TORRES
b) La pseudo-métrite hyperplasique glandulaire bénigne. On sait, depuis longtemps (Doleris, Richelot), que, sous le nom métrite, on englobe une maladie de l'utérus qui n’a rien de commun avec l’inflammation chronique banale. Confondue sous la même dénomination, d’une étiologie difficile à préciser, sa place en gynécologie paraît cependant capitale. Cette place de premier plan, tous les chirurgiens ne la lui donne pas, loin de là, cependant sa fréquence est telle qu’elle nous semble être une des maladies courantes de la femme âgée.
1. Fréquence de l’hyperplasie. Nous avons réuni, dans le service de notre maître, le Professeur Bérard, et de notre père, 85 cas d’hémorragie utérine suspects de cancer du corps après la ménopause se décomposant ainsi :
55 cancers glandulaires.
30 métrites hyperplasiques et polypes muqueux. soit 35,4 % de métrites hyperplasiques.
Au laboratoire d’anatomo-pathologique, de 1930 à 1934, nous avons relevé les chiffres suivants :
79 épithéliomas du corps.
228 métrites hyperplasiques et polypes muqueux. SOIN 20
Il est vrai que dans cette statistique nous n’avons pas toujours pu relever l’âge des malades et contrôler que l’époque de la ménopause était effectivement dépassée. Nous avons éliminé cependant, toutes les
No
fois que nous l'avons pu les examens de femmes âgées de moins de 50 ans. Il est d’ailleurs certain que ces coupes n'appartiennent qu'à des femmes âgées, suspectes de néoplasme. Cependant ces chiffres ne peuvent avoir la valeur de ceux que nous avons trouvé dans nos statistiques hospitalières qui nous paraissent d’ailleurs un peu faibles d’après ceux que nous avons pu recueillir ailleurs.
Nous pensons que cela est dû au fait que les cancers du corps utérin sont assez nombreux en raison du centre anti-cancéreux, alors que les métrites sont plutôt soignées dans les services de gynécologie spécialisés.
Lefèvre, dans une thèse récente, publie 49 cas d'hémorragie après la ménopause, soit :
8 cancers du corps.
8 polypes muqueux.
33 hyperplasies bénignes.
ce qui donne 67,3 % de pseudo-métrites glandulaires bénignes.
Butaud donne le chiffre de 44 % d’hyperplasies.
La statistique de Keller est difficilement utilisable, car il fait une distinction entre métrite sénile, adénome utérin, hyperplasie muqueuse. Ces trois dénominations ne correspondent, comme nous l’avons vu, en réalité, qu’à une seule base anatomo-pathologique, l’hyperplasie glandulaire. Quoiqu'il en soit, dans son travail, il publie
14 néoplasmes du corps.
14 hyperplasies.
soit 50 %.
CRD
Même en enlevant nos observations du laboratoire d’anatomie pathologique, il n’en reste pas moins vrai qu'après la ménopause, l’hyperplasie glandulaire est presque aussi fréquente que l’épithélioma du corps utérin.
2. Symptômes de l’hyperplasie. Nous ne reprendrons pas les symptômes de cette affection. D’après la lecture de nos observations, on peut voir qu’ils n’ont rien de spéciaux, ce sont ceux du cancer. Le diagnostic différentiel avec le néoplasme est donc impossible, les deux tableaux cliniques, après la ménopause, sont absolument identiques.
Notre observation XXII des cas bénins nous paraît typique.
Il s’agissait d’une femme de 64 ans, ménopausée depuis longtemps, qui vint consulter pour des pertes ressemblant à de l’eau rosée qui se produisaient depuis quelques temps. Puis des métrorragies continues firent leur apparition, accompagnées de petites douleurs dans le bas ventre.
Le toucher ne donne aucun renseignement, l’utérus est en rétroversion. On pratique une hystérectomie pour cancer du corps.
La pièce ne montre pas de cancer et l’histologie répond : métrite hyperplasique.
Par conséquent rien, ni la clinique, ni l’évolution, ni même la simple vue des lésions après curettage ne peuvent distinguer les deux affections.
Nous avons vu qu’il fallait la considérer comme une tumeur bénigne de l’utérus s’opposant, en tout point, au néoplasme.