LÉSIONS DE LA PEAU DANS LES MALADIES TROPICALES
L’aspect Je la peau peut, dans de nombreuses affections, donner des renseignements précieux. La peau peut être modifiée à des points de vue divers : coloration, texture, nutrition, présence des parasites, etc.
Dans les races colorées, les modifications dans la coloration de la peau n’offrent pas le même aspect que dans les races blanclu s. L’érythème est en général d’un diagnostic impossible dans la race noire, et l’ictère, qui n’y est pas jnrôn plus décelable sur la peau, n’y est apparent et visible que sur les conjonctives et sur la muqueuse linguale, au niveau du frein de la langue.
La pâleur des téguments, lorsqu’elle est très accentuée, peut se manifester dans les races colorées par une teinte gris cendré. La dépigmentation et la surpigmentation s’y distinguent par de simples différences de teintes.
ÉRYTHÈMES
Bourbouilles. — Les érythèmes sont une des premières manifestations du passage de l’Européen dans les zones torrides. Déjà à bord du paquebot qui l’emporte, l’irritation due à l’hypersécrétion de la sueur amène chez lui la production de plaques érythémateuses plus ou moins étendues, siégeant principalement sur la poitrine, le dos, et au niveau des régions soumises à la flexion : aines, aisselles, creux poplité, pli du coude. Ces plaques érythémateuses se couvrent rapidement de
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petites vésicules miliaires, dont F excoriation occasionne un léger suintement et la formation de croûtes; les bourbouilles, c'est ainsi que l’on nomme cet érythème, causent une sensation insupportable de démangeaisons et de piqûres d'épingles. Les enfants et les femmes en sont particulièrement atteints.
Érythème solaire. — C’est le vulgaire coup de soleil ; nous savons qu’on ne doit pas le confondre avec le coup de chaleur ou avec l’insolation qu’il peut d’ailleurs accompagner lorsqu’elle a été occasionnée par une longue exposition au soleil. Pourquoi l’érythème solaire n’est-il pas plus fréquent dans les pays tropicaux que dans les zones tempérées, alors que l’insolation y est au contraire beaucoup plus fréquente et beaucoup plus grave? Le fait semble paradoxal, il est néanmoins très exact. Dans les régions tropicales, l'érythème solaire s’observe dans les mêmes conditions que dans la zone tempérée, sa fréquence augmente avec l’altitude (Madagascar) et il se produit souvent chez les voyageurs ou les touristes faisant des ascensions. La réverbération de l’eau peut également le provoquer chez les personnes qui voyagent sur les rivières de la zone torride, comme on le constate en été, en Europe, chez les personnes qui s’adonnent au canotage.
Les races colorées, grâce à la pigmentation de leur tégument, sont beaucoup moins sensibles aux rayons chimiques du soleil et ne présentent, jamais d’érythème solaire.
Ankylostomiase. — D’après Looss, qui l’a observée sur lui-même au Caire, la pénétration par la peau des larves ■d’ankylostome occasionne un érythème passager accompagné de prurit assez intense. La réalité de l’infection par la voie •cutanée dans l'ankylostomiase vient d’autre part d’ètre confirmée par Schaudinn. Celte infection semble être en rapport non seulement avec des manifestations cutanées érythémateuses, mais encore, d’après Manson, avec les lésions de la peau qui caractérisent ce que les Anglais appellent dans 1 Inde Dhobie-Itch , et en Europe avec ce qui est appelé ampoules ou
i fourmes cliez les mineurs. « Dans les fosses infectées d'anémie* cl dans celles-là seules, dit Manouvriez, il s’est développé de tout, temps des affections cutanées spéciales prurigineuses, appelées ampoules (éruption papulo-vésiculo-pusluleuse analogue à l’eczéma) et plus particulièrement gourmes (urticaire tubéreuse, parfois persistante) qui paraissent avoir une certaine relation avec l’anémie qu’elles précéderaient souvent detrois à six mois et un an... Ces éruptions sont causées par le contact (de douze à vingt-quatre heures après) avec l'eaii desgaleries, la houille humide, les boisages pourris et même la simple poussière de charbon. »
Des érythèmes d'un autre genre sont ceux que l’on rencontre au cours de maladies infectieuses.
Dengue. — Dans la dengue, l’érythème apparaît dès le début en même temps que la fièvre. 11 est très intense à la face,, qui peut être tuméfiée; il peut s’étendre à une partie ou à toute la surface du corps. Il disparaît avant ou pendant la période de défervescence.
Trypanosomiase humaine. — Dans la trypanosomiase humaine, d'après Forde, on remarque des érythèmes polymorphes, accompagnés de prurit, occasionnant chez le malade des mouvements de grattage continuels.
