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DIAGNOSTIC DU CHOLÉRA ASIATIQUE

lente, la cornée plissée, desséchée comme sur un cadavre, ont fait perdre au regard toute son expression, quand cet œil llétri, enfoncé dans l'orbite, apparaît entre des paupières à demi entr’ouvertes, il est permis de dire que la mort frappe d’avance les malades de son empreinte. » (Laveran.)

Diagnostic différentiel. — Au début d’une épidémie, ou lorsque les cas sont sporadiques, le diagnostic du choléra peut présenter de grandes difficultés. Alors l’examen bactériologique dos selles (Yoy. p. 41) s’impose immédiatement dans tout cas suspect.

Différents empoisonnements aigus par le tartre slibié, par l’arsenic simulent d’assez près le choléra asiatique pour qu’on ail pu leur donner les dénominations de choléra arsenical et de choléra slibié. Dans l’arsenicisme suraigu, il y a des vomissements aqueux et une diarrhée aqueuse, décolorée; la soif est ardente, le pouls est petit, filiforme. Il y a des crampes très violentes. Le visage, d’abord très pâle, devient violacé (‘I cyanolique.

En temps d'épidémie, l'empoisonnement par l’arsenic serait facilement confondu avec le choléra asiatique, et la confusion s’est déjà produite. La saveur métallique du poison, la sensation de brûlure dans la bouche, de picotement dans la gorge, permettront de déceler l’intoxication.

L’empoisonnement par le tartre slibié donne lieu comme le choléra à de la diarrhée et à des vomissements, avec crampes dans les membres, refroidissement de la peau, sueurs visqueuses, pouls filiforme dans les cas graves, avec suppression de l’urine, yeux enfoncés dans l’orbite, voix cassée. Mais il existe en plus dans celle intoxication une sensation de chaleur brûlante dans la gorge, s’étendant tout le long de l’œsophage jusqu’à l’estomac.

L’empoisonnement par les champignons donne lieu à des selles riziformes, semblables en tous points à celles du choléra. Les matières rendues sont incolores et sans odeur, et

constituées par un liquide aqueux, dans lequel lloltenl de petites particules blanchâtres, semblables à des grains de riz. Celle diarrhée rizifonne, les vomissements, le refroidissement, le pouls à peine perceptible peuvent prêter à une confusion. En dehors de toute épidémie, les commémoratifs, les symptômes nerveux, constants dans tout empoisonnement par les champignons ; le myosis, l’amblyopie, parfois le strabisme, la paralysie de l'accommodation élucideront la cause îles phénomènes cholériformes.

L'empoisonnement par les aliments avariés, frais ou conservés, qu’il s’agisse de viande ou de salaisons, de poissons ou de mollusques, donne lieu à des symptômes gastrointestinaux primant parfois les allures de la fièvre typhoïde, de la dysenterie ou du choléra asiatique. Le diagnostic, dans certains cas, peut être fort difficile.

Il faut savoir, d'ailleurs, que dans les cas d'empoisonnement par les moules ou les huîtres il peut y avoir une véritable infection cholérique, due à l'absorption d’eau de mer contenant le bacille virgule. Les commémoratifs rendront service dans ces cas, qui peuvent ivètre pas isolés et s’observer en même temps sur plusieurs personnes dans la même famille.

Dans les pays chauds, c’est l'accès pernicieux cholériforme qui pourra le plus donner lieu à une confusion avec le choléra.

Pendant le stade de froid ou le stade de chaleur d'un accès de fièvre intermittente, il peut se produire des accidents cholériformes : vomissements avec diarrhée séreuse, abondante, mais n’offrant jamais les caractères, l’aspect rizifonne des selles du choléra vrai.

L’accès pernicieux cholériforme débute sans troubles intestinaux préalables ; il esl précédé de fièvre ou débute au milieu d un accès; l'algidité dure dix à douze heures, jamais un jour entier. Dans le choléra qui débute par des vomissements, de la diarrhée et des crampes, on n'observe jamais de mouvement fébrile au début : l’algidité dure un «à deux jours. Les phénomènes nerveux dits cholériques, crampes.

cyanose, sonl plus marqués dans le choléra que dans l’accès pernicieux. Les vomissements restent constamment bilieux et verdâtres dans l’accès pernicieux, ils deviennent riziformes (décoction de riz) dans le choléra. Les selles de l'accès pernicieux sont séreuses et peuvent être teintées de sang. La réaction dans le choléra se fait par le retour à la chaleur. Dans l’accès pernicieux, la réaction débute également parla chaleur, mais celte chaleur est suivie immédiatement d’une t ranspirat ion profuse, d’une crise sudorale qui n’existe pas dans le choléra.

