OBSERVATION V
Volumineux abcès frontal encapsulé. Ablation en masse sans drainage. Guérison par MM. M. Davin et F. THIÉBAUT.
Paul M. 17 ans. Cet adolescent bien constitué, mesurant 1 m. 74 et pesant 74 Kilos, est tombé malade le 20 mars
1938 : au début de l'après-midi, il est pris d'un violent mal de tête.
& Ne pouvant plus travailler, il sort prendre l'air, dine sans appé- 4 er - tit, ne peut dormir de la nuit et essaye en vain de calmer ses 1 é + douleurs par l'application de compresses humides sur l'œil droit. à 4 Le lendemain, il est admis à l'infirmerie de son établissement sco- ,.
; iaire. F1 se plaint de plus en plus de la tête, surtout de douleurs DE péri-orbitaires droites qui ont un caractère paroxystique, les crises
er pouvant durer jusqu’à plusieurs heures. Il doit se moucher fré-
Fa 4 ue. quemment et il semble bien que la sécrétion nasale ne soit pas
# purulente. Il est, de plus fiévreux. et constipé. Il est mis à la
Le diète lactée et traité par le rubiazol. Le 27 mars, la température E- 2 .tombe à 87°8, après avoir atteint 40° trois jours auparavant. Le \ & , 2 avril, il se trouve très amélioré bien qu'il ait maigri de six. LE kilos et qu'il souffre toujours de la région fronto-orbitaire droite :
gs il retourne chez lui où il se fait examiner par un spécialiste qu
PS ne trouve pas de sinusite. Jusqu'au 11 avril, il doit prendre quoti-
Fe diennement un ou deux cachets analgésiques pour calmer les maux
* ; de tête. Pendant ce temps il se lève de midi à 21 heures. mais ne
ns quitte pas la chambre.
je 4 Le 11 avril, il se réveille avec une violente céphulée et vomit
i#a trois fois dans la matinée. Son médecin constatant un syndrome
méningé avec attitude en chien de fusil raideur de la nuque, signe de Kernig hyperesthésie et raie vaso-motrice, fait pratiquer le 12 avril une ponction lombaire, L'examen qu liquide céphalo-rachidien montre 14 lymphocytes pur mm3 et 0 gr. TS d'albumine G. Un nouvel examen du nez et des sinus étünt resté négatif, le diagnos-
RACTPAIERIETS
ic de méningite tuberculeuse est porté et on entreprend un trai-
LU
tement à l'allergine, La deuxième injection d'ullergine faite le
| 16 avril est suivie d'une ascension thermique à 40° et de huit syn-
; copes dans le courant de la journée.
Mme DuBosr, appelé en consultation, fait cesser les injections d'allergine et entreprend un traitement homéopathique. À parti" és à de ce jours, l'amélioration progresse régulièrement, la fièvre baisse,
l'appétit revient, mais les douleurs localisées réapparaissent à l’occasion de certains mouvements.
} jette amélioration se maintient durant un mois, puis le 16 mai,
— 1li —
. < le malade se réveille avec céphalées et anorexie; il à mauvaise : mine, les yeux cernés, et quand il se lève à midi, il est pris d'un étourdissement passager.
Le lendemain, il reste au lit et la cébhalée se complique de vomissements. Soupçonnant l'existence d'un abcès du cerveau, Mme PE Dugosr conseille à notre malade d'aller à Paris et de s'y faire =." examiner.
: - Eæamen. — Nous voyons le malade pour la première fois le 26 mai. Il se plaint seulement d'une douleur spontanée dans là région fronto-orbitaire droite. Nous sommes cependant frappés du fait que
nr ce malade qui a bonne apparence et pas la moindre obnubilation, n'a
| aucune envie de quitter le lit et de se livrer à une activité quel-
conque. L'examen neurologique révèle en tout et pour tout deux anomalies : d'abord une parésié faciale gauche du type central; | ensuite un certain malaise qui apparaît lorsque le malade se met
ï debout. L'examen général nous apprend qu'il existe un état subfé-
brile et que le malade n’a pas repris son poids normal. Des examens
4 e complémentaires sont demandés.
ue Examen des yeux (M. GUILLAUMAT) qui montre un début de stase papillaire.
