ECZÉMA
Si on envisage que la peau des paupières est remarquable par son extrême finesse et qu'elle est souvent humectée par des larmes ou différents produits de sécrétion altérés, on se rendra compte de la fréquence de l'eczéma palpébral, surtout chez les enfants,
DiagDostic.
Cette affection présente les mêmes caractères que daus toute autre région : de petites vésicules sécrètent un liquide d'abord séreux, puis visqueux, qui se dessèche et forme bientôt de larges croûtes.
Traitcmeni. Nous ue consciUons contre celte affection ni les cataplasmes appliqués en permanence, ni les compresses émollientes qui entretiennent une humidité trop prolongée. L'action des pommades doit même être surveillée avec soin, car elles sont quelquefois mal supportées. Beaucoup d'auteurs se louent de l'application de compresses trempées dans une faible solution astringente (sulfate de zinc, sousacétate de plomb, 1 gramme pour 250 grammes), mais nous regardons comme un moyen plus efficace l'emploi des poudres absorbantes, telles que le calomel, l'acide borique ou le sous-nitrate de bismuth finement porphyiisé, dont on saupoudre les parties malades, après les avoir débarrassées des croûtes qui les recouvrent.
Lorsque ces croûtes sont très épaisses, nous les enlevons avec une pince et nous cautérisons la surface sous-jacente qui est souvent saignante avec un crayon de nitrate d'argent, dont nous neutralisons l'excès avec de l'eau salée, moyen qui réussit parfois merveilleusement.
Dans les cas rebelles, l'emploi de quelques purgatifs salins et des préparations arsenicales trouve son indication.
Enfin, chez les enfants lymphatiques, il ne faut jamais néghger de combattre l'état général par les amers, l'huile de foie de morue et les préparations toniques de toutes sortes.
ZONA OPHTHALMIQUE.
On donne le nom de zona ophthalmique à une variété particulière de zona qui se développe sur les paupières, le
ZONA OPHTHALMIQUE.
front et la moitié de la tête, et qui a pour caraclère de s'accompagner de troubles oculaires multiples. En voici les principaux symptômes.
1" Symptomatologie. Douleurs péri-orbitaires. — La maladie débute habituellement par. des douleurs névralgiques péri-orbitaires, précédant l'éruption de quelques heures, de quelques jours ou même parfois de plusieurs mois. Ces douleurs plus ou moins violentes, revenant par crises, persistent pendant toute la durée de l'affeclion et se prolongent souvent plusieurs mois ou même plusieurs années après sa disparition^ surtout chez les vieillards.
Ajiesthésie de la peau. — Bien que douloureuse, la région qui est le siège du zona présente une sorte d'engourdissement ou d'anesthésie plus ou moins complète, de sorte que si on la pique avec une épingle, la sensation est beaucoup moins bien perçue que du côté opposé.
Éruption. — L'éruption se fait par poussées successives, sur des plaques rouges, érythémateuses, qui en précèdent l'apparition et donnent lieu à une véritable sensation de cuisson et de brûlure. Les vésicules, tantôt discrètes, tantôt confluentes, se développent de préférence sur le tiers interne de la paupière supérieure, sur le front le long du nerf sus-orbi taire, et jusque dans le cuir chevelu. Elles se développent également souvent sur la paroi correspondante de l'aile du nez, c'est-à-dire sur le trajet des branches du nerf nasal, ainsi que vers la commissure externe sur le territoire du nerf lacrymal, et plus rarement sur la paupière inférieure.
Ces vésicules n'existent généralement que d'un seul côté et ne dépassent pas la ligne médiane. Leur contenu d'abord séreux devient rapidement purulent, et donne lieu à des croûtes souvent noirâtres qui laissent après leur chute de
9i4 MALADIES DES PAUPIÈRES.
petites cicatrices blanchâtres et indélébiles comme celles de la variole. La maladie arrive ainsi h sa période terminale, après une durée moyenne de trois semaines environ.
Cojnplications oculaires. — Les complications oculaires du zona ophthalmique nous intéressent particulièrement.
r Conjonctivite. — La plus fréquente est l'inflammation de la conjonctive. Celte conjonctivite a toutes les allures de la conjonctivite catarrhale ordinaire, si ce n'est qu'elle s'accompagne habituellement d'un larmoiement très prononcé dû à l'irritation du nerf lacrymal. Il est rare d'observer sur la muqueuse la formation de petites vésicules analogues à celles qui se développent sur la surface cutanée.
