ENGORGEMENT ET ABCÈS DE LA MAMELLE. ÜÔ
croissement, je ne m’arrêterai pas à décrire les symptômes de l’érysipèle ; je n’en établirai pas non plus les caractères différentiels. Je rappellerai seulement en récrivant certaines tumeurs inflammatoires les signes qiii servent à les distinguer de lerysipèle. Je passerai également sous silence la description du furoncle, de l’anthrax, de la pustule maligne, tumeurs inflammatoires qui n’offrent ici rien de particulier, et qui ne peuvent faire naître aucune erreur de diagnostic résultant du siège qu’elles occupent.
Il en sera encore de même, et pour de semblables motifs , de l’œdème , de l’emphysème , du tissu érectile , etc. Quant aux phlegmons et abcès de la mamelle, nous pensons qu’il convient d’en tracer ici avec soin la marche et les symptômes et d’en indiquer le diagnostic.
L’inflammation peut se développer dans plusieurs des éléments anatomiques qui composent la région mammaire, et donner naissance à des engorgements qui présentent des caractères différents suivant les lieux qu’ils occupent. Cette différence avait déjà été signalée par A. Petit, qui admettait que l’inflammation peut avoir son siège dans le tissu cellulaire graisseux qui environne les glandes mammaires ou dans les glandes elles-mêmes. Cependant cette remarque éminemment pratique avait pour ainsi dire passé inaperçue dans la science, puisque des auteurs dogmatiques modernes fort célèbres, tels que Callisen et Boyer, confondent dans la même description toutes les inflammations de la mamelle; mais les chirurgiens de notre époque, plus versés que leurs devanciers dans l’étude de l’anatomie chirurgicale, ont pu décrire avec plus d’exactitude et de précision chacune
des variétés que ces engorgements présentent. Adop* tant la division suivie par M. Velpeau dans l’article Mamelle du Dictionnaire de médecine , nous décrirons successivement ; i* l’inflammation du tissu cellulaire sous-cutané; 2 ” l’inflammation de la glande mammaire ; 3“ l’inflammation du tissu cellulaire sousmammaire. Nous parlerons ensuite du phlegmon diffus; et enfin nous ferons suivre ces quatre sections d’une cinquième, dans laquelle il sera question de l’inflammation et des abcès chroniques.
Section I”. — Engorgement inflammatoire et abcès du tissu cellulaire sous-cutané.
Cette inflammation présente des caractères différents \ suivant quelle se développe dans le voisinage du mamelon, ou dans les points qui s’en éloignent. Au-dessous de l’auréole, la couche sous-cutanée est formée par un tissu cellulaire filamenteux dépourvu de graisse. En dehors de l’auréole, la peau est séparée de la mamelle par une couche adipeuse plus ou moins épaisse. A cette différence de composition anatomique correspondent des différences dans la marche de la phlegmasie ; c’est ce qui a engagé M. Velpeau à donner une description séparée pour l’inflammation qui siège dans chacun de ces points.
% . Inflamrnation de lauréoleé — Le peu d’é¬
paisseur de la couche sous-cutanée et l’adhérence de la peau à la glande mammaire rendent rare l’inflammation isolée du tissu cellulaire ; aussi cette maladie est-elle presque toujours liée à l’inflammation, superficielle au moins, du parenchyme de la glande. Cette variété se présente avec les caractères suivants : Tau-
engorgement et abcès de la mamelle. 27 réole forme une saillie conoide, surmontée par le mamelon tendu et douloureux. Une ou plusieurs bosselures sont irrégulièrement disséminées à la surface de ce cône. Ces bosselures sont d’un rouge livide, et le siège de douleurs plus ou moins vives. La phleg* masie se termine ordinairement en peu de jours par résolution , lorsqu’on en éloigne les causes. D’autres fois la fièvre s’allume; les malades éprouvent dans une des bosselures de l’auréole des Iw^tements, de la chaleur et de la douleur, indices certains d’une suppuration. On ne tarde point alors à voir apparaître une ou plusieurs collections purulentes, dont le volume dépasse rarement celui d’Une noisette. Retenus en arrière par la glande mammaire sur laquelle ils reposent J ces abcès soulèvent la peau, et forment une saillie globuleuse ou irrégulière ^ bien circonscrite ; ils amincissent et ulcèrent rapidement la peau.
