sein, et quelquefois à des picotements ou à des fourmillements qui se propagent le long du bras,et jusque dans les doigts ; cette sensation désagréable augmente dans les temps humides , et toutes les fois que les malades s’exposent au froid.

§ Q. Kystes multiloculaires .—Ils comprennent deux variétés, dont l une a été indiquée par A. Cooper, Cumin, Warren, et l’autre par iM. le professeur Velpeau.

Dans la première , à laquelle les chirurgiens précités ont donné le nom à'hydalide celluleuse la maladie est constituée par une tumeur, en partie solide et en partie liquide , résultant de la déposition dans le tissu celluleux interposé aux lobules de la glande , de matière fibrineuse, ausein de laquelle sedéveloppent un grand nombredc poches indépendantes les unesdes autres. Chacune de ces poches, qui a des parois très vasculaires et plus ou moins épaisses , suivant l’ancit nnpléde la maladie , contient un liquide quelquefois séreux, plus souvent glaireux ou muqueux, dans l’intérieur duquel nagent des masses globulaires, du volume d’une tète d’épingle à celui d’une balle de fusil, libres ou retenues par de petits filaments, et remplies d’un tissu cellulaire très fin , qui est luiméme infiltré de sérosité, de sorte qu’on peut, jusqu’à un certain point, les comparer à des grains de raisin. Les poches dont nous venons de parler sont innombrables, et, en général, petites; mais, au milieu des autres on en distingue toujours quelques unes qui ont pris un développement plus considérable.

yo DÎAÔNOSTIC DES TDMEÜRS DD SEIN.

Dans un cas qui s éloignait par quelques uns de ses caractères anatomiques de la description précédente, A. Coopéra vu des espèces de grappes dontles grains flottaient dans chaque kyste séreux ; de plus, chacun de ces grains ou kystes secondaires n’excédait pas le volume d’un grain d’orge, dont il avait la forme, et présentait une texture laminée, analogue à celle du cristallin.

Cette altération singulière se borne quelquefois à une partie de la mamelle 5 mais, dans la plupart des cas, elle en envahit la totalité , et l’organe est farci de kystes et de matière fibreuse, dont l’abondance toujours croissante fièit par masquer et faire disparaître le tissu glanduleux.

L’hydatide celluleuse d’A. Cooper s’annonce tantôt par l’apparition d’une petite tumeur, dure et mobile) située plus ou moins profondément, à quelque distance du mamelon, tantôt par une induration générale du sein avec tuméfaction légère, et dans les deux cas la peau est libre, non adhérente, saine, sans chaleur ni altération de couleur. Peu à peu la tumeur augmente , sans rien perdre d’abord de sa solidité ni de sa mobilité; mais, à mesure qu’elle grossit, elle change de caractères : quelques uns des kystes se rapprochant de la peau et venant à se développer, la mamelle prend rapidement, et quelquefois tout d’un coup, une extension considérable, et cet accroissement subit de la tumeur interrompt la marche, jusque-là uniforme, lente et graduelle, de la malailie, En même temps que la mamelle grossit, elle change de forme et de consistance , et se couvre d’élévalions qui lui donnent un aspect noueux, bosselé , irrégulier et lobulé. Variables en nombre etDn volume, ceséié-

productions ACGIdentelles. —KYSTES. 7 \

vations, qui sont les conséquences du soulèvement des téguments par les kystes récemment développés, offrent au toucher, tantôt une sensation franche de fluctuation, tantôt une sensation particulière de résistance et d’élasticité, qui rappelle celle qu’on éprouve en palpant les bosselures d’une tumeur encéphaloïde en voie de ramollissement, et qui est d’autant plus propre à faire illusion que la peau s’amincit à la longue, et prend, dans les points où elle est distendue , une teinte bleuâtre. En outre , les veines deviennent variqueuses, et la mamelle, entraînée par le poids delà tumeur, pend au-devant del’abdomeii. L’apparition des bosselures n’est pas un phénomène constant; il arrive quelquefois que la tumeur, sans rien perdre de sa forme globuleuse et sans que sa surface cesse d’être polie et égale, présente plusieurs points ramollis, bleuâtres et fluctuants.

