AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE
Les troubles visuels hystériques, signalés depuis longtemps par Briquet, ont surtout été étudiés dans ces derniers temps parle professeur Charcot, avec le concours de MM. Galezowski et Landolt.
Ces troubles visuels très variables sont tantôt un myosis hystérique, tantôt des spasmes du muscle accommodateur
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OU des différents muscles de l'œil, parfois une hémiopie ou un scolome central passager et, dans certains cas enfin, une véritable amblyopie ou amaurose d'une durée plus ou moins longue, comme l'un de nous l'a décrit le premier (1).
L'amaurose hystérique est rare et peut atteindre tantôt un seul œil, tantôt les deux yeux. Nous en avons observé un cas remarquable à l' Hôtel-Dieu, dans le service du D' Maurice Raynaud. Il s'agissait d'une jeune femme de vingt-cinq ans, qui, pleine d'effroi à la vue do sa sœur atteinte d'une attaque de choléra, tomba évanouie et se releva complètement aveugle, sans que l'examen ophthalmoscopique pût faire constater la moindre lésion. Après quelques jours, la vision revint par moitié, car l'affection prit alors la forme d'une hémiopie homonyme droite : le champ visuel perdu ne tarda également pas à s'éclaircir et la guérison fut bientôt complète.
Dans l'exemple que nous venons de rapporter, la cécité fut soudaine, succéda à une émotion vive et ne fut que d'assez courte durée. C'est là, en effet, ce que l'on observe le plus souvent, mais il peut arriver que cette cécité ait une marche graduelle, progressive et soit très tenace, car elle est un phénomène de même ordre que les autres paralysies hystériques. Ce qu'il y a également de remarquable, c'est qu'une attaque d'hystérie peut en déterminer subitement la guérison.
L'amblyopie hystérique est bien plus fréquente que l'amaurose hystérique et se divise en monoculaire ou binoculaire. La forme monoculaire est la plus commune et son type classique le plus complet est celui qu'elle présente dans l'hémianesthésie hystérique, hémianestliésie qui,
(i) Galezowski, Thèse de doctoral, iSOb.
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comme on le sait, frappe toute une moitié latérale du corps, insensibilise non seulement la peau, les muqueuses, les muscles, mais atteint tous les sens du côté correspondant, aussi bien les sens supérieurs à origine cérébrale (vue, odorat), que les sens inférieurs à origine bulbaire (goût, ouïe), comme cela a été si bien étudié et décrit par le professeur Charcot.
Cette amblyopie hémianesthésique est surtout caractérisée par l'afTaiblissement de la vision centrale, par le rétrécissement du champ visuel et par une perversion remarquable de la faculté chromatique, et cela sans que la moindre lésion ophthalmoscopique apparaisse. Voici en effet ce que l'on constate :
V La diminution de la vision de l'œil atteint est variable; mais l'acuité visuelle ne descend généralement pas au-dessous de 1/2, 1 /3, 1/5.
r Le rétrécissement du champ visuel est concentrique, cyschroma- 3° Enfin il existe constamment des phénomènes de dyschromatopsie ou d'achromatopsie.
Cette perversion du sens des couleurs n'a pas lieu au hasard, mais est soumise à des règles fixes, en rapport avec l'étendue du champ chromatique de chaque couleur. 11 est, en effet, étaWi que certaines couleurs n'impressionnent que les parties centrales de la rétine, tandis que d'autres sont également aptes à être perçues parles parties périphériques, de sorte qu'il existe une véritable gamme chromatique, commençant par le violet qui a le champ visuel le plus central et le plus restreint, passant par le vert, le rouge, l'orangé, le jaune, et arrivant au bleu qui a le champ chromatique le plus étendu. Or, dans l'amblyopie hystérique, c'est le champ visuel du violet qui disparaît le premier, puis c'est le tour du vert, du rouge, de l'orangé, du jaune et enfin du
Galezowski et Daguenet. ,„
Transfert
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bleu. Inversement, lorsque la notion des couleurs reparaît, c'est par le bleu qu'elle commence, puis par le jaune, l'orangé, le rouge, le vert et le violet. Cette belle loi physiologico-pathologique a été démontrée par Charcot.
Cette perversion du sens des couleurs présente aussi un intérêt considérable par la manière dont elle est influencée par les applications métalliques (Biirq), ainsi que par les aimants et l'électricité. En effet, si on place sur la tempe du malade des pièces d'or, d'argent ou de cuivre, ou une plaque de zinc ou d'étain, selon le métal qui impressionne le sujet, la vision des couleurs reparaît dans l'ordre que nous menons d'indiquer, puis est de nouveau abolie dès qu'on enlève le métal. Il ën est de même avec les aimants et les courants éleclriques.
Ce qui est non moins bizarre, c'est que, dans les pé- .lambiyopie i-jodes d'améHoration de l'affection, mais alors que le sujet
d'un œil
àrautre. encoro sous l'influence de la maladie, l'application du même métal fait reparaître la dyschromatopsie. Enfin, comme tout est étrange dans cet état morbide, à mesure que la perception des couleurs reparaît sous l'influence des métaux ou des aimants, elle disparaît dans le côté sain, phénomène de transfert qui constitue pour la maladie qui nous occupe un signe véritablement pathognomonique.
Tels sont les caractères de l'amblyopie hystérique, lorsqu'elle est liée à une hémi-anesthésie; mais il faut savoir que l'hémi-anesthésie peut être si peu prononcée, qu'il faut la rechercher avec soin, au moyen de piqûres d'épingles qui sont moins nettement senties d'un côté que de l'autre. Il importe également de savoir que celte amblyopie peut être quelquefois binoculaire, cas dans lequel elle est toujours plus accentuée du côté où existe l'hyperesthésie ovarienne.