DIAGNOSTIC DE LA VERRUGA
La verruga est une maladie infectieuse, évoluant comme les fièvres éruptives en plusieurs périodes : invasion, éruption et régression, et dans laquelle l’éruption esl constituée par des fumeurs verruqueuses siégeant à la surface de la peau, quelquefois sur les muqueuses, et même dans les viscères.
La localisation de la verruga dans certains territoires des Andes péruviennes est un élément très important pour le diagnostic. Cette maladie n’occupe en effet que trois départements du Pérou : une étroite zone du département de la Liberlad, le département de Mucacho et celui de Lima. C’est une affection à distribution géographique extrêmement limitée; la provenance des cas suspects sera donc d’un précieux appui pour reconnaître cette affection, soit qu’il s’agisse de la forme rapide (fièvre de Carrion, lièvre de Oroya) ou de la forme ordinaire avec éruptions. « Au Pérou, dit Odriozola, on doit établir un principe clinique invariable, qui esl le suivant : quand on se trouve en présence d’un cas présentant des symptômes vagues, quelques douleurs disséminées et une fièvre forte ou légère accompagnée de faiblesse et d’une anémie relativement rapide, on doit toujours rechercher quelle est la provenance du malade, et si, de cette enquête, il résulte que le malade a été peu de temps
auparavant dans un endroit où règne la maladie de Carrion, il faut penser avant tout à l’éruption de verrugas. »
Diagnostic différentiel. — I" Forme aiguë rapide. — Dans la fièvre de Carrion, on a affaire à un fébricitant devenu rapidement anémique, ayant de la céphalalgie ou du vertige, avec un état gastrique plus ou moins prononcé et même du subictère, avec de la sensibilité du foie et de la rate, qui sont nn peu augmentés de volume.
Les ganglions sont hypertrophiés. Cet engorgement des ganglions de la nuque, des régions sus et sous-claviculaires, du cou, des aines, de Faisselle est d’une grande valeur diagnostique d’après les médecins péruviens. La langue est pâle, étalée, exsangue.
On peut penser à une des nombreuses manifestations du paludisme. En dehors de l’examen microscopique du sang, il faut se baser sur les caractères différentiels suivants. La rate est bien plus augmentée de volume dans le paludisme, dans lequel on n’observe jamais par contre d’engorgement ganglionnaire. Enfin la quinine n’a aucune action sur la fièvre dans la maladie de Carrion.
On a confondu la lièvre de Carrion avec I hépatite aiguë. Le foie peut, en effet, être gros et douloureux dans la verruga aiguë, et, lorsque ce symptôme s’accompagne de fièvre à type rémittent et d’un état gastrique plus ou moins prononcé, on peut penser à une inflammation aiguë du foie. On se rappellera que les vertiges, résultats de l’anémie rapide, et l’hypertrophie ganglionnaire généralisée n’existent, pas dans l’hépatite.
L’intensité de l’ictère et la constatation de symptômes généraux graves dans la verruga aiguë ont pu faire penser à l’ictère grave. La pyohémie, la tuberculose miliaire aiguë peuvent également donner lieu à des confusions.
Les douleurs articulaires de la verruga l’ont fait confondre avec le rhumatisme articulaire aigu ou subaigu. Mais la
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tuméfaction et la rougeur des articulations sont tout à fait exceptionnelles dans la verruga.
Dans le rhumatisme musculaire, il n’y a pas d’hypertrophie du foie ni de la rate.
2° Verruga accompagnée d’éruptions. — Les éruptions peuvent être internes ; le diagnostic est alors très difficile, étant donnée la diversité des symptômes auxquels peut donner naissance une tumeur verruqueuse, apparaissant dans les fosses nasales, dans le poumon, dans l’intestin. C’est l'éruption cutanée qui permettra de faire un diagnostic exact.
Cette éruption elle-même, étant donnée la provenance des malades, ne saurait donner lieu à de grandes difficultés de diagnostic. Ni le bouton de Biskra, ni le mycosis fongoïde ne peuvent être confondus avec la verruga. On n’observe dans ces deux dermatoses ni fièvre, ni anémie rapide, ni douleurs articulaires, précédant l’exanthème et disparaissant aussitôt l’éruption déclarée.
Le^ tumeurs du mycosis fongoïde et les grosses verrues mulaires ont une certaine analogie, mais leur début n’est pas le même. Les verrugas mulaires débutent soit par de petits boutons de miliaire rouge apparaissant sur des pétéchies, soit par de fines vésicules semblables aux sudamina, soit par de petites élévations d’un blanc mat, d’aspect corné. Elles sont plus ou moins rouges, quelquefois vineuses. Dans le mycosis fongoïde, l'hypertrophie ganglionnaire ne cesse de progresser depuis le début jusqu’au développement complet de la tumeur. Dans la verruga, sauf dans la forme aiguë, ainsi que nous l’avons dit plus haut, l'engorgement ganglionnaire est peu marqué. Il cesse dans tous les cas avec l’éruption. Les tumeurs de mycosis fongoïde n’apparaissent pas simultanément sous forme d’éruption.
Le pian ou yaws a été confondu également avec la verruga. 11 existe aussi dans le pian des phénomènes généraux, mouvements fébriles, malaises, douleurs articulaires et ostéocopes et des adénopathies. Le boulon de pian débute par des macules prurigineuses, irrégulières, disséminées sur tout le corps,
auxquelles succède une sorle de petit furoncle. A son développement complet, c’est une demi-sphère de I ou 2 centimètres de diamètre, recouverte d'une croûte adhérente. Il ne s’observe jamais sur les muqueuses et respecte les viscères, contrairement h ce qu’on observe dans la verruga. L’éruption de verruga se porte de préférence au visage et sur les membres, du côté des muscles extenseurs; le dos, les régions lombaires et génilo-anales sont le siège de prédilection du pian.
Une verruga ulcérée a pu être confondue avec un épithélioma.