HISTORIQUE
Si le traitement des abcès du cerveau est d’origine assez récente, l’abcès en lui-même, par contre, est une affection connue des médecins de l’antiquité. HIPPOCRATE avait déjà insisté sur la coexistence des abcès encéphaliques et des affections de l'oreille, sans toutefois savoir celle des deux affections qui était la cause de l’autre. Cette incertitude dura longtemps puisque MorGAGnt fut le premier à affirmer l’antériorité de l’infection otique.
Peu à peu les symptômes furent connus avec plus de netteté, même du public extra-médical, et c’est ainsi que le 24 février 1672 l’ambassadeur Marquis de SAINT-Mau- RICE pouvait écrire à la cour de’ Savoie, à propos de MA- RIE THÉRÈSE de France : « leurs Majestés sont dans une grande affliction de Madame, leur fille, qui est moribonde et presque sans espoir que l’on puisse la sauver. Dimanche dernier elle tomba dans une grande faiblesse accompagnée de convulsions qui ne l’ont plus quittée, on dit qu'elle a perdu la voix et la parole : on adapte cet incident à un abcès qu’elle a dans la tête et qui pousse en dedans. Elle en a déjà eu à l'oreille, ce qui l’aurait un peu défigurée et on n’espérait pas quelle pût vivre ». Nous voyons là, déjà signalées, plusieurs notions importantes sur l’abcès cérébral : son origine otique, la grande faiblesse accompagnée de convulsions, la paralysie faciale et la perte de la parole lorsque la lésion siège à gauche.
Mais à cette époque « on n’espérait pas qu’elle püût
vivre » et il en sera ainsi pendant bien longtemps encore; quoique l’on connût l'existence des collections purulentes intra-crâniennes, quoique l’on sût les diagnostiquer, l’abstention était la règle : l’abcès n’était pas considéré comme « chose chirurgicale ». Jusqu'au milieu du XVIIF siècle, en effet, les médecins se contentaient, pour arracher les malades à leur coma, de leur administrer force purgations et de les saigner.
Moranpb, le premier, le 21 avril 1752, conduit par une fistule mastoïdienne, évacue avec succès un abcès cérébral. Roux, 80 ans plus tard, (1830), guérit dans les mêmes conditions un de ses opérés. Mais honneur d’avoir ouvert la boîte crânienne sans autre guide que les symptômes présentés par le malade, revient à MACERVEY en 1880. Malheureusement son opéré mourut. En 1886, SCHEDE annonce une guérison. Puis avec les observations de TUFFIER, AUGER et BERGER en France, la question va faire des progrès rapides, mais il faut arriver à BROCA, avec son « précis de chirurgie cérébrale » pour trouver une étude détaillée et approfondie de cette affection, avec ses symptômes, son diagnostic et son traitement.
A partir de ce moment les travaux vont se multiplier sur ce sujet, les discussions seront animées et le choix du traitement très controversé. En effet si l’accord est complet et rallie Lous les suffrages sur un point, « la nécessité d'intervenir à tous moments », même jusqu'aux dernières limites de Ia vie, les divergences vont être nombreuses sur tous les autres points et particulièrement sur le moment auquel on doit opérer et sur la méthode à appliquer. "
Jusqu'à ces dernières années, la méthode la plus courante était celle employée par les oto-rhinologistes, à savoir, la méthode de LEMAITRE : l'évacuation de la collecüon par ponction et le drainage de la cavité. Ce procédé, qui avait déjà bien amélioré le pronostic puisque l’abcès
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non opéré aboutit fata'ement à la mort à plus ou moins brève échéance, n'avait cependant pas donné loute satisfaction, malgré quelques beaux succès qui ont été signa-
lés; la proportion des guérisons ne dépassait pas 25 à.
30 Z et le pronostic restait surtout très sombre à cause des récidives fréquentes, soit précoces, soit tardives.
Ce fut en étudiant ces récidives et leurs causes que le Professeur Clovis VINCENT fut amené à adopter une autre méthode : les récidives étant dues, le plus souvent, au maintien, à l’intérieur, de la cavité cérébrale de la paroi de l’abcès et partant, des agents microbiens qu’elle contenait, le Professeur VINCENT décida d’enlever l’abcès d’un seul bloc, contenant et contenu, sans drainage. Sans doute n’étail-il pas le premier à employer cette technique, bien que les cas signalés avant lui fussent exceptionnels KRAUSE en 1912 avait déjà songé à ce danger, il écrivait sur cette question : « une fois la cavité débarrassée du pus, il ne faut pas, dans les abcès septiques aigus, cureter les parois infiltrés, mais, s’il s’est formé une véritable membrane pyogène, comme cela se trouve dans l’abcès chronique, il faut enlever cette membrane ». Cependant il ne semble pas avoir mis cette technique en pratique, et il faut arriver en 1932 pour trouver les premiers cas publiés. A cette époque, en effet, DANDY avait déjà expérimenté ce procédé, puis en 1934 Hugh Carrxs et Charles DonNaLp, communiquaient une autre observation : en Franee, les élèves du Professeur VINCENT : PUECH et CHA- VANY, puis PUECH, ELIADÈS et ASKENASY présentaient de leur côté trois autres cas. Maïs ces quelques observations signalées antérieurement se rapportaient toutes à des abcès chroniques enkystés, avec grosse coque, au point que, parfois, l’abcès n’était qu’une découverte opératoire : le chirurgien, croyant avoir enlevé une tumeur, y trouvait du pus.
La grosse originalité du Professeur VINCENT est donc d’avoir enlevé d’une seule pièce et sans les ouvrir, les
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abeès subaigus du cerveau, soit en un temps, soit en deux temps et cela, l’abcès étant reconnu et le chirurgien l'ayant décidé et voulu; il créait ainsi cette méthode qui porte son nom et qu’il a innovée au cours de ses interventions du 23 novembre 1934 et du 7 janvier 1935 en effet ayant constaté un abcès cérébral dont la coque était trop mince, il décida de refermer, laissant agir la ponction et la décompression. Il montra la malade, un mois plus tard, à l'académie de chirurgie, et pour tous elle apparut comme normale. Et délibérément, huit jours après, le Professeur VINCENT l’opérait et enlevait d’un bloc l’abeès et sa coque.
Cette nouvelle technique, assez discutée au début, semble actuellement reconnue plus volontiers et, comme nous le verrons plus loin, paraît-être, grâce à ses brillants résultats qui ont largement amélioré le pronostic de cette affection, le procédé de choix pour traiter les abcès enkystés du cerveau.