Quoi qu’il en soit, le volume qu’est susceptible d’atteindre la mamelle dans l’affection qui nous occupe , est considérable : A. Cooper en a enlevé une qui pesait neuf livres, et une autre qui avait trente-cinq pouces de circonférence, et M. Warren a pratiqué la môme opération pour une tumeur qui ne pesait pas moins de treize livres. Cependant, il faut convenir que ce sont là des cas très rares, et sir A. Cooper fait observer qu’en mettant de côté les deux exemples précédents, il n’a jamais vu la mamelle malade et farcie de kystes dépasser le double de celle du côté opposé. Avant que la maladie parvienne à ce degré, il se passe ordinairement deux à trois ans, quelquefois moins, rarement davantage.

Dans les premiers temps, il n’existe aucune douleur. Plus lard, la tumeur reste , sauf de rares excep-

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lions, indolente à la pression; mrûs la plupart des malades se plaignent d’éprouver dans le sein une chaleur inaccoutumée ou des démangeaisons profondes. Quehpies unes ont senti de véritables élancements. Une femme, observée par A. Cooper, parlait d’un mouvement intérieur, qui lui donnait l’idée de quelque chose de vivant et de rampant cjui serait enfermé dans la mamelle.

On a vu la peau de la tumeur s’amincir, s’enjdammer, s’ulcérer dans un ou plusieurs des points où la fluctuation était sensible, de sorte que le liquide muqueux, renfermé dans les kystes, s’est écoulé au-dehors. Celte ulcération entraîne des conséquences diverses. Il est possible qu’après l’évacuation du sac perforé ses pafoiscontractent ensemble des adhérences intimes, de manière à empêcher pour toujours la reproduction du mal. D’autres fois, l’ouverture seule se cicatrise; et, le sac persistant, le liquide s’y accumule de nouveau, et la tumeur se reforme au bout d’un temps plus ou moins long. Le plus souvent, soit qti’il y ait une seule ouverture, soit que plusieurs s’établissent simultanément ou successivement, elles ne se ferment point, et donnent lieu à autant de trajets fistuleux , qui fournissent du pus, et dont la guérison est difficile ou même impossible.

On comprend que le travail d’ulcération dont il est ici question provoque une certaine réaction , un certain trouble dans l’économie; mais jusque-là l’ensemble des fonctions n’éprouve aucun dérangement, et la santé générale se maintient si parfaite qu’on ne soupçonnerait pas l’affection dont la malade est atteinte. Lors même que l’altération a envahi toute la mamelle , que la tumeur s’est ulcérée, qu’un écoule-

productions accidentelles. — KYSTES. 78 ment abondant se fait par la plaie, que l’aspect de la partie est alarmant, et qu’enfin le volume de l’organe ainsi altéré est devenu énorme, on ne voit pas néanmoins l’amaigrissement survenir rapidement, la peau prendre cette sécheresse, cet aspect terne et terreux, cette couleur jaune paille qui appartiennent à la diathèse cancéreuse; les ganglions de l’aisselle demeurent ordinairement exempts de toute altération, ou bien , si l’un d’eux vient à s’engorger, cette tuméhiction paraît n’étre que l’effet d’une simple irritation , car elle se dissipe après l’opération. Ajoutons, pour achever de caractériser cette maladie, que l’altération n’a point de tendance à envahir les parties voisines de la mamelle, qu’elle ne s’accompagne d’aucune, maladie analogue dans d'autres régions du corps, et enfin qu’elle ne récidive point lorsque tous les tissus affectes ont été enlevés.

La seconde variété des kystes multiples diffère de la précédente, en ce que les kystes se trouvent épars dans le tissu même de la mamefe, dans son atmosphère celluleuse, ou dans les cloisons interlobulaires, sans qu’aucune matière de nouvelle formation soit interposée entre eux. Elle a été décrite par M. Velpeau, sous le nom de kystes séro-sanguins, sans doute à cause de la nature du liquide que ce professeur a rencontré dans ceux de ces kystes qu’il a eu occasion d’examiner. Ce liquide était, en elfet, noir ou roussâtre, de manière à présenter quelque analogie avec le produit de la sécrétion menstruelle. Dans un cas dûau docteur Douglas Maclaglan et rapporté dans la Gazette médicale (an. 1837, p. 555 ), la matière retirée des poches était jaunâtre, et tenait en suspension un grand nombre d’écailles fragiles, qui avaient tous

les caractères delà cholestérine, ainsi qu’on a pu s’en assurer par l’analyse chimique. Les kystes dont il s’agit ont des parois assez épaisses , et leur volume varie depuis celui d’un grain d’orge jusqu’à celui d’un œuf de poule, et présente tous les intermédiaires. Leur nombre n’a rien de constant ; on en a compté de dix à vingt, dont deux ou trois plus développés. Ils sont indépendants, isolés, distants les uns des autres, et séparés par une certaine épaisseur de tissus parfaitement sains. La tumeur qu’ils forment se propage presque constamment du côté de la peau.

