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CHAPITRE III

HYPERTROPHIE

On désigne sous ce nom l’augmentation générale de volume du sein, augmentation qui n’est due,, ni au dépôt de produits accidentels, ni à la dégénérés-, cence des tissus normaux, ni à la formation et à l’évolution de tissus anormaux, mais qui dépend de l’excès de nutrition des parties constituantes du sein, lesquelles ne présentent d’ailleurs, dans leur texture naturelle, aucune altération autre que l’ampliation plus ou moins considérable de leurs éléments. Quels que soient le volume et le poids du sein hypertrophié, tant qu’il n’en résulte aucune incommodité pour la femme qui le j3orte , ce n’est point une maladie; mais il est rare que la mamelle dépasse les bornes de sj«^ accroissement ordinaire et prenne un développemSIP exagéré, sans que cette déviation des conditions habituelles de l’organisation n’entraîne des inconvénients quelquefois très graves, et alors l’hypertrophie du sein tombe dans le domaine de la chirurgie.

L’excès de nutrition porte à la fois sur la glande mammaire, sur le tissu adipeux qui l’environne, et sur les cloisons et les lames fibreuses interposées au tissu glanduleux, de telle sorte qu’il nous paraît impossible aujourd’hui, avec le très petit nombre d’observations qui existent dans la science, de légitimer la division d^ l’hypertrophie du sein en glandulaire.

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adipeuse et fibro-celluleuse . d’assigner à chacune de ces variétés des caractères symptomatologiques .qui lui soient propres, et surtout d’en établir, sur des fondements solides, la séméiologie. Peut-être arrivera-t-on plus tard à ce degré de précision ; mais il ne nous appartient pas de devancer l’avenir, et d’al- 1er au-delà de ce que nous ont appris les faits connus jusqu’à ce'jour. Nous devons donc nous borner à présenter d’une manière générale le tableau de l’hyper trophie,sans nous préoccuper des proportions suivant lesquelles les différents éléments du sein entrent dans la composition de la tumeur.

L’affection qui nous occupe n’est point décrite dans nos traités classiques de chirurgie, et elle était peu connue en France avant que M. le professeur Velpeau , dans son traité des maladies de mamelle, et M. Nélaton, dans son excellente thèse sur les tumeurs du même organe, en aient présenté une histoire pathologique basée sur les observations rapportées parDurston, C. Rober, A. Cooper, Graves et Finger-

4 ith. C’est aux mêmes sources que nous puiserons iur indiquer les symptômes et la marche d’une maladie que nous n’avons pas eu l’occasion d’observer par nous-même, et qui paraît être beaucoup plus rare dans le pays que nous habitons qu’aux Indes, en Amérique, en Angleterre et en Allemagne.

L’hypertrophie des mamelles se montre sous deu formes : l’une lente, d’une marche presque insensible , occasionnée par des désordres dans les fonctions des organes de la génération; l’autre plus rapide et qui coïncide avec l’évolution pubère.

§ ler, — Cette dernière forme, qui est la mieux con-

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nue et à laquelle se rapportent presque toutes les observations que nous avons parcourues, a été décrite par M. Fingerhuth dans un mémoire fort intéressant auquel nous empruntons la plupart des détails suivants. Elle paraît n’étre qu’une exagération morbide du mouvement fluxionnaire qui s’établit normalement vers les mamelles à l’époque de la puberté; aussi l’observe-t-on chez de jeunes femmes âgées de quatorze à vingt-cinq ans, ordinairement assez grêles, délicates, lymphatiques, maigres, mais ayant cependant offert un développement précoce des mamelles, et chez lesquelles la menstruation a eu de la peine à s’établir, est peu abondante, ou s’est plus ou moins complètement supprimée.

La maladie s’annonce par la tuméfaction des mamelles, qui se développent en masse, également, sans qu’une partie soit plus proéminente que les autres , et sans que leur forme s’altère. Tantôt une seule mamelle est le siège du gonflement, tantôt elles se gonflent toutes deux ; mais il est rare qu’il n’y en ait pas une qui prenne plus de développement que l’autre. La tuméfaction, qui a lieu d’une manière progressive, est néanmoins activée au moment de chaque époque menstruelle , soit que les règles aient été entièrement supprimées, soit qu’elles persistent encore d’une manière plus ou moins incomplète, et les organes affectés deviennent alors le siège d’un sentiment de tension ou de picotement incommode ou douloureux. S’il arrive que dans le cours de la maladie les règles se rétablissent, il peut en résulter une diminution de la tumeur et un soulagement momentané. Quand le flux menstruel persiste, il est peu abondant , et le sang est fluide. Fingerhuth dit avoir observé que la

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perspiration cutanée et le sang récemment tiré de la veine ont une odeur particulière , et que ce dernier liquide contient une grande quantité d’acide carbonique libre.

