ENGORGEMENT ET ABCÈS DE LA MAMELLE
il en résulte des accidents dont nous nous occuperons bientôt.
Il y a donc deux phases dans la marche de ces abcès : la première assez lente, assez obscure pendant laquelle le pus est sécrété, rassemblé en foyer, et enfin expulsé de l’intérieur delà glande ; la seconde, à évolution beaucoup plus rapide, dâns laquelle se présentent les symptômes mieux caractérisés de l’abcès sous-cutané ou sous-mammaire.
Cette inflammation des lobules offre un caractère singulier, c’est de se répétera intervalles plus ou moins rapprochés dans diverses parties de la glande, de telle sorte qu’à un phlegmon en succède un autre, et que l’on peut voir à la fois sur le même sein : ici, un engorgement récent et douloureux d’un lobule; là un abcès encore emprisonné le long des cloisons de la glande; dans un troisième lieu, le phlegmon souscutané et l’abcès qui lui succède; dans un quatrième, enfin, l’ouverture d’un de ces abcès devenue fistuleuse. Du reste, soit qu’ils se forment tous ensemble, soit qu’ils se succèdent, ces phlegmons et abcès de la mamelle sont presque toujours multiples : deux, trois, quatre, apparaissent parfois ensemble, ou se succèdent à quelques jours d’intervalle. M. Velpeau en a vu survenir ainsi successivement jusqu’à trente-trois sur le même sein.
Le pus qui s’écoule des abcès de la glande mammaire est mélangé à une certaine quantité de lait; d’autre part, le lait qui sort du mamelon entraîne des globules purulents. 11 nous semble très rationnel d’admettre, avec M. le professeur J. Cloqpet, que la déchirure de quelques uns des conduits galactophores a occasionné le mélange du lait avec le pus.
SicTiON III. — Inflammation du tissu cellulaire sous-mammalre.
La distinction si judicieuse établie par A. Petit entre les abcès de la glande mammaire et ceux du tissu cellulaire sous-cutané^ a été avec raison étendue aux phlegmasies qui peuvent envahir le tissu cellulaire qui unit la mamelle aux parois de la poitrine. Ce tissu, lâche, lamelleux, est en effet exposé à devenir le siège de phlegmons et d’abcès, différents de ceux que nous venons de décrire ; phlegmons et abcès qui y prennent^spontanément origine, ou, ce qui est beaucoup plus commun, ont leur point de départ, soit dans la glande mammaire, soit dans les parois osseuses de la poitrine, soit dans les viscères quelle renferme. Dans ces divers cas, la marche de l’affection est à peu près la même. La région devient le siège d’un gonflement considérable. La mamelle est très saillante. En l’examinant avec soin, on reconnaît qu’elle est soulevée en masse, et que son tissu n’est ni induré, ni gonflé. Si on la comprime, on perçoit une sensation que M. Velpeau compare à celle qui résulterait de l’affaissement d’une éponge, La peau .est chaude, légèrement rouge, et sillonnée de veines plus ou moins volumineuses. La malade éprouve dans le sein des douleurs sourdes, profondes, gravatives ou pongitives, qui ne sont pas, dans tous les cas, notablement augmentées par la pression.
Les phénomènes généraux offrent une grande intensité; la fièvre, l’agitation, l’insomnie, quelquefois même le délire, accompagnent la phlegmasie locale.
Il est rare que la maladie se termine par résolution; presque toujours on voit, et dans un temps très court, quatre à six jours, se manifester les signes de
INFLAMMAT. DU TISSU CELLULAIRE S.-MAMMAIRE. 35 la suppuration. En même temps qu'il s’est produit des frissons irréguliers, la douleur locale, la chaleur, diminuent; la fièvre persiste, l’appétit est nul, la langue sale ; le gonflement de la mamelle est toujours considérable; il survient à la base une sorte d’empâtement qui conserve l’impression du doigt; la peau reste légèrement colorée. Ces signes sont d’autant plus importants à retenir que la fluctuation est parfois difficile à constater dans ces abcès.
La quantité de pus qu’ils renferment est ordinairement considérable, et peut égaler ou dépasser un litre. La laxité du tissu cellulaire permet à la collection de s’étendre rapidement à la totalité de la base de la mamelle, en sorte qu’en appuyant sur le centre de la glande on fait refluer le liquide au pourtour de la circonférence; circonstance qu’on peut mettre à profit pour établir le diagnostic. Dans quelques cas, le tissu ambiant est induré, et limite plus exactement la collection ; celle-ci peut alors occuper le milieii de la mamelle, et répondre, centre pour centre , à la glande qui se trouve soulevée en cône, ou bien être située plus près de la circonférence, ce qui entraîne un soulèvement inégal de la mamelle.
Après avoir présenté isolément la description du phlegmon et des abcès des différentes couches de la région mammaire, je dois dire que, dans certains cas, et ce sont peut-être les plus nombreux, l’inflammation occupe à la fois plusieurs de ces couches. Déjà , en parlant des phlegmons de la mamelle, nous avons indiqué le mode de transmission de la maladie vers les parties superficielles et profondes. On doit s’attendre à rencontrer alors, groupés et réunis entre eux ,
les symptômes qui appartiennent à chaque espèce de maladie.
Section IV. —- Phlegmon diffus.
Les symptômes du phlegmon diffus de la région mammaire offrent quelques particularités qui méritent qu’on en fasse une mention spéciale. Le peu d’épaisseur de la couche celluleuse sons-cutanée en quelques points, la finesse, la vascularité de la peau du sein, déterminent presque toujours la simultanéité d’inflammation de la peau et des parties sousjacentes, en sorte qu’il y a en même temps érysipèle et phlegmon diffus.
L’affection qni nous occupe se manifeste sous deux formes: l’une, qui est très grave, et entraîne souvent la mort ; l’autre, qui l’est beaucoup moins.
La première forme paraît rare, au moins si l’on en juge par le petit nombre d’observations publiées. Dupuytren en a observé un cas. M. Velpeau en a rapporté un autre. Un troisième, dû à M. Godin,est cité dans la thèse de M. Nélaton. Enfin, M. Denonvilliers nous en a communiqué un quatrième, remarquable par sa cause; carie phlegmon diffus avait envahi le sein gauche, à l’occasion de l’ablation de la mamelle droite cancéreuse. A l’hôpital Neckeret dans le service des nourrices, il ne s’en est pas présenté un seul cas, dans l’espace de deux ans; tandis que la seconde forme s’est plus d’une fois offerte à l’observation de MM. Trousseau et Contour, qui ont consigné le résultat de leurs observations dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales ^numéro de février \
Nous allons fonder sur les quatre observations précédentes une description générale de cette variété de