‹ Diagnostic et séméologie des maladies tropicalesChapitre 161 sur 194 · PÉTÉCHIES · texte numérisé non relu

PÉTÉCHIES

Les suffusions sanguines qui se produisent dans le derme et que l’on nomme pétéchies se rencontrent dans un certain nombre d’affections tropicales.

Spotted fever. — Ces pétéchies sont un des symptômes les plus caractéristiques de la spotted fever (fièvre tachetée). Dans cette affection l’éruption apparaît d’ordinaire le troisième jour après le début de la fièvre; (die est localisée d’abord aux poignets et aux chevilles, elle se propage ensuite aux bras, aux jambes, à la face, au dos, à la poitrine; elle est plus rare sur l’abdomen.

Au début, les faciles sont franchement rouge clair, et leur dimension varie de celle d’une tête d’épingle à celle d’une lentille. A cette période la pression les fait disparaître et elles reparaissent immédiatement. Dans les cas graves, l’éruption est plus foncée et prend une teinte pourpre.

Entre le sixième et le dixième jour les taches cessent de disparaître sous l’influence de la pression et deviennent nettement pétéchiales. Vers le quatorzième jour, et seulement dans les cas bénins, les pétéchies perdent leurs caractères et recommencent à disparaître par la pression.

On observe quelquefois aussi une éruption brune d’aspect marbré.

Les symptômes cutanés disparaissent avec la chute de la température ; les moindres rechutes les font reparaître.

Fièvre jaune. — Nous retrouvons les pétéchies dans une autre affection d’origine américaine, la fièvre jaune. Elles se produisent à la période des hémorragies; elles sont généralement de couleur brun foncé, noirâtres ou violacées; elles varient de l’étendue d’une tête d’épingle à celle d’une pièce de 5 frnaes et peuvent même être plus étendues; elles peuvent siéger sur n’importe quelle partie du corps, des

m ombres ou de la face. Elles sont quelquefois le siège de l.ranssudalions laissant perler le sang à la surface de la peau ; c'es! ce phénomène si rare en pathologie que l’on a désigné dans la lièvre jaune sous le nom de sueurs de sang (Voy. Hémorragies').

Verruga. — Les pétéchies annoncent très souvent le début de l’éruption dans la verruga; elles peuvent aussi se produire au cours de cette éruption; elles présentent même souvent alors, par suite de leur étendue, l’aspect purpurique.

Béribéri. — Des éruptions pétéchiales s’observent enfin quelquefois dans le béribéri, succédant à des érythèmes polymorphes.

SURPIGMENTATION

La surpigmentation de la peau est un phénomène physiologique normal, dû à L’action des rayons solaires et qui se produit dans les pays chauds comme il se produit dans les régions tempérées, en été, sur la peau des régions découvertes.

Érythème solaire. — L’érythème solaire amène toujours une surpigmentation consécutive à la réfection de la couche épidermique.

Paludisme. — 11 existe dans les régions tropicales d’autres causes provoquant la surpigmentation cutanée. On la rencontre en effet dans la cachexie paludéenne, où elle est occasionnée par le pigment mélanique formé par l’hématozoaire aux dépens de l’hémoglobine. Cette surpigmentation, qui donne à la peau de l’Européen une teinte cachou très clair, n’est pas décelable chez le paludéen indigène à peau colorée, et on ne la rencontre, dans la race blanche, que chez les malades qui ont fait un séjour assez long dans des régions paludéennes. L’anémie consécutive aux premiers accès de fièvre donne plutôt lieu à de la pâleur, mais, les accès se multipliant, cette pâleur est avec le temps remplacée par la teinte terreuse caractéristique de la cachexie paludéenne.

Pli Al’.

Kala-azar. — Une autre affection à hématozoaires amène également de la surpigmenlalion de la peau : c’est le kalaazar, auquel la coloration plombée des téguments qu’il provoque chez les indigènes dans l’Inde a fait donner son nom : kala-azar (lièvre noire). La surpigmentation ne semble pas spéciale aux races colorées dans cette affection, car le malade européen, atteint de kala-azar, qui nous a été montré par Manson à Londres au mois de décembre 1903, présentait la teinte caractéristique que présente la peau des cachectiques paludéens.

Pian. — L'hyperchromie en placards, ou linéaire, succède très souvent à la régression des productions papillomateuses du pian.

Lèpre. — La surpigmentation s’observe aussi dans la lèpre ; dans celle affection, elle peut être généralisée, mais on la rencontre le plus souvent sous forme de taches à bords arrondis d’une étendue plus ou moins grande, et dont les plus petites peuvent no pas dépasser la grosseur d'une tôle d’épingle.

Les macules, dont la teinte varie du fauve clair au brun et même au noir, peuvent être planes ou légèrement surélevées. Elles sont symétriques et siègent do préférence à la région lombaire ou sur les fesses; on les rencontre aussi sur la face, les cuisses, les bras, les pieds, les mains. la poitrine et le dos, plus rarement sur l’abdomen.