Enfin, chez la plupart des sujets, la voix subit une altération particulière } elle devient rauque et comme enrouée, reste ainsi pendant deux ou plusieurs jours, pour reprendre ensuite son timbre naturel. Cette altération , qui est quelquefois en rapport avec la période menstruelle, survient d’autres fois sans aucune cause appréciable, Ce phénomène remarquable qui altesteles relations intimes établies entreles mamelles, l’utérus et le larynx, manque rarement, car Fingerhuth a noté le cas unique dans lequel il ne l’avait pas observé.

Cependant la maladie continue à faire des progrès assez rapides; le sein acquiert un volume et un poids qui sont sujets à varier beaucoup. On voit, par la lecture des observations, que tantôt il a le volume d’une tête d’adulte et un poids de quelques livres, tantôt un volume presque égal à celui du tronc, et un poids si considérable que les malades en sont embarrassées, et ne peuvent quitter le lit, ni faire aucun mouvement étendu, sans être aidées par quelque personne qui supporte l’énorme fardeau de leur tumeur. Dans l’observation du docteur Huston, la mamelle droite avait trente-quatre pouces anglais de circonférence, et pesait douze livres ; la gauche , qui avait quarantedeux pouces, pesait vingt-trois livres. Dans un autre fait, rapporté par M. Durston, le sein droit avait trente-un pouces de circonférence, et le gauche trentesept pouces et demi ; de la clavicule à la partie la plus déclive du sein droit, il y avait une étendue de dix-sept

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pouces et dçmi, et dix-neuf et demi pour le côté gauche ; la largeur du sein droit, quand la malade était couchée, était de treize pouces, celle du gauche de seize et demi ; enfin, le sein gauche, amputé après la mort, pesait soixante-quatre livres, bien qu’il n’offrît ni liquide, ni tumeur cancéreuse, ni rien d’anormal, sauf cette hypertrophie vraiment monstrueuse; et l’on estime que la mamelle droite , qui ne fut pas amputée, pouvait peser quarante livres.

Tant que la mamelle n’a pas dépassé certaines dimensions, elle conserve sa place ordinaire ; mais, à mesure que son volume augmente et que son accroissement devient excessif, la peau qui lui servait d’enveloppe devenant insuffisante, elle emprunte et attire à elle celle des parties voisines , du cou, des épaules, du dos; s’isole peu à peu du trouQ, auquel elle ne reste plus attachée que par un pédicule, large encore, mais plus étroit que le reste de la masse; c’est alors une tumeur pédiculée, irrégulièrement piriforme, qui retombe au-»devant de l’abdomen et des cuisses, que l’on a vue descendre jusqu’aux genoux, ou s’étendre sur les cotés du thorax, tellement qu’un des bras était comme incrusté dans la masse morbide, creuséed’un sillon qui le recevait, et se modelait sur sa forme.

Si l’on examine un sein hypertrophié, on voit qu’il représente une masse globuleuse ou plriforme, à surface unie, médiocrement dure, peu tendue, si ce n’est au moment de l’exacerbation qui coïncide aveola période menstruelle, assez molle sous une pression faible, mais offrant, lorsqu’on presse plus fort, un fond résistant, partagé par des sillons plus ou moins prononcés enplusieurs masses secondaires, qui ne sont

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ni dures , ni raboteuses, et dont chacune représente un lobule de la glande mammaire. Vers le centre, existe une excavation superficielle qui correspond au mamelon, aplati, déprimé, et entouré de son auréole, élargie elle-même, et plus colorée que dans l’état normal. Quant à la peau , elle présente peu d’altération dans sa couleur, à moins qu’elle ne soit enflammée par le fait de son excessive distension , comme cela arrive dans un degré extrême de la maladie; mais elle est amincie, très fine, comme transparente; et l’on voit se dessiner au-dessous d’elle un réseau veineux très apparent, qui lui donne une teinte bleuâtre. On a vu des ulcérations dues au frottement s’établir à la surface de la tumeur. La pression exercée sur la mamelle, même avec beaucoup de force, ne cause ordinairement aucune douleur. Il existe cependant quelques exemples qui prouvent que la peau peut acquérir une telle sensibilité que le contact le plus léger soit insupportable; on pense qu’alors il y a complication de deux maladies, et c’est sans doute ce qu’on a voulu exprimer en formant de ces faits une catégorie particulière, sous la dénomination d’hypertrophie avec névralgie de la mamelle.

La santé générale peut persister assez long-temps sans subir aucune altération, et la maladie n’entraîne alors d’autre inconvénient que la gêne qui résulte de son poids. Mais souvent, en même temps que le sein grossit, le corps s’amaigrit, comme si la tumeur attirait à elle tous les matériaux nutritifs , et cette circonstance pourrait faire croire que l’hypertrophie marche encore plus rapidement que cela n’a lieu en réalité.

Chez plusieurs femmes la respiration devient gê-

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née ; on voit survenir de l’oppression, une toux sèche, avec expectoration de matières spumeuses ou mêlées de stries de sang; un épanchement se forme dans la cavité thoracique, l’émaciation s’accroît sans cesse, la fièvre hectique s’établit, et enfin la mort est le dernier terme de la maladie.