Les caractères assignés par M. Velpeau à ce genre dekystes sont les suivants ; ils se développent a l’occasion de quelque violence extérieure ou d’un trouble dans la menstruation ; la mamelle gonflée présente des bosselures distinctes , d’un volume en général médiocre, globuleuses, élastiques, fluctuâmes ou comme fongueuses ; sans épaississement, ni amincissement, ni coloration morbide des téguments. Les progrès du mal sont lents ; il ne s’accompagne d’aucune douleur, et la san té générale se maintient bonne. De même que les kystes multiples de la première variété, ceuxci paraissent donc constituer une affection toute locale , et qui ne se rattache à aucun vice général de l’organisme. Le plus souvent, ils persistent indéfiniment, et prendraient un très grand développement, si l’on ne se hâtait d’y porter remède. Il n’est pas sans exemple cependant, s’il faut en croire M. Velpeau, de les voir rester stationnaires pendant plusieurs années et se dissiper ensuite spontanément. Cette heureuse terminaison a coïncidé, soit avec l’âge de retour chez les femmes, soit avec le mariage chez les jeunes filles.

DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL DES KYSTES. •jh

Diagnostic différentiel des kystes.

A. Les kystes uniloculaires ne peuvent être confondus avec l’hypertrophie de la mamelle. Quant aux kystes multiloculaires, on les distinguera de la première espèce d’hypertrophie aux caractères suivants : surface de la tumeur en général irrégulière, bosselée; accroissement lent, ne recevant pas d’influence sympathique de la menstruation ; santé générale bonne.

Ces caractères ne suffisent plus pour distinguer les kystes de l’hypertrophie de la deuxième espèce. Mais celle-ci atteint presque toujours les deux mamelles; les inégalités de la glande ne se reconnaissent guère qu’au toucher; il n’y a pas la sensation de fluctuation obscure ou évidente que présentent quelques uns des kystes.

Pans l’un et l’autre cas, les premiers symptômes du mal seront interrogés avec fruit ; dans l’hypertrophie, le gonflement vient en masse; il débute par une petite tumeur, circonscrite dans les kystes.

B. Le diaguDstiq différentiel des kystes d’avec les abcès chroniques et l’engorgement qui les précède quelquefois est souvent impossible à établir au début de l’une et de l’autre affection. Plus tard, lorsque le chirurgien parvient à percevoir la fluctuation , la même hésitation peut persister encore. A. Cooper raconte qu’il reconnut un abcès à la douleur que faisait éprouver à la malade une pression trop légère pour causer de la douleur dans le cas où le liquide épanché aurait été de nature séreuse. Ce signe nous paraît bien incertain, et nous persistons à penser que, dans le

plus grand nombre des cas, la ponction exploratrice pourra seule lever tous les doutes.

C. Les signes commémoratifs n’étant point suffisants pour distinguer un kyste d’un épanchement de sang ou de lait, puisque la contusion ou les troubles dépendants de la lactation sont une des causes de la formation des kystes, ce sera encore à l’aide d’une ponction exploratrice qu’on s’éclairera sur la nature du liquide renfermé dans une tumeur à fluctuation plus ou moins obscure. L’observation suivante nous donne la preuve de l’erreur dans laquelle on est inévitablement entraîné dans le diagnostic de ces affections qui, déjà semblables par les symptômes actuels, surviennent en outre dans des circonstances qui sont les mêmes pour toutes deux.

«Une personne âgée de trente ans, mère de plusieurs enfants et nourrice, se plaignait depuis quelque temps d’un malaise dans la mamelle droite. Les mamelles sont peu développées. Le malaise existe précisément dans la glande mammaire, et consiste en une espèce de poids, comme si l’organe était pendant; puis une sorte de douleur légère s’y ajoute. La sécrétion du lait diminue de jour en jour. La mamelle est plus volumineuse que l’autre, mais on n’y trouve aucune trace de phlogose; elle offre l’élasticité naturelle, mais elle est plus dure et rénitente. Aucune cause externe n’avait donné lieu à la maladie. La femme était bien portante d’ailleurs, et sa constitution assez bonné.

