‹ Diagnostic différentiel entre l'abcès cérébelleux et la pyolabyrinthiteChapitre 27 sur 50 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

E. L., 10 ans £ ; entre à l'hôpital le 9 février 1910 pour une affection de l'oreille.

À 2 ans +&, il avait eu une otorrhée. Quinze jours après l'apparition des premiers symptômes, on lui enleva des végétations ; l'écoulement persista et n'a pas cessé depuis. Il est peu abondant, et provoque, malgré les soins de propreté, de l’érythème du conduit et du pavillon ; odeur fétide, pas de douleurs nettement accusées jusqu'aux derniers temps avant l'entrée à lhôpital.

Depuis le début de l'otite, on pouvait abserver assez souvent, et principalement au printemps (d’après la mère) des accidents fébriles se manifestant surtout le soir et la nuit ; peau sèche et chaude ; après les accès, sueurs abondantes.

A trois ans et demi, coqueluche ; depuis, toux persistante.

Trois semaines avant son entrée, le petit malade, se trouvant à l’école fut pris d'une violente céphalée, qui le fit pleurer. L'instituteur le renvoya chez lui ; sa mère le coucha et lui donna de l’antipyrine ; il fut, à ce moment, pris de vomissements répétés, ne pouvant rien conserver, pas même du thé.

Du 2° au 6° jour, récidive de la céphalée ; pendant ce laps de temps, le malade ne put prendre que de l’antipyrine et de l’eau sucrée.

Conduit à l'hôpital Saint-François, on constate qu'il ne peut ni marcher ni se tenir debout ; on lui enlève un polype de l'oreille. ; on lui conseille des instillations de protargol et on le renvoie en lui disant de revenir huit jours après.

Les crises de céphalée se reproduisent tous les deux jours,

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et, consécutivement les troubles de la marche, de la station et de l’'équilibration augmentent progressivement.

Dix jours après l’extirpation du polype, on l’amène à l’hôpital Saint-Pothin, dans le service du professeur Lannois.

11 février 1910. — Pas de fièvre ; la température oscille entre 37° et 37°5 ; le malade, quoique un peu abattu, répond bien aux questions. Pas de tuméfaction de la région mastoïdienne gauche ; pas de douleur à la pression ni à la percussion ; l'écoulement est peu abondant ; pas de vertiges ; l'enfant se couche de préférence du côté de l'oreille malade.

Qunad on demande au malade couché de s'asseoir il soulève ses membres inférieurs au-dessus du plan du lit, les mouvements qu'on lui ordonne de faire avec ses membres inférieurs s'exécutent sans brusquerie ; debout, le malade ne peut se tenir en équilibre ; il incline le corps en arrière et s'il n’est pas soutenu, tombe. Il dit ne pas avoir de vertiges, mais sent ses jambes fléchir sous lui ; on le fait marcher, soutenu par un aide ; la démarche cérébelleuse est typique ; le tronc semble rester en retard sur les membres inférieurs. Un des pieds est lancé en avant tandis que l’autre suit en traînant. Pas de mouvement de flexion et d'extension des orteils pendant la marche.

Du côté des membres supérieurs, maladresse plus marquée à gauche (côté de l'oreille malade). Le malade manque le bout de son nez quand on lui ordonne d'y porter le doigt. On remarque, en outre, du côté gauche, des mouvements choréiformes des doigts.

Quelques contractions brusques et rares dans le domaine du facial ; pas de tremblement fibrillaire, ni de déviation de la langue.

Réflexes : rotulien, exagéré à l'entrée, puis diminué ; pas de Babinski ; quelques secousses de trépidation épileptoïde des deux côtés, le 10 février ; disparition le 11.

Pas de strabisme ; nystagmus lorsque le malade porte les yeux en haut et à droite ; pas d’inégalité pupillaire.

Le malade entend le diapason du côté sain, dans l'épreuve de Weber ; le diapason est mieux perçu au contact de la mastoïde dans l'épreuve de Rinne.

Pas de vomissements ; pas de céphalées ; pas de délire nocturne.

A l'examen de l'oreille on constate une tuméfaction du conduit auditif externe, et, dans la caisse, un magma informe dans lequel il est impossible de rien distinguer.

Opération, le 11 février. — Malgré qu'on fasse l'incision au point d'élection derrière le conduit, on arrive presque immédiatement sur la gouttière sinusale. Enfin on trouve Pantre au-dessus du conduit ; il est rempli de choléstéatome, Après, évidemment, on arrête l'opération.

Le 12 février pas de température ; le malade dort et mange bien ; sa démarche est restée cérébelleuse ; cependant il semble que les troubles de la station ont légèrement diminué et que le malade peut se tenir debout sans aide: pendant quelques secondes.

Le 15 février, température 3805 ; on fait le premier pansement ; légère rétention ; pus fétide ; on constate toujours les troubles cérébelleux et le nystagmus.

Le 16 février, température normale ; atténuation des troubles de la marche: et de la station debout ; persistance du nystagmus, dirigé en haut et à droite (côté opposé à la lésion).

Le 20 février, troubles de la marche presque entièrement disparus ; l'enfant marche facilement, à peine soutenu ; il essaie même de se baisser pour ramasser un objet ; pas de Romberg. La station debout est possible sans aide pendant une vingtaine de secondes ; nystagmus avec oscillations lentes toujours dirigé en haut et à droite.

Le malade guérit sans autres complications ; il est revu Île 22 juin de la même année ; il a quelques secousses de nystagmus horizontal ; quand le regard est dirigé en haut il a quelques secousses assez fortes de nystagmus vertical ; pas d’asynergie cérébelleuse ; pas de vertiges ; pas de Romberg ; se tient sur un pied, les yeux fermés ; fait plusieurs tours sur lui-même sans titubation cons$cutive ; étendu sur le lit, il s'assied les bras croisés sans que les talons quittent le plan du lit. Diadococinésie de Babinski normale.

Par cette observation, nous voyons que notre malade présentait un symptôme cérébelleux. A cause de la chronicité de l'affection, et à cause des accidents endocrâniens qui s'étaient manifestés dans les derniers temps on pouvait. s2 demander si on avait à faire simplement à une otite moyenne avec irritation du labyrinthe (nystagmus), ou si déjà le pus avait «-envañni le cervellet. L'évidement du choléstéatome à suffi pour amener la guérison, et le malade, revu quatre mois après, était dans un état satisfaisant.

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