Lèpre. — Dans la lèpre, l’érythème est un symptôme du début. 11 suit de très près les symptômes prodromiques et précède directement la période des symptômes caractéristiques. 11 s’accompagne d’une sensation de chaleur, est généralement douloureux, disposé par placards, accompagné d’accès fébriles et peut simuler des poussées érysipélateuses.. Il peut disparaître définitivement ou reparaître au même point ou en un point différent, ou encore être remplacé par une macule achromatique ou pigmentée, ou par une poussée tuberculeuse.
Choléra. — L’érythème se rencontre aussi quelquefoisdans le choléra vers la fin de la période de réaction et surtout au début de la convalescence; il siège principalement sur les;
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membres, en particulier sur les bras et sur les avant-bras. Sa durée est de deux à quatre jours; il est rarement accompagné de fièvre. Cependant, si la température s’élève, il peut durer plus longtemps (huit jours); il est alors suivi de desquamation.
ÉRUPTIONS RUBÉOLOÏDES
Typhus exanthématique. — Dans le lypbus, l’éruption est plus précoce que dans la dolbiénentérie; elle apparaît du troisième au sixième jour; les tacbes rosées se montrent sur le tronc, principalement sur le dos et l’abdomen, et on en vo il aussi sur les avant-bras. Parfois, il n'y a qu’un petit nombre, de taches; d’autres fois toute la peau en est complètement couverte. Quelques-unes de ces taches, rarement toutes, deviennent pétéchiales. L’éruption dure généralement quatre, jours, plus rarement sixà huit jours (1).
Choléra. — L’érythème de la période de réaction du choléra est quelquefois remplacé par de petites taches rosées légèrement saillantes, de petites dimensions, tantôt peu nombreuses, tantôt confluentes, accompagnées d'un léger prurit; •ces taches ont la même durée et les mêmes localisations que l’érythème.
Dengue. — Une éruption rubéoloïdese rencontre également •dans la dengue à la troisième période de la maladie, et celle éruption terminale a des caractères très spéciaux et différents •de ceux de l’éruption du début.
Elle s’observe sous forme de taches légèrement élevées d’un brun rouge, variant de la grosseur d’une tête d’épingle à
(1) Fièvre typhoïde. — Dans la fièvre typhoïde, les taches rubéoloïdes dites ■taches rosées lenticulaires ont le caractère populeux ; elles sont légèrement surélevées; elles sont peu nombreuses, siègent sur le tronc, principalement sur l’abdomen, et apparaissent au commencement du deuxième septénaire.
Dans les régions paludéennes, la présence des taches rosées lenticulaires •sera du plus grand secours pour établir le diagnostic de la fièvre typhoïde tropicale d’avec le paludisme et l’accès paludéen à forme typhoïde en particulier.
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celle d’une pièce de 50 centimes, quelquefois plus étendues et ayant une tendance à la coalescence.
L'éruption coalescente constitue ce qu’on appelle le ras/i.
Elle débute à la paume et sur le dos des mains; elle s’étend ensuite aux bras, au dos, à la poitrine et aux cuisses. Ce n’esL qu’exceptionnellemenl qu’elle devient pétéchiale.
Fièvre japonaise de rivière. — Dans la fièvre japonaise de rivière, on observe vers le sixième ou le septième jour destaches surélevées, papuleuses, d'un rouge foncé. Ces taches ont une tendance marquée à la coalescence ; elles siègent principalement à la face, mais on les rencontre aussi sur le tronc,, les bras et les cuisses. On les a également signalées sur la muqueuse du palais. La durée de celte éruption est de quatre à sept jours; elle peut être très réduite dans les cas très bénins.
Béribéri. — Dans le béribéri, on a remarqué des érythèmes diffus ou disposés en plaques (Scheube) et des exanthèmes rubéoloïdes diffus ou pointillés limités à certaines régions. Ces éruptions seraient, d’après Davidson, consécutives à l’apparition de l’œdème dans la forme hydropique de l’affection. Ces exanthèmes se retrouvent dans l’hydropisie épidémique.
Fièvre récurrente. — Dans la fièvre récurrente, Griesinger signale qu’exceptionnellement on peut observer des taches rosées lenticulaires et un exanthème rouge-pourpre.
Acrodynie. — Dans l’acrodynie on observe un exanthème polymorphe siégeant à la paume des mains et à la plante des pieds, au niveau des phalanges qui sont gonflées ; la rougeur est analogue à celle des engelures. Cet érythème peut gagner la face dorsale du pied et de la main, ainsi que d’autres parties du corps (jambes et tronc); il prend par places une coloration noirâtre semblable à celle de la suie.
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