CHAPITRE II
Diagnostic du cancer utérin au moment et avant la ménopause
Il nous a semblé que la distinction métrorragie avant et après la ménopause n’était pas suffisante pour l’étude du diagnostic du néoplasme du corps utérin. Nous n'insisterons pas sur les difjicultés du diagnostic du néoplasme avant l’âge critique, chez la femme jeune. On sait qu'il est très complexe ; à toutes les causes que nous avons déjà longuement énumérées, il faut ajouter les rétentions placentaires, le chorio-épithéliome, le cancer du col, les métrorragies d’origine ovarienne, les salpingites, etc.
Il est évident, et de l’avis de tous les chirurgiens, qu’on ne saurait se passer de l'examen histologique pour faire le diagnostic du cancer qui, d’ailleurs, à cet âge, est exceptionnel. Nous avons vu cependant que dans nos 72 observations de cancer. rous avions deux malades de 39 ans et une malade de 34.
Au moment du retour d’âge, le diagnostic est beaucoup plus intéressant. C’est la période ou le néoplasme peut passer le plus facilement inaperçu. Alors qu’après la ménopause une perte rouge, même légère, inquiète les malades et leur entourage et éveille tout de suite
toi:
l’idée du cancer, à la cinquantaine, la femme s’attend à des troubles de la menstruation, et n’y prête pas toujours l'importance qu’elle devrait leur attribuer. Dissimulée au milieu de tous les inconvénients qu’elle sait inévitables, l'apparition de petites pertes, souvent au début très légères et discontinues, la gêne et la trouble moins que les bouffées de chaleur et les palpitations qu’elle doit supporter.
On sait combien souvent ces métrorragies de la ménopause sont traitées par les agents physiques. Si le cancer est méconnu, cette thérapeutique amène des désastres. Moulonguet en rapporte une observation où les rayons aggravèrent l’évolution d’un néoplasme resté inaperçu (le curettage n’ayant pas été fait) ; la malade succomba très rapidement à une généralisation pelvienne rapide. Notre observation LXVIII en est peut-être un exemple, sans que nous puissions en donner la preuve, puisque justement l'examen histologique ne fut pas demandé.
Nous savons que l’épithélioma n’est pas aussi rare qu’on le pensait autrefois au moment de l’âge critique. Lecène, Monod, Moulonguet, Shaw, Schrôder, défendent cette opinion.
Dans nos observations, nous avons rencontré 17 néoplasmes sur 72 à cette période troublée de la vie de la femme, autrement dit 19,4% de nos cancers du corps n’étaient pas ménopausés. Dans les 76 observations de métrorragies recueillies dans le service du Professeur Bérard, 32 malades étaient venues consulter au moment de leur ménopause. Neuf de ces femmes étaient porteuses de cancer, soit 26,66 %
d’épithéliomas. Ces chiffres paraissent très forts, en regard de ceux habituellement donnés, quoique se rapprochant de celui de la clinique de Schrôder qui est 24,2 %,. J. Quénu publie 57 cas du même ordre, il ne trouve que quatre néoplasmes, soit 7 % ; Beclère donne le chiffre de 10 %. Archibald Donald, sur 177 épithéliomas du corps, en trouve 21 à la période de la ménopause, soit 11,8 %. Burger donne des chiffres beaucoup plus bas, 3,7 % des métrorragies de l’âge critique étaient, dans le service de Keller, dues a un cancer. En somme, il est certain qu’on rencontre le cancer plus souvent qu'il n’est classique de le dire, à l’époque de la disparition des règles. Peut-être même certains néoplasmes débutent-ils à cette période, puis restent silencieux, pour ne se manifester, d’une façon évidente, que plus tard. Nous avons deux observations (obs. 28, 36) assez curieuses à cet égard.
Quoiqu'il en soit, toutes les causes d’erreurs déjà étudiées dans le diagnostic du cancer après la ménopause peuvent se retrouver. Pour établir notre statistique, nous avons obéi aux mêmes principes que dans la classification de nos métrorragies post-climatériques, c’est-à-dire que nous n’avons tenu compte que des hémorragies de causes non évidentes. Nous avons trouvé sur 32 cas
9 néoplasmes du corps, 26,6 %.
21 polypes muqueux et métrites hyperplasiques, 68,8 %.
1 kyste des ovaires.
1 tuberculose utérine.
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La statistique de J. Quénu se décompose ainsi :
4 cancers du corps, 9 %.
4 fibromes sous-muqueux .
2 polypes.
2 lésions annexielles.
32 hyperplasies glandulaires, 73 %.
Nous étudierons le diagnostic du cancer avec les affections médicales, avec les fibromes, avec la tuberculose utérine à propos d’une très belle observation, enfin avec l’hyperplasie bénigne et les hémorragies dites de la ménopause.
1. À l’âge critique, l’on rencontre fréquemment des poussées congestives relevant de maladies générales (Dalché, Siredey). Les affections hépatiques, cardiaques, rénales, intestinales peuvent être à l’origine d’un certain nombre d’hémorragies.
L'hypertension de la ménopause, en particulier, est bien connue et Keller conseille avant de porter un diagnostic de toujours rechercher, chez ces femmes, la présence de l’albumine, un léger œdème des chevilles, et le chiffre de la tension artérielle. Siredey en a rapporté une observation typique au cours d’une discussion à la Société d’obstétrique et de gynécologie de Paris (séance du 6 novembre 1933).
Il est bien évident que l’on ne peut pas porter cependant trop à la légère le diagnostic d’hémorragie médicale, et qu’il faut être bien sûr auparavant de n’avoir pas laissé passer un néoplasme.
2. Le fibrome. Contrairement à l’opinion ancienne qui voulait qu’à la ménopause les fibromes cessent, en