POINT DE DEPART
. Importante déjà pour établir le diagnostic étiologique, cette question l’est aussi pour le diagnostic de localisation. En effet, parmi les nombreuses causes susceptibles de donner lieu à la formation d’un abcès encéphalique, il y en a quatre qui sont particulièrement à mettre au premier plan. En les classant par ordre de fréquence décroissante, sur une centaine de cas que nous avons étudiés dans les différentes revues d’oto-rhino-laryngologie, et de neuro-chirurgie y compris nos propres observations, nous irouverons la répartition suivante :
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1°) Infections de l'oreille ou de la mastoïde : 35 cas. 2°) Ostéites ou sinusites frontales : 22 cas.
3°) Abcès métastatiques : 20 cas.
4°) Abcès post-traumatiques : 13 cas.
5°) Abcès primitifs en apparence : 12 cas.
D'après cette statistique, nous voyons que dans le tiers des cas, les infections de l'oreille sont à l’origine des suppurations cérébrales. EAGLETON, dans une étude importante sur les proportions entre l’abcès d’origine otitique et sinusienne, trouvait 900 cas otitiques pour 150 sinusiens. Ce qui fait un rapport de 1 pour 6. Pour M. PIQUET, l’origine otitique se rencontre dans 80 à 90 % des cas. Quoiqu'il en soit, et là-dessus tous les auteurs sont d’accord. les abcès otitiques et sinusiens sont les plus fréquemment rencontrés et forment dans notre statistique, plus de la moitié des cas.
1°) En tête viennent les abcès otiques qui sont dûs soit à ‘une infection de l'oreille moyenne soit de l’antre mastoïdien. Ici nous allons nous trouver en présence de deux cas bien différents.
a) Il peut arriver que la lésion auriculaire soit strictement latente sans la moindre manifestation extérieure. Le malade nous signale alors avoir eu antérieurement, une otite aiguë qui était apparemment guérie, mais qui, en fait, contenait encore des germes virulents susceptibles d’être le point de départ d’une complication endocrânienne. D'autres lois, le patient déclare avoir été opéré de mastoïdite, avoir parfaitement guéri et cicatrisé la plaie, mais, ici aussi, l'os a pu rester en état d’infecion chronique. Ce cas est heureusement exceptionnel.
b) Le plus souvent les accidents encéphaliques apparaissent comme une complication d’une otile en activité, soit aiguë, soit chronique. L’abcès du cerveau peut en
effet survenir après une otite aiguë comme après une otite chronique, mais c'est principalement cette dernière qui est en cause le plus fréquemment. Ce pourra être une otite chronique torpide, négligée ou mal soignée, ou même ignorée du malade, ou bien un réveil infectieux, on encore un accident aigu survenant au cours d’une suppuration, jusque là bien supportée. Si nous nous reportons aux statistiques parues sur cette question nous voyons que parmi les abcès d’origine otique il en a de 75 à 80 % qui sont la conséquence d’otite chronique. Celle-ci est donc dans la majorité des cas la cause des abcès cérébraux d’origine auriculaire : ils seront d’ailleurs presque toujours temporaux, parfois cérébelleux et exceptionnellement occipitaux ou frontaux.
2°) Puis viennent les abcès suite de sinusites frontales. Dans ce cas, contrairement à ce qui se présente pour les otites, ce sont presque toujours des sinusites frontales aiguës qui sont en cause. Ces sinusites se manifestent d’ailleurs quelquefois, et ceci en plus des signes classiques, par de l’ædème ou une suppuration palpébrale ou périorbitaire, symptômes que nous avons trouvés dans deux de nos observations VIIL et IX. Cependant, certaines sinusites chroniques peuvent être aussi à l’origine des abcès : il s’agit alors d’une antrite chronique réchauffée, ou d’accidents aigus venant se greffer sur une sinusite chronique bien tolérée et connue du malade. L’apparition de l’abcès est provoquée par l’exaltation de la virulence des germes contenus dans l’antre frontal, due fréquemment à une affection intercurrente ou à une manifestation nasale, telle la grippe; elle peut aussi survenir après un traumatisme opératoire, une intervention incomplète par exemple. Les sinusites provoquent des abcès presque toujours frontaux, exceptionnellement temporaux et occipitaux.
3°) Après ces deux grandes causes d’abcès, viennent
les ahcès d’origine métastatique. GOWERS, dans son manuel des maladies nerveuses, prétend qu'ils forment 15 Z des abcès du cerveau. A. YouxG sur 92 cas en cite 13, et R. MAYER sur 46 cas en trouve 12. Ce qui fait une proportion de 15 à 20 %. Ces abcès sont certainement peu fréquents mais aussi fréquemment méconnus et classés le plus souvent dans la série des abcès primitifs en apparence. I!s compliquent surtout les affections d’origine pleuro-pulmonaire, 60 à 75 % d’après CLAyror et FucHs, pleurésie purulente et abcès du poumon par exemple; il est assez fréquent de les trouver aussi après une poussée de furonculose. Puis viennent toutes les suppurations et entre autres : abcès de la prostate, endocardite infectieuse, amygdalite, panaris ete. mais leur fréquence est minime. Dans ces cas d’abcès métastatiques, le passage se fait par la circulation sanguine. On pensait autrefois qu'ils suivaient la voie artérielle, mais depuis EAGLETON on penche de préférence pour la voie veineuse.
4°) Viennent enfin les abcès d'origine traumatique. Ces abcès très fréquents au cours de la guerre 1914-1918 avaient presque totalement disparu depuis, bien que de temps à autre on trouve encore des publications rapportant un cas d’abcès par suite d’un traumatisme de l’autre guerre. C’est ce qui se présente dans notre observation n° VII : il s’agit d’un malade blessé en 1915 qui nous fait en 1941 un abcès frontal : ceci est évidemment assez rare.
Au cours de la guerre actuelle 1939-1945, nous avons déjà pu remarquer une recrudescence d’abcès cérébraux dus à des éclats de mines, de bombes ou de grenades pénétrant dans la cavité crânienne et provoquant à plus ou moins longue échéance un abcès autour de l’éclat ou le long de son trajet intracrânien. Ceci s’explique d’ailleurs fort bien car il y a dans ces cas-là, une inoculation directe du cerveau soit par le projectile lui-même, soit par des