‹ Diagnostic et séméologie des maladies tropicalesChapitre 9 sur 194 · MALADIES INFECTIEUSES · texte numérisé non relu

MALADIES INFECTIEUSES

11 est surtout deux maladies infectieuses qui ont été importées par les Européens dans les pays chauds et qui y sévissent sur les races de toutes couleurs : ce sont la lièvre typhoïde et la tuberculose. La fièvre typhoïde tropicale a été niée longtemps et a même été ignorée par des praticiens de grande valeur. Pour eux, le paludisme dominait, d’une façon exclusive, toute la pathologie tropicale. Si même, à l’autopsie, ils rencontraient sur le cadavre des ulcérations de l’iléon, ils se refusaient a y \oir autre chose que des. complications de la lièvre intermittente.

Il n’en est plus ainsi actuellement. On sait que les Euro-

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péens ont disséminé sur tous les points du globe la lièvre typhoïde, et que cette maladie, beaucoup plus grave sous les tropiques qu’en Europe, cause un grand nombre de décès, aussi bien chez Jes blancs que chez les indigènes.

Le médecin, dans les colonies, doit donc ne pas perdre de vue qu'il peut avoir souvent affaire à la fièvre typhoïde. Les médecins anglais ont observé qu’aux Indes les jeunes soldats et les colons n’étaient pas frappés sitôt leur arrivée, mais seulement après deux ou trois ans de séjour. Les raisons de ce fait sont difficiles à expliquer, mais le fait est certain. Plus le séjour est prolongé, plus l’individu a de chances de contracter la fièvre typhoïde. Cependant, dans les localités où règne la fièvre typhoïde et où son existence est démontrée surabondamment par les cas survenus chez les Européens, les indigènes montrent une immunité relative. 11 est possible qu’un certain nombre d’entre eux aient eu la fièvre typhoïde dans l'enfance.

La distribution géographique de la fièvre typhoïde est extrêmement étendue. On la rencontre dans toute l’Afrique, particulièrement sur les côtes, en Algérie, où elle sévit sur les colons comme sur l'élément militaire. Au Sénégal, en Cochinehinc, en Malaisie, en Australie, à l'ile Maurice, à la Réunion, ;i Mad agascar, elle est loin d’être rare. Dans l’Afrique australe, où elle est connue sous le nom de fièvre entérique , (die cause des ravages considérables; pendant la guerre anglo-boer les hôpitaux regorgeaient de fièvres typhoïdes.

Non seulement la dothiénentérie est très répandue, mais elle est aussi particulièrement grave dans les pays chauds. Les rechutes sont fréquentes. Aux Indes, elle entraîne une mortalité deux fois plus forte qu’en Angleterre. Il y meurt un malade sur trois, tandis qu’il n’en meurt qu’un sur huit en Angleterre, et un sur dix à Paris. De même, elle est constamment grave aux Etats-Unis.

Dans quelques colonies françaises, la fièvre typhoïde est malheureusement endémique, à la Martinique et à la Guadc-

loupe, en particulier; la mortalité' est parfois 1res élevée dans ces colonies. Au Sénégal, à Madagascar, à la Réunion, elle est également fréquente, ainsi que dans les etablissements français de l’Inde et surtout a Pondichéry.

En Cochinchine, au Tonkin, en Nouvelle-Caledonie, de nombreux cas sont signalés chaque année, tant dans la population civile que dans la population militaire.

Une alimentation en eau défectueuse, la souillure des sources insuffisamment protégées, ou la contamination des conduites de distribution, quand elles existent, parfois l’encombrement (cas de contagion directe) et surtout l'absence complète d’un système rationnel d’égouts dans tous les centres : telles sont les causes de ces endémicités.

En outre, d’après Manson, il est un fait curieux qui mérite d’être signalé en passant : c’est, que les mesures prophylactiques qui, en Europe, réussissent à limiter les épidémies de fièvre typhoïde sont inefficaces aux Indes. D'après cet auteur il est probable que le bacille typhique, dans certaines régions équatoriales, vit à l’état saprophytique, et que, en dehors de toute pollution des eaux, il peut infecter l’homme, même dans des régions désertiques telles que le nord de l’Australie. Des soldats, aux Indes, buvant de l’eau absolument pure, demeurant dans des campements où jamais personne n’avait été atteint de fièvre typhoïde, ont contracté cette affection.

La fièvre typhoïde est donc extrêmement fréquente et présente un caractère de gravité particulière sous les tropiques. C’est là une notion de première importance pour le médecin, dans les colonies.