Le diagnostic devient plus compliqué quand le paludisme et le choléra sonl tous deux endémiques dans le même pays. Dans l’accès pernicieux cholériforme, ainsi que nous l’avons vu, il n’y a pas de diarrhée riziforme. De plus le malade est un paludéen plus ou moins avéré. (Il est exceptionnel que l'accès pernicieux soit- la première manifestation du paludisme.) Enfin la quinine, impuissante dans le choléra, pourra triompher de l’accès pernicieux cholériforme. L’examen du sang, si la présence de l'hématozoaire y est constatée, pourra aussi aider au diagnostic.

Quand il s’agit des races de couleur, des noirs en particulier, la présomption est en faveur du choléra, étant donnée leur moindre réceptivité vis-à-vis du paludisme.

Corre a signalé, comme cause de diarrhée, l’ingestion de certaines graines appartenant à la famille des eupliorbiacées ( Sablier , /Jura crepiians, Mêdicinier , Jatropha carras, Jatropha multifula). Ces graines, mangées avec préméditation pour obtenir une entrée à l’hôpital, donnent lieu à des phénomènes cholériformes parfois très inquiétants. L’examen des selles permet de reconnaître des fragments (h* cellules végétales des graines absorbées.

Diagnostic bactériologique du choléra.

Le choléra, comme le tétanos et la diphtérie, est une maladie dite bactérienne toxique, dans laquelle les symptômes

morbides cl la morl sont causes par un poison sécrété on un point de l’organisme par le microbe palbogène, sans qu’il y ait généralisation sanguine. Le bacille du choléra n’existe, chez le malade, que dans L'intestin, surtout dans l’intestin grêle, et par conséquent dans les selles.

Dans les selles d’un individu suspecl de choléra, on prélève avec le lil de platine les particules riziformes, c'est-à-dire

ces petits flocons blanchâtres qui lloltènt en suspension dans le liquide séreux , incolore des selles. On les ensemence dans de l’eau peptonée et salée à 1 p. 100 (sel marin 1 gramme, peplone I gramme, eau 100) placée dans un récipient tel que la plus grande partie possible du liquide se trouve en contact avec Fig. 3. — Vibrion cholérique. l’air (cristallisoir OU boîte

de Pétri). Le récipient, une fois ensemencé, est placé dans l’étuve à 37".

Metchnikotr ajoute 2 grammes de gélatine à l’eau peptonée salée :

Peplone..

Sel marin Gélatine .

Eau

1 gramme.

2 grammes.

Au bout de quelques heures, si l’on a affaire à un cas de choléra, il s'est déjà formé à la surface de l’eau peptonée un voile constitué presque exclusivement, comme on peut s’en assurer à l’aide du microscope, de bacilles virgules.

Un prélève alors, avec l’anse de platine, un fragment de ce voile, on ensemence un second récipient analogue contenant

de l'eau peptonée, et .on le ,mel à l’étuve à 37°. Le voile qui se forme à nouveau est ensemencé encore dans l’eau peptonée, et l'on procède de même jusqu’à ce qu’on ait une culture pure de bacilles cholériques.

Un peut également ensemencer directement les selles sur gélose, en employanl le procédé suivant dû à Metchnilvoff.

On fait, une plaque de Pétri, en y coulant un tube de gélose préalablement liquéfié et fondu au bain-marie. Quand la gélose a fait prise, on touche, avec le tampon de colon qui bouchait le tube, les selles suspectes, puis on en tamponne toute la surface de la plaque, disséminant ainsi les microbes sur toute son étendue. La plaque est portée à l’étuve à 37” et. déjà après buità douze heures, on peut voir de petites colonies rondes, translucides et un peu opalines, que l’examen microscopique montrera composées de vibrions cholériques. Pour étaler les particules suspectes: sur une plaque de gélose, on emploiera encore avec avantage une baguette de verre, coudée à angle droit, enduite légèrement, à l'aide du fil de platine, de traces des selles suspectes, et promenée à la surface de la gélose.

On s’assure de la véritable nature du bacille isolé par la recherche de la réaction du rouge du choléra. En versant dans une culture mise à l’étuve à 37° depuis vingt-quatre heures ou, mieux, depuis deux ou trois jours, culture faite dans le bouillon ou l’eau peptonée, quelques gouttes d'un acide minéral pur (sulfurique ou chlorhydrique), on voit le milieu se colorer de suite en rose violet (réaction del’indol nitreux).

De pl us, on identifiera le bacille par les cultures sur plaques de gélatine el sur les autres milieux usuels, enfin par la constatai ion du phénomène de Pfeilfer, transformation granuleuse des vibrions en présence* du sérum ou dans le péritoine d animaux immunisés.

Un pourra, enfin, pratiquer des injections intrapéritonéales de la culture isolée à des cobayes.

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