» M. Marini lui prescrivit l’usage d’un régime végétal ; repos du corps et du bras, boissons diurétiques, fomentations émollientes. Le gonflement fit des progrès.

» Un mois après, la mamelle a triplé de volume; la sécrétion du lait a cessé complètement; le mamelon a disparu. Le toucher fait sentir une fluctuation profonde. La chaleur de la partie est naturelle. On applique des cataplasmes de pain cuit dans du lait; leur usage fait amincir la peau.

» Vers le troisième mois aprèsle début de la maladie, le développement delà mamelle dçvint énorme; pour en supporter le poids, la malade est obligée de faire usage d’une écharpe. La peau est amincie et luisante; la malade ne souffre pas autrement c|ue par le poids.

» Cet ensemble de phénomènes fait présumer à MM. Marini et Amici que la tumeur est le résultat d’une extravasation de lait, par suite de la rupture de quelques canaux lactifères. Comme la peau menaçait de se rompre , il a fallu se hâter de ponctionner la tumeur avec une lancette dans la partie la plus déclive.

» Cette ponction donne lieu à un jet violent de sérosité très limpide, sans odeur, dont la quantité monte à neuf livres environ. La poche s’est affaissée sur-le-champ, et la partie a repris le volume de l’autre mamelle. On applique une mèche dans l’ouverture, et on traite le mal comme une hydrocèle, d’après la méthode de la tente et de la compression réunies.

» Le lendemain, l’appareil est un peu sali; on renouvelle le pansement; issue d’une nouvelle quantité de sérosité par la picp'ire. Le soir, nouveau pansement, nouvel écoulement. Pendant quatre jours, les pansements donnent lieu à un écoulement pareil.

» Le cinquième jour, réaction fébrile; traitement antiphlogistique.

» Le vingt-quatrième jour, guérison parfaite.La gué-

rison a été durable. » {Gazette des Hôpitaux, t; XII p. 283 < i838.)

D. Au début, il n’est pas possible de dislingüet le kyste uniloculaire du kyste multiloculaire. Les deuü variétés de cette dernière espèce dekyste ne pourrotit non plus alors être distinguées l’une de l’autre. Plus tard , l’apparition de bosselures, distinctes à l’œil et au toucher, sépare les kystes multiloculaires des kystes uniloculaires. Mais est-il permis de se prononcer, d’une manière positive, entre les deux espèces de tumeurs multiloculaires que j’ai décrites? A cette question, je n’hésite point à répondre par la négative. On a pu voir, en effet, la ressemblance frappante de leurs symptômes. Les caractères anatomiques sur lesquels nous avons basé leur description isolée, ne peuvent plus servir lorsqu’il s’agit d’en établir le diagnostic différentiel; mais on pourra soupçonner l’existence d’un kyste de la seconde espèce, si la tumeur est indolente, sans changement de couleur de la peau, si elle coïncide avec des troubles de la menstruation.

Section II. — Hydalides.

LëS hydatidës se développent rarement dans le sein; néanmoins, les faits recueillis par les auteurs ont entre èlijc une telle ressemblance que, malgré leur petit nombre; ils suffisent pour fournir les éléments d’une description générale. Le kyste qui renferme les hydàtides peut être situé derrière la glande mammaire ou dans son épaisseur. Il est formé par une poche à parois épaisses, fibreuses; entièrement adhérente aüdehors avec les tissus environnants; lisse; douce au

PRODÜCTIONS ACCIDESrïKLLES. -flYOAtlDES.

