CHAPITRE II
engorgement sympathique.
§ 1 Engorgement physiologique. —A l’époque de la puberté, aux approches de chaque époque menstruelle, dans les premiers temps de la gestation, vers la fin de cette fonction, il arrive que les seins prennent un accroissement rapide, accompagné parfois de sensation de chaleur, de tension, de picotement, et même de douleurs assez vives. Le gonflement porte à la fois sur les deux mamelles; il présente quelque ressemblance avec celui que nous décrirons en parlant de l’engorgement laiteux. Les symptômes de cette espèce de tuméfaction et les circonstances au milieu desquelles elles se développent ne laissent aucun doute sur sa nature.
§ 2 . Engorgement pathologique. — Quoique dû à une cause pathologique, le gonflement qu’on observe dans quelques cas de suppression brusque du flux menstruel peut être rapproché du précédent. Dans cette circonstance on a vu le sein acquérir moraentanément'des dimensions considérables. Les auteurs ont relaté quelques observations curieuses de ce genre de maladie. En voici une que je trouve dans un recueil riche en faits extraordinaires :
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« Un exemple bien remarquable de gonflement prodigieux et subit des mamelles est celui qu’on eut occasion d’observer en 1704 sur une femme de condition moyenne, âgée de vingt-neuf ans. Elle jouissait d’une bonne santé, lorsque, à l’époque de ses règles, qui coulaient d’une manière tout-à-fait normale, elle se lava les pieds : immédiatement les règles s’arrêtèrent, et èn même temps les seins devinrentle siège de douleurs et d’un gonflement, qui pendant la nuit parvint à un tel point que la malade ne put ni se lever ni remuer dans son lit ; ce qui persista jusqu’à ce que, deux saignées ayant été pratiquées à chaque pied, la guérison se fit en l’espace de trois jours, et les mamelles revinrent à leur état naturel. » [Ephémérides des curieux de la nature , cent. 1 ' et 2, p. 1 36 , obs. LXVII.)
L’auteur ajoute qu’il se rappelle avoir lu une histoire semblable dans les Act, Philos. Angl., Oldenburgi, ann. 166g, oct., obs. 3 .
Je crois pouvoir rapprocher de cette observation la suivante, quoique l’auteur n’indiqûe pas qu’il y ait eu suppression de règles au moment où les seins sont devenus volumineux.
«Une femme âgée de vingt ans, de Royaumont, près de Castres, vit ses mamelles se développer d’une si prodigieuse façon qu’elles pouvaient peser 3 ü livres, et qu’elle se trouva dans la nécessité de porter suspendues à son cou , entourées d’un bandage, et non sans peine, ces mamelles monstrueuses. Elle vint auprès de moi solliciter un conseil. Je prescrivis ce que je crus propre à diriger vers les voies inférieures les l'eglesquine paraissaient pas : entre autres choses la saignée du pied, des ventouses aux parties inférieu-
l4 DIAGNOSTIC DKS TDMKUIIS DU SEIN.
res, des eaux minérales apéritives et des lotions sicca. tives sur les mamelles. Je connaissais en effet la merveilleuse sympathie entre les règles et les mamelles de.telle façon que la matière ne s’échappant pas par l’un de ces organes, se dirige vers les autres, d’après le précepte d’Hippocrate, qui fait appliquer les ventouses aux seins pour arrêter le flux menstruel. Sous l’influence de cette médication, les règles ne tardèrent pas à paraître et le gonflement des mamelles se dissipa.
» Cette cure peut être mise au nombre des plus curieuses et des plus dignes d’être notées, car cette tumeur était chose tellement hideuse et avait acquis de telles dimensions, que la malade s’était rendue chez un chirurgien dans le but de se faire amputer les mamelles. » Borell, obs. XLVIII, p. 5 o.
Sans parler des circonstances dans lesquelles se développe ce gonflement, il a cela de remarquable qu’il est, en général, subit : dans l’espace d’une nuit, les seins acquièrent le double ou le triple de leur volume. Il se distingue encore du gonflement physiologique décrit plus haut, parie développement énorme que peuvent prendre les mamelles. Cet engorgement persiste, en général, tant que l’écoulement menstruel demeure suspendu; il diminue, et finit ordinairenlent par disparaître tout-à-fait quand cette fonction est bien rétablie. Les auteurs qui ont observé cette maladie ne parlent que de la gêne qui en résulte, et de la nécessité dans laquelle se trouvent les femmes de soutenir à l’aide de bandages l’énorme fardeau de leurs mamelles. Nous devons en conclure qu’elle n’occasionne pas d’autres accidents, et nous n’avons pas d’autres signes à ajouter à ceux qui précèdent.
HYPERTROPHIE