Il est une autre maladie infectieuse également répandue sous tous les climats, sous toutes les latitudes et à toutes les altitudes, c est la tuberculose. En Afrique, on l'observe dans les villes du littoral nord à Alger, à Tunis, à Alexandrie, au Caire. On 1 observe aussi au Sénégal, en Guinée, au Congo, à Madagascar, au Cap. Elle est également, fréquente dans l in-

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térieur de l’Afrique, dans l’Est africain, et particulièrement en Abyssinie.

Elle est encore plus répandue en Amérique. Dans l’Amérique du Nord, elle décime les tribus indiennes, derniers vestiges de la race rouge, parquées dans des territoires trop étroits. Depuis la baie d’Hudson jusqu’à la Terre de Feu, en passant par l’Amérique centrale, les Antilles, le Mexique, la Guyane, le Brésil, la tuberculose fait d’effrayants ravages. A Rio-de-Janeiro, la tuberculose entre pour un cinquième dans le nombre des décès. Or on admet, en général, que sur la totalité de la mortalité humaine, la proportion des morts par tuberculose n’est que de un sur sept.

A la Plata, dans l'Uruguay, au Paraguay, dans la République Argentine, le Chili et le Pérou, la tuberculose existe dans la même proportion.

En Océanie, la tuberculose sévit d’une façon désastreuse sur la race aborigène. A Taïti, aux îles Marquises, aux îles Sandwich, en Nouvelle-Calédonie, les ravages causés par le bacille de Koch sont immenses. En Nouvelle-Calédonie, la tuberculose entre pour deux cinquièmes dans la mortalité totale. Le continent australien, jusqu’à ces derniers temps, passait pour être très privilégié, au point de vue de la rareté de la tuberculose, mais les statistiques récentes démentent celle opinion, en faisant voir que les grandes villes, telles que Melbourne et Sydney, ne présentent pas à ce point de vue de différences notables avec les grandes villes européennes. La Nouvelle-Zélande, qui comprenait, il y a un siècle, une population aborigène de 400 000 Maoris, n’en compte plus aujourd'hui que 40 000; la tuberculose et la lièvre typhoïde ont réduit des neuf dixièmes la population néo-zélandaise. Survenant chez des populations conquises peu à peu par la race blanche, constamment refoulées dans des territoires trop étroits et déjà préparées par l’introduction néfaste de l’alcool, la tuberculose a rapidement anéanti les habitants dans les régions interlropicales dans lesquelles le climat favorise son

développement. C’est la tuberculose pulmonaire qui est la forme. la plus fréquente.

Dans toutes les colonies françaises, la tuberculose existe, soit chez les colons ou fonctionnaires européens, soit chez les indigènes, chez lesquels elle se répand de plus en plus. Les indigènes passent, il est vrai, la journée au grand air, niais la promiscuité, pendant la nuit, clans des logements étroits et sales, entraîne fatalement la dissémination du fléau. Cette fâcheuse progression s’observe surtout dans l’Afrique occidentale française, et en particulier au Congo, où l’inlluence désastreuse de l'alcoolisme se manifeste ainsi de la façon la plus nette. Au Tonkin, par contre, la maladie est rare chez les Européens et relativement peu fréquente chez les indigènes (Kermorgant).

Une autre cause de mort, peut-être plus importante que la tuberculose, parmi les peuplades indigènes des différentes parties du monde, c’est la variole. Toutes les races primitives et non encore pénétrées par la civilisation européenne sont décimées par la variole , maladie évitable par excellence. Ce fait a une grande importance économique, au point de vue de la main-d’œuvre indigène, qui est indispensable au développement industriel, commercial et agricole des colonies.

En Asie, la variole est fréquente dans l’Asie Mineure, en Arabie et en Perse où elle est particulièrement grave, un tiers des cas se compliquant de noma. Le Turkestan, le Tliibet, les Indes anglaises sont également ravagés. Dans tous ces pays, la vaccine rencontre des obstacles nombreux et la variolisation est encore en honneur. En Indo-Chine, la variole était

une maladie nécessaire. Dans les régions où la vaccination n avait pas encore pénétré, (die entrait en 1898 dans une pro-

portion de 70 p. 100 dans la mortalité générale. Ce chiffre était encore plus considérable si Ion envisageait la statistique de la mortalité inlanlile; on trouvait alors qu’elle causait un

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quart des décès d’après Jeanselme, les deux tiers suivant Simond, et même 9.0 p. 100 dans le Cambodge, d’après Nogué. Sur 1000 adultes vivants, 95 p. 100 environ portent actuellement les stigmates de la variole qu’ils ont contractée soit spontanément, soit à la suite d’une variolisation. L'Institut Pasteur de Saigon a rendu à ce point de vue les plus grands services. 11 a contribué à diminuer dans une large mesure la mortalité due à la variole en Extrême-Orient et en 1901 on ne constatait en Cocbincbine qu’une petite épidémie avec 53 cas et 18 décès (d au Tonkin quelques cas isolés en mars et juin (1). Dans les colonies hollandaises, depuis 1820, et dans les colonies anglaises, la vaccination est obligatoire.