Pour percevoir la fluctuation que présentent ces petites collections purulentes, M. Velpeau conseille de presser d’une main la mamelle dans le sens d’un de ses diamètres, pendant qu’un doigt de l’autre main explore la tumeur en la pressant d’avant en arrière. S’il existe du pus, on trouvera le point saillant du sein dépressible et tendu à la manière d’une petite vessie, tandis que les bosselures non suppurées offrent plus de consistance, et semblent formées par un corps spongieux.
§ 2 . Inflammation de la couche cellulo-graisseusesouscutanée ,—Beaucoup plus fréquente que la précédente, cette phlegmasie offre une grande ressemblance avec celle qu’on observe dans les autres régions du tissu graisseux sous-cutané. Tantôt elle est bornée à un point
a8 DIAGNOSTIC DES TUMEURS DU SEIN.
circonscrit, tantôt elle occupe une partie ou la totalité de la superficie de la mamelle. Au début, la malade ressent une douleur assez vive dans la région affectée. L’exploration de la tumeur fait reconnaître un engorgement uniforme et une rénitence assez marquée. La pression augmente la douleur. Bientôt la peau du sein prend une teinte rosée , puis rouge; elle est chaude au toucher et tendue, en raison de l’extension que prés^te l’engorgement inflammatoire. Le sein du côté affecté est augmenté de volume ; cependant le mamelon , loin d’être plus saillant, est affaissé et déprimé, ainsi que l’auréole. La malade perçoit dans le sein une douleur continue, pulsative, offrant parfois beaucoup d’intensité. Si l’inflammation est très limitée, il n’y a que peu de réaction générale. Dans le cas contraire, on observe une fièvre intense, proportionnée à l’étendue de l’inflammation.
Cette maladie peut se terminer par résolution : on voit alors céder peu à peu les symptômes du phlegmon ; la rougeur, la douleur, disparaissent assez vite ; l’engorgement se dissipe plus lentement. Du reste, ce n’est guère que dans les quatre à cinq premiers jours de la phlegmasie qu’on peut espérer voir survenir cette heureuse terminaison : passé ce temps, la suppuration est à peu près inévitable. Celle-ci donne lieu au phénomène suivant : l’inflammation se circonscrit ordinairement sur un point, tandis qu’elle se résout dans les autres. Le lieu où se formera l’abcès est habituellement celui où se sont présentés les premiers symptômes inflammatoires. Là, on voit la peau devenir saillante, s’amincir, prendre une teinte plus foncée, en même temps que les parties sous-jacentes se ramolissent du centre à la circonférence. Le siège or-
engorgement et abcès de la mamelle. Q9 dinaire de cet abcès est à la partie inférieure externe de la mamelle, ou en haut et en dedans , surtout chez les femmes qui ontles seins volumineux ou pendants. Ordinairement uniques, ils se présentent parfois en nombre plus considérable. M. Velpeau a observé une femme qui en présentait quatre, comme terminaison d’un érythème noueux ; ce professeur en a vu jusqu’à six chez une autre qui avait été affectée d’érysipèle ambulant. Le volume de ces abcès est habituellement peu considérable ; on en voit cependant qui égalent et même qui dépassent le volume d’un œuf. La disposition du tissu cellulaire qui les borne rend leur circonscription fort exacte; aussi est-il rare de les voir s’étendre d’une manière diffuse. La résorption 'des abcès sous-cutanés de la mamelle est fort rare. Le pus se porte vers la peau, et finit par s’échapper audehors, au bout de dix à quinze jours, à moins qu’on ne lui fraye une route plus prompte avec l’instrument tranchant ; cependant cette ouverture spontanée peut se faire attendre plus long-temps. Dans ce cas, on peut craindre qu’avant l’ouverture du foyer, il ne se fasse des fusées purulentes dans diverses directions , vers l’aisselle, l’épigastre, ou l’hypochondre, ou bien que, plus rapproché du pourtour de la glande, l’abcès ne gagne le tissu cellulaire profond , et ne se complique d’un abcès sous-mammaire.
Quant à la manière de percevoir la fluctuation, on y arrive à peu près comme dans le cas précédent. La mamelle est embrassée largement avec une main, qui l’applique contre les parois de la poitrine, tandis qu’avec un ou deux doigts de cette main restés libres et ceux de la main opposée on presse alternativement la tumeur.
Section II. — Inflammation de la glande mammaire.