2° Kératite. — Une complication plus sérieuse, qu'on observe environ dans la moitié des cas, est la kératite, affection qui revêt habituellement tous les caractères de la kératite herpétique que nous avons étudiée et qui se présente presque toujours sous la forme ulcéreuse. L'ulcère peut rester superficiel et guérir, ou devenir profond et perforer la cornée, de sorte que son pronostic doit toujours être réservé. Cette forme de kératite est quelquefois remplacée par une kératite interstitielle disséminée.
30 Iritis. — Dans la grande majorité des cas, l'iritis accompagne la kératite dont nous venons de parler, mais peut cependant se rencontrer isolément. Quoi qu'il en soit, elle n'emprunte à sa cause aucun caractère particulier de gravité et cède généralement à l'emploi des mydriatiques.
Ce sont là les complications habituelles du zona ophthalmique, mais d'autres complications exceptionnelles peuvent également se rencontrer. Telles sont : l'irido-choroïdite (Coppez); la névrite optique (Daguenet); l'atrophie de la papille (Bowman). On a aussi signalé des paralysies musculaires et pins spécialement des paralysies de la troisième
ZONA OPHTHALMIQUE. 948
paire consécutives au zona et disparaissant en général assez facilement.
Relativement aux complications oculaires que nous venons de passer en revue, deux remarques importantes mériteni d'être signalées. La première faite par Hutchinson, c'est que les complications du côté de la cornée et de l'iris n'apparaissent guère que pendant la période floride de l'éruption et rarement lorsqu'elle est à son déclin. La seconde formulée par Hybord, c'est que « dans le zona ophthalmique, l'iris et la cornée souffrent rarement quand l'éruption ne siège pas sur le territoire des branches du nerf nasal, mais souffrent habituellement quand tout le côté du nez est envahi ».
On comprend facilement qu'il en soit ainsi, puisque les nerfs ciliaires qui se rendent à la cornée et à l'iris proviennent du nerf nasal. Mais il n'en est pas moins vrai que ces complications peuvent également survenir, lorsque l'éruption est limitée au nerf sus-orbitaire, par exemple, ou aux autres branches de la cinquième paire.
Arrivons maintenant à la question étiologique et d'abord à la question pathogénique.
On sait, depuis les remarquables travaux de Charcot que le zona peut être considéré comme l'expression cutanée d'une névrite de la branche ophthalmique de Willis névrite qui peut prendre naissance, soit dans le ganglion de Casser, soit même dans les rameaux périphériques. En effet, la locahsation de l'éruption sur le trajet des branches nerveuses, les douleurs névralgiques violentes qui la précèdent, l'accompagnent ou lui survivent et l'anesthésie des téguments, sont autant de preuves qu'il s'a-it bien ICI d'une affection primitive des nerfs, comme on a du reste eu occasion de le vérifier dans quelques nécropsies
Galezowski et Daguenet
Maintenant par quel mécanisme se produit l'éruption ? Est-ce par suite de l'altération des fibres trophiques, ou d'un trouble des vaso-moteurs? Est-ce parce que les fibres sensitives irritées communiquent celte irritation aux éléments anatomiques voisins de leurs extrémités périphériques? C'est là une question qui n'a pas encore reçu de réponse définitive.
Au point de vue étiologique, le zona est surtout une affection de l'âge sénile, qui atteint les hommes beaucoup plus fréquemment que les femmes. 11 est. parfois occasionné par un traumatisme ou par un refroidissement et paraît lié, dans un certain nombre de cas, à la diathèse goutteuse,
Tiaitemeni Los indicallous thérapeutiques du zona ophthalmique sont variables.
Contre l'éruption vésiculeuse, on conseille avec avantage les poudres absorbantes, telles que l'amidon ou l'oxyde de zinc porphyrisé. Un moyen qui réussit également consiste à recouvrir la partie atteinte d'un morceau de baudruche gommée, sur lequel on apphque une couche de collodion élastique.
Contre les ulcérations de la cornée, nous donnons la préférence à l'ésérine plutôt qu'à l'atropine; mais nous revenons à ce dernier collyre s'il y a irilis (voir Kératite herpétique).
Mais l'indication la plus urgente est de combattre les douleurs névralgiques violentes qui accompagnent la maladie et persistent même souvent après sa disparition. Les douches oculaires à l'aide d'un appareil vaporisateur, le chloral à l'intérieur et les injections de morphine rendent de très réels services. De simples frictions, pratiquées sur le front et les tempes avec une pommade morphinée, se montrent
quelquefois efficaces, et nous nous servons pour cela de la préparation suivante :
Chlorhydrate de morphine OB',2o
Vaseline 6 gr.
De petits vésicatoires volants appliqués le long du trajet du nerf susorbitaire et pansés avec de la morphine sont également très utiles.
