DIAGNOSTIC DE LA DIARRHÉE DE COCIIINCHINE
plûmes buccaux cl linguaux consistant en petites ulcérations aphteuses , siégeant sur la muqueuse linguale ou de chaque côté du frein de la langue, ou à la face interne des joues (i ulcère molaire de Crombie ) au niveau des deux dernières molaires. Ces aphtes, pour les auteurs allemands, jouent un rôle si important dans la symptomatologie de la diarrhée chronique des pays chauds, qu’ils désignent celle maladie sous le nom do : aphtes tropicaux (1).
D’autre part, les caractères des selles sont différents. Vert jaune, comparées à un bouillon aux herbes, à la purée de pois, à la soupe aux pois, à de l’eau crayeuse, à de la panade avec de l’eau spumeuse à la surface, les selles de la diarrhée de Cochinehine sont presque toujours boursoullées par des gaz. Elles surviennent la nuit ou le matin; souvent il y a une selle impérieuse le matin : c’est la selle, dite réveille-matin , qui oblige le malade à sauter à bas du lit.
La dysenterie chronique succède à la dysenterie aiguë, et les ulcérations intestinales qui l’accompagnent provoquent une douleur, que l’on peut réveiller par la palpation de la fosse iliaque gauche. Il y a, dans la dysenterie chronique, des crises pendant lesquelles les selles reprennent d’une façon plus nette le cachet dysentérique. Enfin, l’état général reste souvent plus longtemps meilleur dans la dysenterie chronique que dans la diarrhée chronique. Dans les deux cas l’anémie extrême, le teint terreux, d’une couleur spéciale, d’un jaune sale, comparé à la couleur de la patate , les yeux excavés, les battements cardiaques affaiblis, le pouls filiforme, impriment au sujet exténué un faciès caractéristique.
Le foie est atrophié, comme les autres organes, dans la diarrhée de Cochinehine. 11 est normal, parfois aussi diminué de volume dans la dysenterie chronique.
La coexistence, chez le même sujet, de la dysenterie cl de
(1) Il y a un contraste frappant à ce sujet entre les descriptions des auteurs étrangers et des auteurs français, qui ne mentionnent ces ulcérations de la bouche que comme un symptôme tout à fait secondaire.
» la diarrhée chronique, donne lieu à ce qu’on a appelé la diarrhée dysentérique , qui frappe à la fois le gros intestin cl l’intestin grêle.
Les aphtes ont pu être confondus avec les différentes stomatites (catarrhale, mercurielle, aphteuse). Les ulcérations de la muqueuse linguale ou buccale ressemblent parfois aussi à s’y méprendre à des plaques muqueuses. On ne saurait trop mettre en garde les médecins qui exercent aux colonies contre une semblable confusion; les ulcères de Crombie ou aphtes tropicaux que l'on retrouve .dans l’entéro-eolitc des pays chauds pouvant être traités comme des accidents syphilitiques, au grand détriment du malade, débilité par la diarrhée, et dont les voies digestives sonl mal préparées à l’action du traitement spécifique. Dans les pays chauds, on devra donc, être très prudent quand il s’agira de faire un diagnostic de syphilis basé seulement sur des accidents buccaux; en dehors d’une certitude acquise par les commémoratifs ou par la présence d’autres accidents concomitants, on devra réserver son diagnostic.
Los Malais, chiqueurs de bétel, sont sujets à une stomatite particulière, facile à différencier des aphtes de la diarrhée de Cochinchine (Schoube). La salive et la muqueuse buccale sont en ell’et colorées en rouge vif chez les chiqueurs de bétel.