La Chine, le Japon, le Siam sont souvent aussi ravagés par la variole. C’est la Chine qui paraît être le grand centre qui alimente les pays voisins.

En Amérique, où la variole a été importée par les Espagnols, elle sévit sur les races aborigènes, sur les Indiens ainsi que sur les nègres importés d'Afrique avant l’abolition de l’esclavage. Au Chili, au Pérou, aux Antilles, en Guyane, au Brésil, les décès par variole entrent pour une proportion imposante dans la mortalité générale.

Dans l’Amérique du Nord et en Colombie britannique, la variole a contribué, avec la tuberculose, à anéantir presque la race des Peaux-Rouges qui habitaient ces vastes territoires. Au Groenland, où elle a été importée par les Danois en 1851. la variole tue annuellement un grand nombre d’habitants.

En Océanie, Tahiti fut décimé en 1892 par la variole, qui venait d’y faire son apparition. Devant les ravages causés par le lléau, les indigènes se laissèrent vacciner. Un certain nombre d îles de l’Océanie ont pu jusqu’à présent être épargnées par le fléau.

Dans les colonies françaises, la variole est particulièrement Iréquenfe au Sénégal, en Guinée, à la Côte d Ivoire, au

(1) JCermorgant, Ann. d’htjg. cul., 1903.

Dahomey, au Congo, à Mayotte, dans les établissements de l’Inde et au Laos.

La vaccination, dans la plupart de nos colonies, a diminué les cas de variole. A Madagascar, l’ affection a presque complètement disparu depuis la création de l'Institut Pasteur de Tananarive et du parc vaccinogène de Diego-Suarez.

Cependant l’Afrique tout entière est encore décimée par la variole. Toutes les colonies françaises africaines sont ravagées de temps en temps par des épidémies, plus ou moins graves, décimant la population et entraînant chez les survivants de nombreux cas de cécité, comme cela s’observait en Europe avant la découverte de Jenner.

Une autre fièvre éruptive, la rougeole , sévit dans tous les climats; elle est généralement bénigne, sauf dans les localités où, apparaissant pour la première fois, elle cause de grands ravages. Le fait suivant montre combien elle peut décimer une population. En 1875, un bateau anglais importa la rougeole aux îles Fidji. 40 000 habitants sur 150 000 succombèrent à l’épidémie.

La rougeole est fréquente dans les colonies françaises, à Madagascar, en Cochinchine et dans les archipels de l’Océanie, ainsi qu’aux Antilles. En Océanie, elle sévit sous forme épidémique, à des intervalles variés, et se montre d’une sévérité excessive, surtout pour les adultes.

La scarlatine , au contraire, est peu ou point connue sous les tropiques et, même aux Indes anglaises, on la rencontre rarement chez les enfants anglais, qui sont cependant si sensibles à cette maladie. Cependant, on Ta observée à Shang-Haï, à Java et au Congo. Elle semble inconnue au Tonkin, dans l’Annam, en Cochinchine. Elle est moins fréquente que la rougeole dans les colonies françaises.

Dans l’Amérique du Nord, la scarlatine s’observe assez souvent. Elle est plus rare', et plus bénigne dans les Etais du Sud; le diagnostic est très difficile à faire chez les individus de race colorée.

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La varicelle est 1res fréquente dans certaines régions, notamment dans l'Ouganda. Elle s observe assez fréquemment dans certaines colonies françaises (Pondichéry, Tonkin).

h' influons a s’observe sur le globe entier; c’est un type de maladie cosmopolite. Un exemple frappant en est donné par l’épidémie meurtrière de 1889-1890, dont les ravages s’étendirent d’un bout à l’autre du monde. L'armée abyssine, qui, pendant cet hiver de 1889-90, faisait campagne dans le Tigré, perdit la moitié de son effectif qui succomba à la maladie. La grippe est fréquente dans les colonies françaises, aux Antilles, sur la côte occidentale d’Afrique ainsi qu’à Madagascar, où elle a été particulièrement sévère en 1903. sur le plateau central, entraînant souvent la mort chez les Malgaches, par suite de complications pulmonaires.