Le sulfate de quinine (à la dose de 0s%25 deux fois par jour) et le valérianate d'ammoniaque de Pierlot aident aussi considérablement à la disparition des douleurs. On trouve^ enfin, dans les courants continus un dernier moyen de les calmer ; aussi n'est-ce que dans des cas très exceptionnels, qu'à l'exemple de Bowman, on sera obligé de recourir à la section du nerf douloureux.
Les paupières peuvent être le siège d'anomalies de sécrétions fort curieuses, parmi lesquelles nous citerons l'éphidrose, la chromhydrose, le millet, le molluscum et les kystes transparents du bord ciliaire.
Ephidrose. — L'éphidrose est l'exagération de sécrétion des glandes sudoripares.
Cette affection n'a d'autre inconvénient que de déterminer quelquefois une irritation du bord ciliaire ou même un véritable eczéma. Quelques compresses astringentes ou l'application de poudre d'acide borique sont les moyens les plus rationnels à lui opposer.
Chromhydrose. — Une perversion toute particulière de sécrétion , soit des glandes sudoripares, selon Le Roy de Méri-
court (1), Ch. Robin (2) et Hardy (3), soit des glandes sébacées selon d'autres auteurs, constitue la chromhydrose.
Cette affection, décrite par LeRoy deMéricourt, est caractérisée par des taches noiiâtres ou bleuâtres, occupant de préférence la paupière inférieure, mais se développant parfois sur la paupière supérieure et sur une partie plus ou moins étendue de la face.
Ces taches de nature pigmen taire, que Ch. Robin compare à la cyanosine trouvée dans les urines bleues par Braconnot, peuvent être facilement enlevées au moyen d'un Hnge sec ou humecté d'huile, et laissent alors voir la peau avec sa coloration normale; mais elles ne tardent pas à reparaître après quelques instants ou quelques heures.
Les causes de cette affection sont fort obscures. On l'observe quelquefois chez les hommes, mais plus fréquemment chez les femmes et particulièrement chez celles qui sont atteintes de dysménorrhée.
Cette maladie souvent fort rebelle disparaît parfois spontanément. Des lotions astringentes paraissent quelquefois efficaces. Si on craint une supercherie, car il s'agit d'une affection que certaines personnes prennent plaisir à simuler, il est indiqué d'appliquer une couche de collodion sur les paupières préalablement essuyées, afin de déjouer la simulation.
Millet. — Le millet est une petite tumeur kystique qui se développe sur la peau de la paupière et d. s parties voisines de la joue, où elle se multiplie souvent en grand nombre.
(1) Le Roy de Méricourt, Mé- meurs normales et morbides. 2" édi-
moire sur la chromhydvose. Paris, lion, Pans, 18/1. , ^gg^ (3) Hardy, Traité des maladies de
(2) Ch. Robin, leçons sur les hu- la peau, 1886.
Ce petit kyste, de la grosseur d'un grain de millet, d'un aspect blanc perlé, est dû à l'oblitération d'une glande sébacée dont le contenu s'est épaissi. Il suffît pour la faire disparaître de l'inciser avec la pointe d'un bistouri ou d'une aiguille à cataracte et d'évacuer son contenu par une légère pression.
Molluscum. — Le moUuscum est aussi une affection des glandes sébacées; mais ici le contenu de la glande est non seulement épaissi, mais dégénéré et composé d'une matière caséeuse et pultacée toute spéciale. Il en résulte une petite tumeur arrondie, au sommet de laquelle est souvent un petit pertuis, par lequel suinte une sorte de liquide gélatineux. Ainsi formé, le molluscum paraît doué de propriétés contagieuses, car il se propage facilement sur les membres d'une même famille.
L'incision de la tumeur suivie de l'évacuation de son contenu procure une facile guérison.
Kystes transparents des paupières. — On rencontre quelquefois sur le bord ciliaire une ou deux petites vésicules transparentes, de la grosseur d'un grain de millet ou d'un pois, et contenant un liquide aussi limpide que de l'eau de roche. Ces kystes ont des parois ordinairement très épaisses, affectent une marche fort lente et n'acquièrent un certain volume qu'après une durée de plusieurs années. Pour les uns, ils proviennent d'une glande sébacée oblitérée (Yverl); pour d'autres, ils ne sont autre chose que des kystes sudoripares (Verneuil).
Ces petits kystes disparaissent quelquefois spontanément soit par résorption, soit à la suite de la rupture de leurs parois. Pour en débarrasser le malade, il suffit d'en exciser la portion la plus saillante et de cautériser le fond de la poche avec un crayon de nitrate d'argent.