‹ Diagnostic différentiel des tumeurs du seinChapitre 27 sur 33 · TUMEURS COMPOSÉES · texte numérisé non relu

TUMEURS COMPOSÉES

fasse partie des tumeurs dont je m’occupe. Elles n’en éclaireraient d’ailleurs en aucune façon le diagnostic différentiel. Je n’ai cependant pas entendu nier la présence accidentelle de la mélanose dans le sein; mais, quand on l’y observe, elle est sous forme de petites tumeurs placéçs dans l’épaisseur delà peau ou audessous de cette membrane, et d’autres tumeurs de même g^re se rencontrent ordinairement dans diverses parties du corps.

J’ai vu un véritable cancer du sein au-devant duquel s’éiait développé un abcès, dont la marche avait simulé celle des abcès phlegmoneux légitimes.

Comme on le voit, la dégénérescence cancéreuse figure fréquemment dans les tumeurs composées de la mamelle; nous avons également signalé sa fréquence relative parmi les tumeurs simples de cette région.

Lorsqu’on incise une tumeur très complexe de la mamelle, on est frappé de l’hétérogénéité de ses diverses parties. Ici, de l’encéphaloïde ramolli ; là, du squirrhe offrant encore une dureté pierreuse ; ailleurs, des kystes contenant une humeur de couleur et de consistance variables , humeur rougeâtre dans un kyste, brune dans un autre, lactescente, citrine. Des parties de ces tuteurs offrent l’apparence d’une gelée (humeur colloïde); d’autres sont fibreuses, fibrocartilagineuses;des tubercules se montrent disséminés dans les interstices de ces productions accidentelles.

On,voit des tumeurs composées où les tissus cancéreux ne sont point aussi apparents, soit que ces tissus manquent effectivement, soit que leurs caractères anatomiques aient été modifiés par leur combinaison avec d’autres altérations path ologiques.

t68 DlAGProSTIC J3ES tumeurs du sein.

Une tumeur du sein, du poids de i 5 livres i;2,fut amputée par M. le professeur Jules Cloquet. La dissection de cetle tumeur montra qu’elle était formée d’énormes tubercules, de tissus fibreux et lardacés, ramollis au niveau de Vulcération , et entourés d'une membrane séro-osseuse très mince et résistante. Cette tumeur ne fut point considérée comme cancéreuse par l’opérateur. L’amputation etit un plein succès.

Je n’essaierai pas de donner une description régulière d’une maladie qui se caractérise par ses irrégularités, ni d’assigner des symptômes constants à une forme pathologique qui est essentiellement variable de sa nature; je me bornerai à quelques remarques générales sur les caractères des tumeurs composées, si tant est qu’on puisse leur reconnaître quelques caractères. . .

Et d’abord ces tumeurs sont en général assez volumineuses, et, quand elles contiennent un grand nombre de productions accidentelles, elles peuvent parvenir à des dimensions monstrueuses.

En s’accroissant, elles restent presque toujours mobiles sur le grand pectoral, de sorte cpi’il n’est pas rare de les voir pendre par une sorte de pédicule moins large que le corps de la tumeur.

Elles affectent moins la constitution que le cancer simple, soit squirrheux, soit encéphaloïde.

Elles sont moins fréquemment que le cancer simple accompagnées de l’engorgement des gang^iops-" lymphatiques de l’aisselle.

Elles sont souvent entourées d’un kyste qui isole des parties environnantes la masse hétérogène par laquelle elles sont constituées.

Extirpées, elles se reproduisent moins souvent que

TÜMEÜRS COMPOSÉES. l6g

le cancer simple; ce qui tient peut être à la présence du kyste, à l’état sain des ganglions lymphatiques, et, pour quelques unes , à l’absence de véritable lésion cancéreuse dans leur intérieur.

Quant aux autres caractères locaux de ces tumeurs, ils varient dans les différents points de leur surface. Ici des saillies, là des enfoncements plus ou moins profonds; de la dureté dans un point, de la mollesse dans un autre; de la fluctuation évidente daiis d’autres places. Ces signes, joints à la mobilité de la tumeur et à l’absence de cachexie cancéreuse, donnent de fortes raisons de croire que la tumeur est composée, et qu’elle n’est ni encéphaloïde simple ni uniquement formée de kystes.

Lorsque le chirurgien extirpe une tumeur du sein qu’il considère comme cancéreuse, il doit se mettre en garde contre une cause d'erreur qui pourrait naître, pendant l’opération même, par suite de l’existence de quelque autre maladie qui n’aurait pas été soupçonnée d’avance. C’est surtout à la combinaison des kystes avec le cancer que cette observation s’applique. Dupuytren enlevant une tumeur reconnue cancéreuse de la mamelle, ouvre, pendant la dissection, un kyste séreux placé au devant de la masse dégénérée : il croit avoir commis une erreur de diagnostic, s’arrête dans son opération, et fait un pansement simple. Cependant il fallut en venir peu de temps après à l’ablation totale de la tumeur, qui n’était autre chose qu’un cancer encéphaloïde.

Comme c’est surtout dans les cas de tumeur composée, ayant pour éléments des kystes et du cancer, que cette erreur pourra être commise, on devra, si l’on rencontre une poche pleine de sérosité dont on

lyO DIAGNOSTIC DES TUMEüES DU SEIN,

n’avait point soupçonné l’existence, regarder avec le plus grand soin les bords et le fond de la plaie avant d’abandonner l’opération. /

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