L 'érysipèle est rare en général sous les tropiques. C’est une maladie inconnue dans la Nouvelle-Guinée et aux îles Fidji.

La diphtérie , qui fait tant de ravages dans nos grandes villes, se rencontre peu fréquemment dans les pays chauds, et elle présente généralement un caractère bénin. Nous en avons cependant observé deux épidémies à Tananarive en 1901-1902. Les Européens la contractent plus souvent que les noirs.

Les oreillons présentent les mêmes caractères de fréquence que la coqueluche dans certaines régions tropicales; on les observe assez souvent dans les colonies françaises, aux Antilles, au Sénégal, à Madagascar, en Cochinchine et au Tonkin. Ils sont parfois importés de France par l’élément militaire.

La méningite cérébro-spinale épidémique s’observe dans les Indes anglaises, dans les Indes néerlandaises, dans la haute Egypte (à Khartoum) sur la Cèle d'Or et dans les Indes Occidentales.

On rencontre peu de maladies septiques ou pyémiques dans les régions tropicales. Ce fait, d'après certains médecins allemands, devrait être attribué à l’action stérilisante des rayons du soleil.

Le charbon est très répandu dans l’Inde, dans l'Asie centrale, dans les deux Amériques et en Australie. Il peut même sévir à l’état épidémique (peste de Sibérie, 1864-1866). 11 n’est pas rare à Madagascar, où on l’a observé chez les gardiens de troupeaux.

Le tétanos a une vaste distribution géographique. Il est 1res répandu dans la plupart des contrées tropicales et la race noire semble posséder une réceptivité particulière pour cette maladie. En outre, les indigènes, peu ou mal vêtus, sonl exposés constamment aux blessures des membres inférieurs, et,, par suite, aux inoculations directes du virus. Mais c’est surtout chez les nouveau-nés, par suite d’infections ombilicales, que se rencontre le tétanos dans les pays chauds. De même qu’aux Hébrides, à Saint-Kilda, la moitié, peut-être même les deux tiers des nouveau-nés succombaient au tétanos, qu’on appelait autrefois la plaie de Saint-Kilda i, sur la côte occidentale d’Afrique le tétanos fait mourir un cinquième des nouveau-nés au cinquième jour. Au Sénégal, dans les Antilles françaises, à Maurice et à la Réunion, le tétanos des nouveau-nés est fréquent; il est désigné, dans ces colonies, sous le nom de Mâehoiran ou Mal Mâchoires . Canllie a observé à Hong-Kong que le tétanos tue 50 p. 100 des nouveau-nés.

Durant les guerres coloniales, ce terrible fléau joue un rôle important; il achève les blessés, surtout ceux qui portent des blessures provenant d’armes à feu ou des fractures contuses. Les rayages qu’il cause tiennent à la virulence toute particulière qu’acquiert le bacille de Nicolaier dans certains pays(l), comme le Somaliland, où les indigènes empoisonnent

(1) Vincent a démontré qu’en maintenant des cobayes à une haute température (40°) cl en leur injectant le bacille du tétanos on arrive à provoquer chez eux un tétanos généralisé très grave semblable à ce que l’on a appelé le tétanos splanchnique. On obtient par ce moyen une généralisation de l’infection microbienne dans le sang et dans tous les organes. D’après cet auteur, la gravité du tétanos dans les pays chauds serait due non à une virulence spéciale de l’agent inlcc'ieux, mais a la température ambiante et aux radiations solaires.

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leurs zagaies ou leurs flèches en frottant la pointe avec une (erre télanigène. Les blessures de ces armés déterminent toujours un tétanos mortel à brève échéance chez ceux qui en sont frappés.

La rage existe dans quelques régions tropicales ; elle a nécessité la création d’instituts Pasteur à Saigon et à Tananarive, et 186 personnes mordues ont été traitées dans ce dernier Institut pendant la seule année 1902.

L’origine de la rage en lndo-Chine et à Madagascar est difficile à déterminer, mais elle doit être très ancienne, car il existe dans la langue du pays des vocables pour désigner l'affection. Dans les deux pays les chiens enragés sont désignés sous l’appellation de chiens fous.

La rage se rencontre encore à la côte occidentale d’Afrique, dans l’Inde, dans la presqu’île de Malacca, les Indes néerlandaises et l’Amérique tropicale.

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