BOUCHE, PHARYNX, ŒSOPHAGE
L’examen de la bouche, et de la langue en particulier, donne en séméiologie tropicale des renseignements de la plus grande utilité.
Herpès labial. — Les lèvres peuvent être le siège d’herpès labial, dans toutes les maladies fébriles que l'on rencontre dans les pays chauds, et les accès de lièvre paludéenne y sont quelquefois accompagnés d’éruptions de et* genre. Nous devons cependant signaler que l’herpès labial est moins fréquent sous les tropiques que dans les régions tempérées et subtropicales, et qu’il fait même souvent défaut dans le paludisme tropical.
Langue. — Dans de nombreuses affections des pays chauds, aussi bien que des pays tempérés, la langue est recouverte d'un enduit grisâtre formé de l’accumulation de cellules de desquamation épithéliale. — La langue est saburrale dans l’accès paludéen, la lièvre de Malte, le coup de chaleur, la peste, ainsi que dans la fièvre jaune, la spolted h1 ver et la verruga au début. Dans le choléra, dans la réaction à forme typhoïde, la langue peut avoir l’aspect de celle d’un typhique.
Par contre, on observe en séméiologie coloniale des langues dépourvues de tout enduit, ayant un aspect net, rouge et comme vernissé. C’est la langue des affections des voies intestinales et principalement dos affections chroniques, telles que la dysenterie, la diarrhée des tropiques, l’entéro-colite.
Ulcérations buccales et aphtes. — Celle langue rouge montre souvent des papilles hypertrophiées, douloureuses; d'autres fois elle présente, ainsi que la muqueuse buccale, des aphtes, qui offrent d'abord l’aspect de petites vésicules, puis deviennent de petites plaies ( ulcères molaires de Cromùie) uniformément rouge vif, ou présentant un fond grisâtre, ce qui pourrait les faire confondre avec des plaques muqueuses. Ces ulcères, qui siègent de préférence dans le repli gingivo-labial, sur les bords de la langue, de chaque côté du frein, au niveau des dernières molaires et. qui appartiennent à la diarrhée chronique et à l'entéro-colile. peuvent disparaître puis reparaître. Ils suivent assez exactement les aggravations ou les améliorations de la maladie et enregistrent, pour ainsi dire, l’état de la muqueuse intestinale.
Un a quelquefois aussi observé, au cours d'accès paludéens, des aphtes buccaux, suivis d'ulcération, et certains praticiens reconnaissent même une forme aphteuse de la lièvre paludéenne; il est très probable que, dans bon nombre de ces cas, les aphtes sont également liés à un mauvais étal des voies digestives (1), lequel peut d’ailleurs être une consé quence de l'accès paludéen.
Dans la première période de la dengue, la muqueuse buccale est congestionnée et l'on peut y rencontrer quelquefois des érosions superficielles.
Gangrène de la bouche. — Kelsch et lviener, Laure et Pallier ont décrit dans des cas de cachexie paludéenne des sphacèles et des gangrènes de la bouche débutant par les amygdales et les gencives, et pouvant détruire toute une joue, en s’étendant depuis la commissure des lèvres jusqu'à 1 os malaire et jusqu'au maxillaire inférieur.
La gangrène de la bouche se retrouve encore comme complication du typhus exanthématique, dans les cas graves.
(I) On pourrait peuL-ÊLrc rallachcr également à des lésions intestinales ou stomacales ou au paludisme les gingivites alvéolo-dentaires (maladie de Fauchard) ou scorbutiques que l'on observe si fréquemment entre les tropiques.
APPAREIL DIGESTIF
C'est également, d’après les auteurs anglais, une complication très fréquente du dernier stade du kala-azar.
Parmi les lésions de la bouche appartenant à la pathologie exotique, nous devons enfin signaler l’existence des ulcérations et des tubercules lépreux que l'on peut trouver sur la muqueuse buccale, en particulier sur la voûte palatine, sur le dos de la langue et au niveau de l'istlnue du gosier.
Nous avons déjà parlé, au chapitre Hémorragies , des hémorragies buccales de la fièvre jaune et de la verruga ; nous n’y reviendrons pas.
Parotidites. — Les parotides s’infectent au cours d’un assez grand nombre de maladies, dans nos climats, les parolidites relevant de causes pathogènes assez diverses. Il en est de même dans certaines pyrexies propres aux régions tropicales.
On a signalé des parotidites dans la cachexie paludéenne. Ces parotidites, qui se rencontrent assez fréquemment aussi dans la fièvre jaune, sont généralement dans celte affection d'un pronostic fatal lorsqu’elles se montrent à la fin de la deuxième période, d’un pronostic plus bénin lorsqu’elles n'apparaissent que plus tard (l)ulroulau).
Dans les formes graves de la dysenterie, delà fièvre japonaise de rivière et du typhus, on observe souvent des parolidil.es suppurées. Ces parotidites ont été également signalées dans la dengue, le béribéri et la fièvre de Malte; mais, dans ces affections, elles aboutissent rarement à la suppuration.
Pharynx et œsophage. — Dysphagie. — On retrouve dans le pharynx et l’œsophage un grand nombre des lésions de la bouche que nous avons décrites plus haut; les ulcères de Crombie s’y rencontrent également. Dans l’entéro-colife et la diarrhée de Coehinchine, ces ulcérations sont particulièrement irritées par le passage fréquent des aliments, qui occasionnent une douleur cuisante localisée en arrière du sternum. La déglutition est très douloureuse: les boissons alcooliques, même diluées, déterminent du pyrosis.
Les lésions congestives de la dengue et les lésions hémorragiques de la lièvre jaune s’étendent également très souvent au pharynx ; dans la dengue, une angine légère s’observe assez souvent.
La dysphagie s’observe encore dans le béribéri. Dans cette affection le passage des aliments détermine des sensations de l'roid ou de brûlure.
Enfin, les lésions pharyngiennes ou œsophagiennes, ulcères ou tubercules de la lèpre et de la verruga, amènent souvent chez les malades une dysphagie très marquée.