Elles sont presque toujours anesthésiques et c’est par ce caractère surtout qu’elles se différencient des syphilides pigmentaires. Ces dernières se localisent en outre presque uniquement aux parties latérales du cou.

L’anesthésie cutanée dans la lèpre laisse intacte la sensibilité au loucher, mais la sensibilité à la chaleur et à la douleur est complètement abolie; aussi fait-on avantageusement (surtout lorsque l’on a affaire à des malades dont on ne peut qu avec peine tirer des réponses satisfaisantes) l’exploration de la sensibilité avec la pointe fine du thermocautère,) en mettant Maladies tropicales. 29

SÉMÉl()LOi;ili DKS MALADIES TKOPICALES.

ht main devant les yeux du malade. Les mouvements de défense indiquent la sensibilité.

Dans les macules, l'anesthésie est toujours plus marquée au centre qu'à la périphérie.

DÉ PIGMENTATION

Lèpre. — Les taches hyperc h comiques de la lèpre peuvent s’étendre et conserver leur pigmentation ; mais en général, au fur et à mesure qu’elles s'agrandissent par leur périphérie, le centre pâlit et sa couleur devient même pins claire que la couleur normale de la peau ; on a alors, chez les Européens, des taches très blanches bordées d'un liséré brun ou fauve, planes ou légèrement surélevées, et dans les races colorées des taches café au lait plus claires que la peau normale. Le liséré hyperchromique. tout en n'étant pas très visible chez les indigènes, est encore très nettement appréciable pour un œil exercé. D’après le plus grand nombre des dermatologistes, la peau circonscrite par le liséré hyperchromique garde toute sa souplesse; elle n’est jamais indurée comme dans la sclérodermie en plaques.

Les taches achromiques ont les mêmes caractères symétriques et anesthésiques qui* les macules hyperchromiques, et ce sont surtout ces caractères qui. joints aux commémoratifs, permettront de les distinguer d'avec d’autres dermatites achromiques très communes sous les tropiques (vitiligo, caratés, etc.).

Le bacille spécifique de Hansen ne se retrouve pas constamment dans les macules dépigmentées : il est plus souvent présent dans les taches lépreuses présentant une légère surélévation que dans les taches planes (Voy. Technique de /'examen de la peau et Diagnostic baclériuluf/ujuc de la lèpre).

Caratés. — La dépigmentation s’observe aussi dans une variété rare des caratés (■ variété blanche). — Dans cette

PEAU

variété particulière aux métis, les macules, d’abord roses, puis très blanches, s’étendent lentement et d’une façon continue sans phénomènes généraux, ni troubles de la sensibilité; elles peuvent en quelques années blanchir complètement le tégument d’un métis.

Dans les caratés colorés on observe aussi de l'achromie, et cette achromie secondaire, comme dans la lèpre, débute au centre d’une tache colorée et s’étend de façon à former une macule blanche, bordée d’un liséré foncé. Cependant les achromies des caratés donnent des taches plus blanches que les achromies lépreuses; nous avons vu, en elfet, que dans les races colorées, la dépigmentation donnait aux macules lépreuses un aspect café au lait, plus clair que la peau environnante et que ces macules lépreuses ne prenaient jamais, chez les noirs et les métis, un aspect d’un blanc éclatant; enfin les macules lépreuses sont presque toujours anesthésiques.

Dans les rates blanches, le diagnostic des dépigmentations cutanées des caratés d’avec celles de la lèpre n’aura pas à être établi ; en effet, la seule variété de caratés que l’on observe chez les blancs est la varié Lé rouge, qui ne présente jamais d’achromie régressive.

Pian. — L’éruption caractéristique du pian est souvent précédée de taches achromiques et ces mêmes taches succèdent à la régression des papillomes. Dans ce dernier cas, pourtant, on observe fréquemment aussi de l’Iiypercbromie.

Les dépigmentations, comme les surpigmentations de la peau, sont aussi communes que peu étudiées dans les pays chauds. L’élude des maladies cutanées y est en effet à peine ébauchée et les affections achromiques ou hyperchromiques de la peau, du genre de celle qui a été signalée en lndo-Chine par Jeanselme sous le.nom iï achromie narasitaire de la face et da. cou , à recrudescence estivale , sont encore peu connues, bien qu’elles soient très fréquentes.

Albinisme. — L’albinisme congénital se rencontre assez communément chez les indigènes. Nous en avons observe deux

cas à Siguiri, sur les bonis du Niger. Les indigènes albinos ont une peau d’un rose foncé, tirant sur le rouge, l’iris rouge, les clievcux et les poils complètement blancs. Ils sont généralement considérés par leurs congénères comme fétiches.

Nous avons également observé dans la même région des cas dans lesquels l’albinisme ne se manifestait chez les noirs que par la teinte blonde des cheveux, mais en aucun cas nous n’avons observé l'albinisme partiel, signalé par certains auteurs, produisant des nègres pies.

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