toucher par sa surface interne qui offre l’aspect d’uilé niembrane séreuse. Cette poche contient, à son intérieur, une humeur limpide semblable à de la sérosité. Lorsqu’il y a une seule hydatide, celle-ci est en contact immédiat avec la poche que je viens de décrire j mais elle ne lui adhère en aucun point. L’acéphaloOyste est formée par Hile membrane semblable au blatte d’œuf à demi coagulé, molle, semi-trattsparente, ayant quelques millimètres d’épaisseun C’est une séconde membrane concentrique à la premièrej et qui renferme à son intérieur du liquide et d’autres acéphalodystes. Selon A. Cooper, telle serait toujours la disposition de l’hydatide du sein , qu’il nomme globulaire. Mais d’autres observateurs dignes de foi ont rencontré des hydatides multiples. Dans ce cas, là poche principale n’est point doublée par une seconde membrane ayant les caractères d’une acéphalocyste; elle renferme de la sérosité et un nombre plus ou moins considérable de tumeurs globuleuses, de volume variable, et dont quelques unes sont aussi grosses que des noix. Là tumeur présente une marche lente; elle s’accroît sans produire de changement dans la couleur de la peau. En général, elle est indolente, et A. Cooper insiste sur ce caractère. Cependant, quoique en général biett fondé, le symptôme que j’indique peut manquer, et être remplacé par un symptôme diamétralement Opposé. Ainsi, on a vu la tumeur hydatique être le siégé de douleurs continuelles, et tellement sensible que le plus léger attouchement en était insupportable. Il est un autre caractère de la maladie, plus constant que le précédent, et qui s’éloigne des prévisions de la théorie ^ je Veux parler de la consistance de la tumeur. Loin d*être molle et fluctuante, comuie pn pourrait le

8o DIAGNOSTIC DES TDMEUKS DU SEIN.

croire; elle offre au contraire une dureté pierreuse; cette dureté persiste alors même que la poche a acquis des dimensions considérables. L’explication que nous avons donnée de la dureté des abcès chroniques peut trouver sans doute son application dans le cas qui nous occupe: de plus, à la résistance de la glande mammaire, il faut ajouter celle qui provient du kyste même, dont l’épaisseur et la dureté sont parfois con-’ sidérables. Cependant, à mesure que l’bydatide se dér veloppe, le liquide qu’elle renferme devenant proportionnellement plus abondant, il arrive une époque où l’on peut, dit A. Cooper, reconnaître la fluctuation dans le centre de la tumeur.

Les tumeurs hydatiques peuvent rester fort longtemps sans offrir d’autre changement qu’une augmentation de volume lente et continue. Mais, dans quelques cas, l’inflammation s’empare de la poche et des tissus qui la recouvrent du côté de la peau; ces parties deviennent rouges, tendues, chaudes, douloureuses. Le point le plus superficiel de la tumeur s’amincit de plus en plus ; la fluctuation y devient manifeste ; et la tumeur finit par s’ouvrir, soit directement, soit après qu’un petit, abcès s’est formé entre elle et la peau. Quoi qu’il en soit, le liquide de la tumeur s’écoule peu à peu à travers l’ouverture delà poche. Dans le cas où l’hydatide principale est unique, cet écoulement est gêné, parce qu’on voit bientôt le trou fermé par une membrane molle et blanchâtre, qui n’est autre que la poche principale de l’hydatide. Nous avons déjà dit que cette poche n’était que contiguë à la face interné du kyste; or, comme rien ne la fixe dans sa cavité, elle suit le mouvement clu liquide, et, lorsque l’ouverture a été suffisamment élargie par

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le travail de l’ulcération, elle finit par s’échapper, ordinairement d’une seule pièce, soit que le liquide l’entraîne au-dehors , soit que la malade exerce sur elle des tractions qui en accélèrent la sortie.

Les observations d’hydatides recueillies par les auteurs n’étant pas très nombreuses, je pense qu’il ne sera pas sans intérêt de rapporter ici un fait de ce genre, que j’ai été à même de recueillir, conjointement ave M. le docteur Bataille.

Madame ***, demeurant rue Croix-Nivert, à Grenelle , fit une chute dans laquelle le sein droit frappa sur le bord d’un baquet. Ce ne fut que plusieurs mois après quelle commença à éprouver dans cet organe un sentiment de pesanteur, bientôt accompagné de douleurs. Forcée à des iravaux pénibles , elle continua à souffrir sans se plaindre, bien que le volume du sein augmentât assez rapidement. Elle se contenta de le soutenir. Ce ne fut que lorsqu’au poids, devenu énorme, se joignirent des douleurs de plus en plus intenses qu’elle se décida à montrer son sein. Il y avait alors plus de huit mois que l’accident avait eu lieu. Cet organe avait un volume double de celui de l’autre sein, naturellement très développé; il était dur dans toute son étendue, inégal et douloureux à trois ou quatre pouces en arrière et au-dessus du mamelon. Cette partie était rouge, luisante, comme érysipélateuse. On appliqua successivement des cataplasmes émollients, puis des sangsues à plusieurs reprises. Elles parurent diminuer le volume du sein, qui devint moins douloureux. On pratiqua des frictions avec la pommade mercurielle, simple d’abord, puis additionnée d’extrait de belladone. Le soulagement fut si marqué, que la femme***, qui se croyait en voie de guérison, conti-