. Examen ©. R. L. (J. LEMOYNE) qui reste entièrement négatif
et ne montre, entre autres, aucun trouble vestibulaire.
- SE Examen de sang, qui indique une leucocytose de 11.000 globules
! blancs avec 74 % de polynucléaires.
r ve
Examen neurologique (L. STuHL) qui révèle une petite zone de décalcification frontale droite et une dilatation des vaisseaux, sur tout accusée dans la moitié postéricure du crâne sur le cliché de profil.
On porte alors le diagnostic d'abcès du cerveau localisé à ls + région fronto-pariétale droite probablement, Mais pour en avoir la certitude, une ventriculographie est pratiquée le matin même
de l’opération.
Ventriculographie, par trépanation occipitale. La corne occipi-
tale gauche est en place, le liquide s'écoule sous pression (12 à 15 cm3). La corne occipitale droite n'est pas trouvée. Injection
de 15 cm3 d'air.
Sur les films, le ventricule gauche est seul injecté. La corne frontale gauche et le troisième ventricule sont repoussés à gauche de la ligne médiane. Sur les profils côté droit sur plaque, le ventricule latéral est de contours normaux. Par contre, sur Îles profils côté gauche sur plaque, la corne frontale est amputée. Le diagnostic d'abcès frontal droit est ainsi confirmé, l'intervention
est aussitôt pratiquée.
Intervention (ler juin 1938) — Docteurs Davip et BRUN. |
Un volet frontal droit à base antérieure est relevé sans diffi-
culté. Dure-mère très tendue. Corne frontale droite non trouvée.
- Conime on soupconne un abcès, on ponctionne avec précaution le
pôle frontal par une boutonnière dure-mérienne ouverte à 3 eu. en dehors de la ligne médiane. Le trocart mousse révèle à 2 cm. de profondeur une résistance nette. Cette même résistance est retrouvée plus en arrière et plus en bas. On acquiert ainsi la notion que l’'abcès possède une coque d'épaisseur suffisante pour être enlevé en bloc, immédiatement.
Ouverture de la dure-mère de manière à découvrir le lobe frontal, La partie antérieure de FE 1 et de EF 2 est d'aspect jaunâtre, pseudo-gliomateux. Les circonvolutions sont aplaties et distendues. Incision verticale du pôle frontal. À 2 cm. de profondeur, la coque de Fabcès apparaît. Dissection de la coque de l'abcès à l'aide de la pince électrocoagulante et de l'aspirateur. L'abcès est facilement séparé du cerveau en dehors, en avant et en arrière, mais en dedans et en bas, la coque adhère assez fortement à la duremère tapissant la partie interne du plafond de l'orbite près de la lame criblée, On doit l'en décoller minutieusement à l'aide de la pince électrocoagulante, On peut alors introduire le doigt sous l’abcès et le soulever d'une seule pièce, sans l'ouvrir. Les vaisseaux qui ont été rompus sont coagulés aussitôt, Les zones d'Insertion dure-mérienne sont congulées et carbonisées à l’électro: le lit de
l’abcès est tapissé de fines bandelettes musculaires. Fermeture to-
tale de la dure-mère. Pas de drainage. Remise en place du volet osseux. Sutures.
L'abcès a le volume d'une orange. Il pèse 100 grammes. Sa
coque est résistante, présentant (le 2 à 5 mm. d'épaisseur.
Les suites opératoires sont excessivement simples. La température ne dépasse pas 38°3. La plaie guérit sans drainage par première intention. L'opéré se lève le quatorzième jour et quitte la clinique au bout de trois semaines. À l’heuré actuelle (novembre 1938) l’opéré se porte comme un individu absolument normal, Il à
engraissé de 7 kilos. Il a repris ses études et suit ses cours sans
effort.