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C. — Fièvre bilieuse des pays chauds

Dans les pays chauds la forme aiguë de l’hépatite suppurée est plus facile à reconnaître par sa fréquence relative, comparée à la rareté des phlegmasies pleuro-pulmonaires : on sera, il est vrai, moins exposé à prendre le point de côté hépatique pour ua début de pleurésie, mais si les phénomènes généraux prédominent on pourra confondre l’abcès du foie avec une fièvre bilieuse.

C'est que les deux maladies ont même aspect au début ; même courbature, céphalalgie et rachialgie, rêvasserie et stupeur ; mêmes symplômes gastriques; même augmentation du foie douloureux. :

Mais dans la fièvre bilieuse, la marche de la température est différente: c’est le type tierce, ou quotidien ou

1. Chez une jeune femme observée récemment dans le service de M. Merklen, et qui présentait à son entrée (10° jour de la maladie) l'apparence d’une fièvre lyphoïde (pourtant sans taches rosées, ni grosse rate), le type inverse de la température et une tachycardie excessive comparée à l'élévation thermique firent penser à une tuberculose aiguë ; à l’autopsie on trouva une énorme masse ganglionnaire ramollie, d'aspect tuberculeux, au niveau du bord droit de la portion ascendante de la crosse de l'aorte.

rémittent (ce dernier plus commun); et chaque accès amène une recrudescence des autres symptômes qui diminuent dans les intervalles. Cette ‘fièvre, qui peut atteindre 41°, n’a jamais l'allure continue rémittente et régulière de l’abcès hépatique.

Les vomissements sont souvent bilieux et les selles parfois verdätres, car le phénomène conslant est l’hypersécrétion biliaire : aussi lictère est-il fréquent, au contraire de l'hépatite (Kelsch et Kiener).

L'accès de fièvre bilieuse peut s'accompagner d’hématurie où d’hémalémèse; enfin il est modifié par le sulfate de quinine qui atlénue également lhyperlrophie de Ia rate.

À ces deux éléments importants de diagnostic (hypertrophie de la rale et efficacité de la quinine) il faut joindre l'examen du sang. On recherchera d’abord la leucocylose passagère en cas de fièvre bilieuse, existant seulement au moment des accès: cette leucocytose est au contraire permanente dans l’abcès du foie comme dans toute suppuration (1)..

L'examen du sang sera complété par l'étude des éléments parasitaires, mais la recherche de ces hématozoaires est souvent délicate et difficile.

On s’assurera également de la présence du pigment mélanique, qui apparaît au cours de laccès fébrile, et siège dans le protoplasme des leucocytes et dans les hématozoaires que l’on regarde actuellement comme les agents de sa formation aux dépens de l’hémoglobine des hématies.

On ne confondra pas ce pigment mélanique du sang qui ne renferme pas de fer avec le pigment ocre qu’on trouve dans les organes et non dans le sang des palu-

1. Dans notre cas cette leucocytose fut observée avant l’opération.

déens, qui renferme du fer et se rapproche ainsi du pigment de la cirrhose pigmentaire (Gilbert-Widal) (1).

Par l’ensemble de leurs symplômes, les fièvres bilieuses appartiennent au groupe des accidents palustres graves, se compliquant souvent d'accès pernicieux, tandis que l'hépatite reste plutôt une affection locale, rarement primitive, presque loujours associée à la dysentérie (2). Mais il est des cas complexes où un malade atteint d’abcès du foie est en même temps paludéen : le séjour dans les pays chauds explique aisément cette coïncidence. Dès lors l'interprétation de ces formes hybrides est bien ma- laisée, car le diagnostic différentiel ne peut se baser sur les commémoratifs, ni sur l'examen du sang ou de la

rale, ni sur la marche de la température.

Telles sont les maladies générales qui peuvent simuler un abcés du foie. Il est un autre groupe d’affections du foie lui-même ou de ses annexes qui ont parfois mêmes symptômes que l'hépatite suppurée ; à ce point de vue, il nous faut étudier :

Parmi les maladies des annexes du foie, le pyothorax sous-phrénique ou péritonite sus-hépatique enkystée, le phlegmon sous-périlonéal de la région hépatique, enfin les abcès et tumeurs de la vésicule bihiaire ; parmi les a/fections du foie, l'hépalile aiguë des pays chauds (dysentérique ou malarienne), l’hépalalgie avec coliques hépaliques plus ou moins frustes, les cirrhoses alrophique et hypertrophique, le cancer du foie, el surtout les kystes hydatiques suppurés.

4. Gilbert. Séméiologie du sang. Trailé de médecine, €. IT, p. 415. Widal. Paludisme. Trailé de médecine, &. I, p. 859. 2. Bertulus. Gaz. des hôpitaux, 1859.

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