8 2 diagnostic des tumeurs du sein.

nua les frictions sans plus faire voir son sein. Mais trois semaines après, il avait repris son volume primi. tif: la douleur était redevenue insupportable; des élancements se faisaient sentir; la proéminence remarquée au-dessus et eni arrière du sein avait augmenté; elle était devenue rouge, fort douloureuse; on remarquait à la partie supérieure une élévation, à travers laquelle on percevait une légère fluctuation. Aucune dureté, aucune douleur dansle trajet des vaisseaux lymphatiques de l’aisselle. Etat général bon :1a femme conserve sa fraîcheur et son embonpoint. L’extrémité amincie de cette petite tumeur laisse enfin suinter un liquide clair, séreux, qu’une légère pression fait sortir en plus grande abondance.

Ce fut à cette époque que je fus appelé pour examiner la malade. Je constatai la dureté extrême du sein dans tous ses points. Le volume avait diminuédepuis l’ouverture de la tumeur, mais il était encore d’un tiers plus gros que celui du côté opposé. Il continuait à s’écouler en abondance par l’ouverture spontanée une liqueur séreuse ; en outre, on découvrait à travers cette ouverture une masse blanche, membraneuse, résistante, semblable à du blanc d’œuf coagulé, et qui paraissait vouloir s’échapper à travers l’ouverture spontanée. De légères tractions furent exercées sur cette membrane, et amenèrent au-dehors une espèce de sac , lisse et uni sur sa face convexe, offrant au contraire sur sa face interne des lamelles déplus en plus molles et transparentes, modérément unies à la poche principale. L’épaisseur de cette membrane pouvait être de 4 à 5 millimètres; sa dureté était beaucoup plus prononcée à mesure qu’on apjiroçhait de sa face externe; nous ne remarquâmes pas d’autres tu-

PRODUCTIOVS ACCIDENTELLES. - HyDA'JTDES. 83

meurs globuleuses qui auraient pu être renfermées dans la poche principale. Néanmoins, je ne conservai aucun doute sur la nature hydatique de la tumeur.

Une fois cette poche éliminée, il resta dans le sein une-vaste caverne, dont les parois étaient formées par une membrane, très lisse à sa face interne, qui avait été en contact avec la face externe de rhydatide,mais qui était en dehors intimement adhérente aux tissus ambiants; son épaisseur était à peu prés égale à celle de la poche hydatique, sa structure. fibro-cartilagineuse, et sa résistance telle que les parois de la poche demeuraient écartées malgré une pression modérée exercée sur le sein. Il nous sembla qu'il convenait d’enlever cette membrane. La dissection en fut faite avec soin , de telle sorte qu’il n’en restât aucune partie.

La cicatrisation fut retardée, au bout de 12 ou i5 jours, par un écart de régime auquel on remédia par l’administration de deux vomitifs. La plaie reprit bientôt un aspect favorable, et le 25' jour la cicatrisation était achevée.

Tant que l’hydatide est d’un petit volume , il n’est pas possible de la distinguer des autres tumeurs qui offrent, comme elle, à leur début une grande dureté. On est donc exposé à la confondre avec l’abcès chronique, les kystes.'Mais quand la tumeur est devenue plus considérable, peut-être pourrait-on arriver à un diagnostic précis , dans lé cas où, soupçonnant l’existence des hydatides, on aurait recours à la percussion. On produirait, sans doute, ce frémissement remarquable que M. lé professeur Piorry a, l’un des premiers, signalé comme propre aux hydatides ; signe dont M. Tarral a démontré la valeur dans un mé-.

moire très intéressant relatif au diagnostic de quelques maladies, (/owma/ hebdomadaire^ X.. vii,p. hq, i83o.) Peut-être la percussion pourrait-elle encore fournir des lumières pour distinguer des autres tumeurs celles qui sont dues à l’accumulation de liquides dans une cavité circonscrite. En se livrant à ce genre de recherches, il ne faudrait point oublier que les résultats de la percussion peuvent être altérés par le voisinage d’une cavité très sonore , pourvue d’une paroi solide et résistante , sur laquelle repose largement la base de la mamelle.

Du reste, l’extrême dureté de la tumeur, dureté qui persiste lors même que l’hydatide a acquis un volume considérable, et que déjà elle a subi, dans un de ses points, un commencement de ramollissement, peut aider à la distinguer des abcès chroniques et de quelques espèces de kystes.