L’inflarnmalion primitive de la glande mammaire est plus fréquente que celle du tissu cellulaire qui la recouvre. Cette inflammation peut avoir son siège, soit dans les globules glanduleux de la mamelle, soit dans le tissu fibro-celluleux interlobulaire, soit enfin dans les conduits galactophores. Nous n’essaierons pas cependant d’offrir une description isolée de chacune de ces phlegmasies ; car, en supposant qu’il soit possible d’établir entre elles quelques différences au moment de leur apparition , cette distinction cesserait d’être admissible au bout d’un temps fort court, puisqu’alors tous les éléments organiques de la glande paraissent envahis, et que les phénomènes de leur inflammation se confondent entre eux. Mais, avant d’exposer les symptômes de la mastite, je vais décrire un état particulier delà mamelle, qui n’est point encore l’inflammation de cet organe, mais qui le précède dans le plus grand nombre des cas ; je veux parler de l’engorgement des conduits galactophores.
§ I®'. Engorgement des conduits galactophores.
Cet engorgement, qui est connu vulgairement sous le nom de paraît dû à la rétention du lait dans les conduits galactophores , et se montre le plus souvent chez les femmes en couche ou récemment accouchées, quelquefois chez les nourrices, ou à l’époque du sevrage, etc.
Le sein se gonfle considérablement ; il est comme endurci et criblé de bosselures; la femme éprouve dans la mamelle une sensation fort incommode de tension et de pesanteur qui s’étend au-dessous de la
engorgement et arcês de la mamelle. 3i clavicule, vers l’aisselle, et rend parfois fort gênés les mouvements du membre supérieur. La peau du sein est tendue? chaude, amincie ; elle conserve en général sa coloration normale; elle est même parfois plus pâle ou plus blanche que dans l’état ordinaire, Les veines sous-cutanées se dessinent mieux à la surface de la mamelle, soit qu’elles renferment plus de sang, soit que la peau, amincie et distendue, soit devenue plus translucide. Si l’on palpe le sein , on distingue nettement toutes les bosselures de la glande , et l’on peut reconnaître à sa circonférence les prolongements que l’organe envoie çà et là au milieu du tissu adipeux environnant, prolongements qui se distinguent par leur forme globuleuse et leur dureté, en tout semblables à celles du reste de la glande.
Quelquefois cet engorgement est annoncé par un mouvement fébrile assez intense qui ne se prolonge pas au-delà de vingt^quatre heures, quand le dégorgement s’opère. Ordinairement la maladie se termine par résolution ; dans d’autres cas, l’engorgement persiste et devient Ibrigine d’une véritable inflammation,
§ 2. Phlegmons et abcès de la mamelle. — Nous venons de voir la rétention du lait provoquer un engorgement douloureux de la mamelle ; l’inflammation de la glande produit à son début des accidents analogues aux précédents.
Ces accidents acquièrent plus d’intensité et s’accompagnent bientôt de phénomènes plus graves. Les mamelles restent dures, très douloureuses, le gonflement n’est pas uniforme; il est plus prononcé dans certains points, moins dans d’autres, ce qui tient à ce
3a DIAGNOSTIC DES TUMEURS DU SEIN.
que quelques lobules sont plus affectés que les lobules voisins. Disséminés dans l’épaisseur de la glande, ces lobules constituent autant de phlegmons distincts.
Au bout d’un certain temps, la phlegmasie sé propage de la glande aux parties environnantes, tantôt vers la base, tantôt à la circonférence, tantôt et plus souvent vers la superficie, tantôt enfin vers plusieurs de ces régions à la fois. La peau, d’abord exempte d’altération, s’échauffe et rougit au niveau des lobules enflammés. La marche de cette inflammation est en général moins rapide que celle des deux autres espèces. La terminaison par résolution en est assez rare; plus souvent elle donne lieu à la formation d’abcès, ou à des indurations chroniques. >
Quand il doit se former des abcès, ce n’est guère avant le douzième jour que ce travail s’accomplit. Les signes qui annoncent la formation du pus sont assez obscurs. Tant que l’abcès reste emprisonné dans l’épaisseur de la glande, limité de tous côtés par un tissu dense et résistant, il acquiert difficilement des dimensions considérables. Le pus tend à se porter hors de la glande; il s’insinue le lon^^des cloisons fibrocelluleuses qui unissent les lobules ou dans les interstices qui suivent les conduits galactophores, et il arrive ainsi dans le tissu cellulaire sous-cutané. Alors apparaissent les symptômes d’une phlegmasie dont j’ai déjà décrit les caractères, et l’on voit naître le phlegmon du tissu cellulaire de l’auréole, ou du reste du sein, ou des deux à la fois, selon les points de la surface de la glande où ie pus vient se faire jour. D’autres fois, c’est vers la base de la mamelle, entre elle et le grand pectoral, que s’opère le transport du pus; et