Cette funeste terminaison, observée par Huston et par Fingerhuth, est loin d’être constante. L’hypertrophie peut rester stationnaire, ou même rétrograder, mais sans que jamais, dans ce dernier cas, la mamelle revienne à ses conditions ordinaires. lElle demeure alors dure et plus volumineuse que dans l’état normal, et persiste ainsi toute la vie, ou seulement jusqu’à ce que quelque cause occasionnelle vienne renouveler la maladie.

Nous rapprocherons de cette espèce d’hypertrophie* celle qui a été observée par Salrnuth, Joerdenius et Rober chez les femmes enceintes. Elle a offert cette particularité, qu’à chaque nouvelle grossesse, l’accroissement du sein prenait une nouvelle activité, tandis que, dans l’intervalle, le mal suivait une marche rétrograde, et la mamelle se rapprochait de ses dimensions normales sans pourtant y revenir entièrement. Sur une des trois malades dont Rober nous a conservé l’observation détaillée, la marche de l’affection ne fut pas aussi simple, et l’on eut à combattre une complication remarquable, qu’il importe de mentionner ici. Après un second accouchement, le volume des seins , qui était considérable, diminua en partie, et en même temps ces organes présentèrent plusieurs points ramollis qui finirent par donner une sensation de fluctuation ; celui du côté gauche, entièrement mou, ressemblait à une vessie remplie d’eau;

l’oedème occupait aussi les membres inférieurs et la peau de l’abdomen. Des scarifications procurèrent la sortie d’une grande quantité de sérosité qui continua à couler pendant plusieurs semaines, de sorte qu’au bout de ce temps les seins, et surtout celui du côté gauche, ressemblaient à deux sacs flasques et presque entièrement vides^ renfermant la glande mammaire, un peu augmentée de volume et fort dure. Dans un autre cas observé par Fingerhuth, la sérosité se rassembla dans un seul foyer, et forma un véritable kyste ) de telle sorte que l’organe malade présentait à la fois les symptômes de cette dernière maladie et ceux de l’hypertrophie.

§ 2. — Quant à cette hypertrophie des mamelles qu’on observe chez les femmes qui ont passé l’époque de la puberté, nous n’en avons trouvé aucune observation, et nous sommes réduits aux renseignements publiés à cet égard par A. Cooper. Le célèbre chiruogi^n anglais dit que les femmes qui ont vécu dans le célibat jusqu’à l’âge de trente à trente-cinq ans, chez lesquelles la sécrétion menstruelle est devenue extrêmement incomplète et qui ont été sujettes à des flueurs blanches abondantes, sont très exposées à une augmentation anormale des mamelles qui offre les caractères suivants. Les deux seins sont ordinairement affectés, mais le plus souvent il y en a un qui se développe davantage ; malgré leur accroissement, ils ne deviennent point pendants •, si on les palpe avec attention , ils paraissent composés de plusieurs parties très solides, liées entre elles, mais pouvant se mouvoir les unes sur les autres, et qui ne sont autre chose que les lobules indurés et hypertrophiés. Il y a par-

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fois de la douleur, surtout à l’époque de la menstruation, qui n’amène qu’une petite quantité de sang décoloré, et qui cesse promptement. L’exposition de la mamelle à l’air, dans les temps froids, a pour effet d’augmenter l’aménorrhée, et de rendre les douleurs mammaires plus vives.On a vu quelquefois un ganglion lymphatique s’engorger dans chaque aisselle; mais cet engorgement est, dit l’auteur, le résultat d’une simple irritation, et l’on ne doit point en inférer que la maladie ait rien de cancéreux. Enfin,-un dernier trait qui donne à cette variété de l’hypertrophie une physionomie toute particulière, c’est qii’après avoir, ainsi qu’il vient d’être dit, subi pendant quelque temps un accroissement de volume, les mamelles commencent à diminuer, s’atrophient, et finissent par être au bout de quelques années en grande partie absorbées.

On peut confondre l’hypertrophie de la mamelle avec le gonflement qui se montre brusquement à la suite d’une suppression de règles. S’il est facile de distinguer les deux affections lorsque chacune d’elles se présente avec l’ensemble des caractères que nous avons donnés comme constituant le type de l’affection, il n’en est plus de même pour certains cas particuliers qui semblent participer autant de l’hypertrophie que du gonflement sympathique. Les doutes sur la nature de l’affection sont d’autant mieux fondés, que parfois le gonflement sympathique conduit à une hypertrophie dont on peut alors le considérer comme le premier degré. Cependant on sera autorisé à regarder le gonflement comme purement sympathique, lorsqu’il se sera montré subitement à la suite d’une suppression de règles, et qu’il se sera développé simultanément dans les deux mamelles.

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L’âge des malades et la forme de la tumeur suffisent pour distinguer l’une de l’autre les deux espèces d’hypertrophie, qui ont d’ailleurs beaucoup de rapports entre elles.

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