‹ Diagnostic et séméologie des maladies tropicalesChapitre 61 sur 194 · DIAGNOSTIC DE L’ENTERO-COLITE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DE L’ENTERO-COLITE

biliaire est chez eux ralentie et quelquefois même, momentanément, presque complètement abolie, et la couleur dos selles peut varier chez le même malade, avec l'intensité du llux biliaire. L'insuffisance constante de ce llux biliaire dans l’entéro-colite est en grande partie la cause des fermentations intestinales; cependant les auteurs ne sonl pas d’accord au point de vue de l’étiologie de l’affection : certains pensent que ce sonl les troubles hépatiques qui jouent le rôle principal, d’autres pensent que les troubles intestinaux prédominent. 11 y a tout lieu de croire que, quelle que soit l’origine de l’affection, les lésions sont liées les unes aux autres et forment un cercle fermé, duquel le médecin ne peut que très difficilement faire sortir son malade. Le foie ne déverse plus dans l’intestin la bile nécessaire pour empêcher les toxines, provenant de fermentations anormales, de se former, et ces loxines viennent elles-mêmes intoxiquer le foie et aggraver l’insuffisance hépatique.

Chez les malades atteints d’entéro-colite, la langue est toujours propre et luisante, les sujets atteints ne présentent jamais une langue saburrale, il semble que la réaction symptomatique de l'embarras gastrique soil chez eux complètement abolie, mais, par contre, on trouve, et cela spécialement dans les pays chauds, ces aphtes tropicaux qui existent également dans la diarrhée chronique. Nous avons vu que Manson décrit la diarrhée de Gochinchino et ce que nous appelons entéro-colite sous le même nom de sprue, l’entérocolite étant une sprue avec constipation.

En dehors des lésions et des troubles fonctionnels du canal intestinal, il existe dans l’ entéro-colite d’autres symptômes très utiles à connaître pour le médecin.

Le teint devient plus ou moins terreux, l'amaigrissement peut s’observer, mais il n’est pas constant. Les malades se plaignent, en général, de lassitude, de difficulté du travail; la perte de la mémoire est très marquée, sans pourtant que * intelligence des sujets atteints baisse sensiblement.

A ces troubles se joignent des désordres psychiques : les malades deviennent irritables, agressifs, misanthropes, et c'est probablement à l’entéro-colite, fréquemment insoupçonnée d’ailleurs, que l’on doit attribuer les psychoses que l'on a désignées sous le nom de colonite ou de soudanite.

L’asthénie nerveuse domine souvent à ce point la scène qu’en présence d'une simple constipation, jointe à des phénomènes neurasthéniques assez marqués, le médecin rapporte l’état intestinal à l étal nerveux. Peut-on dire d'une façon absolue qu'il faille admettre le contraire?

La vérité est que, pour les centres nerveux comme pour le foie, il y a intoxication des cellules par les produits d’une digestion anormale, et le résultat de celte intoxication se traduit par un trouble dans les fonctions viscérales du système nerveux, trouble qui aggrave la situation et augmente les sécrétions toxiques.

Aussi, chaque fois que l’on a affaire dans les pays chauds à un malade présentant des troubles d’asthénie nerveuse, devra-t-on toujours s’informer de l’état de son intestin et ne pas se contenter, ce que l'on a trop de propension à faire, de lui prescrire quelques doses de bromure.

Diagnostic différentiel. — L’entéro-colite sera difficilement confondue avec une autre affection: les alternatives de diarrhée et de constipation ou la constipation absolue, le rejet de membranes diphtéroïdes, les aphtes buccaux et les symptômes nerveux et psychiques suffiront dans la majorité des cas à faire le diagnostic. Il importe néanmoins de ne pas prendre pour des douleurs d’origine hépatique les douleurs souscostales, lorsqu’elles siègent à droite. L’examen du laie permettra dans l’entéro-colite de se rendre compte que la glande hépatique n’est pas hypertrophiée et que la douleur est purement intestinale; le caractère erratique de celte douleur sera un argument de plus en faveur de son origine intestinale.

Un aura soin aussi de ne pas confondre les aphtes buccaux

DIAGNOSTIC DE L’EKIRI DYSENTÉRIFORME.

avec des accidonls syphili l iq ues, et cnlin de ne pas.se laisser entraîner à traiter les malades atteints d’entéj'o-colil.e comme des neurasthéniques; il faut, en effet, surtout éviter de méconnaître cette affection, qui, n'obligeant pas le malade à interrompre ses occupations, passe si souvent inaperçue.

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