Quand la fluctuation a conduit le chirurgien à faire une ponction exploratrice , ou quand la poché s’est ouverte spontanément, il n’est plus possible d’en méconnaître la nature. Il s’écoule une quantité de sérosité considérable ; il s’échappe de petits corps arrondis, blanchâtres, qui ne sont autres que les acéphalocystes ; ou bien il se présente à l’ouverture une membrane blanchâtre épaisse , non adhérente , qui suit aisément les tractions qu’on exerce sur elle, et qui est constituée par l’hydatide qui tapissait tout le sac. Rien de semblable n’existe dans les autres tumeurs.

Section m.— Tumeur mammaire chronique.

C’est encore à sir K. Cooper que nous devons la connaissance et la description de cette maladie sin-

productions ACCtDENT. — Tl MDU R 3lAMMAlR£. 85 gnlière, qu’il a rencontrée souvent, dont le docteur Warren a obsèrvé quelques exemples, et dont nous avons eu nous-même l’occasion de constater l’existence et les caractères.

La tumeur mammaire chronique est constituée anatomiquement par un tissu ferme et résistant, qui offre une certaine ressemblance avec celui de la mamelle, et qui est arrangé de manière à représenter une série de lobes de plus en plus petits, variables pour la grosseur, mais semblables quant à la forme, réunis entre eux, mais pouvant se séparer facilement par une macération peu prolongée. La masse qui résulte de l’ensemble de ces lobes, et qui rappelle quelquefois la disposition laminée d’un cervelet disséqué, paraît naître du tissu glanduleux du sein, avec lequel elle reste unie par un prolongement ou pédicule mince et assez allongé pour permettre à la tumeur les mouvements les plus libres. Cette masse est en outre contenue dans un sac fibreux, bien distinct d’ellemême, analogue au tissu qui enveloppe la glande mammaire et occupe les interstices de ses lobules, et d’autant plus dense que la tumeur est plus ancienne et plus volumineuse.

L’affection qui nous occupe a été vue, presque constamment, chez des jeunes femmes de dix-sept à trente ans; quelquefois, mais très rarement, sur des femmes qui avaient dépassé cet âge. Les malades jouissaient d’ailleurs d’une très bonne santé. A. Cooper a cru remarquer que la maladie attaque de préférence des femmes non mariées ou mariées et stériles, ce qui lui a fait penser que l’utérus peut exercer quelque influence sympathique sur son développement. Quoi qu’il en soit, elle s’accroît sans causer d’altéra-

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tion notable de la santé et sans donner lien à des douleurs, de sorte quelle peut exister pendant fort long-temps avant que sa présence soit reconnue ou même soupçonnée par les femmes, qui ne s’en aperçoivent souvent que par hasard. On n’a entendu que dans un très petit nombre de cas les malades se plaindre de douleurs, qui se propageaient jusqu’à l’épaule et qu’on avait considérées comme des douleurs rhumatismales. Le développement de la tumeur est fort lent, et le volume qu’elle est susceptible d’acquérir peu considérable. A. Cooper dit qu’en général son poids n’excède pas deux onces; il a enlevé une de ces tumeurs, qui existait depuis 5 ans, et qui n’avait que le volume d’une noix; il en a vu une autre qui datait de sept années et n’était pas plus grosse que la pré'^ cédente. Il est vrai que M. Bond , de Brighton, en a extirpé une qui pesait une livre et demie, quoiqu’elle n’eût commencé à se former que depuis deux ans, et que sir A. Cooper rapporte à la même espèce de maladie une tumeur, du poids de plusieurs livres, qui fut, extirpée à l’hôpital de Guy. Mais, outre que ce sosnt là des cas exceptionnels, on pourrait se demander si, dans ce dernier en particulier, il s’agissait bien de la véritable tumeur mammaire chronique, puisque, dit l’aüteur anglais, il se fit une ulcération à travers Laquelle, sortirent des végétations granuleuses qui fournissaient une matière purulente. Si ce cas ap' partient à la maladie décrite par Cooper lui-même, au moins faut-il avouer qu’il diffère notablement des autres exemples qu’il a cités.

La tumeur procédant plutôt de la surface de la mamelle que des parties intérieures de son tissu, il en résulte qu’elle est facile à étudier et à reconnaître,

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