DES INTERMITTENCES VRAIES
Les intermittences vraies consistent en ceci, qu'une pulsation artérielle venant à manquer, cette même pulsation manque également au cœur.
(1) Marey, la Circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies, p. 187, 1881.
{2; Marey, loc. cit., p. 190.
(3) Marey, loc. cit., p. 334.
(/i) Marey, loc. cit., p. 342. ■
DES INTERMITTENCES VRAIES. 'l'iS
Ces intermittences vraies ont été reconnues depuis longtemps par Laennec, Bouillaud et d'autres comme compatibles avec la santé. Je connais des exemples d'intermittence vraie ayant duré vingt, trente et môme quarante ans sans qu'il y ait eu de maladie du cœur ou autre. J'ai soigné, entre autres, une dame chez laquelle on avait constaté des intermittences vraies dès l'âge de quarante-huit ans. Cette dame est morte à quatre-vingt-sept ans, de vieillesse pure et simple sans maladie. J'avais constaté les intermittences pendant les trois dernières années de sa vie.
M. le professeur Lascgue, qui a étudié ces intermittences d'une manière toute spéciale, est moins rassuré à leur endroit (1). Pourtant M. Lasègue ne confond pas, comme Stokes et Richardson, les intermittences cardiaques ou intermittences vraies, intermittences du pouls avec les fausses intermittences .
« Lorsqu'on dit qu'un constate des intermittences du cœur, on admet implicitement que l'organe fonctionne régulièrement, en dehors des suspensions qui viennent de temps en temps et plus ou moins périodiquement rompre la série. «Lecœurbatnormalement, impulsion et rythme, pendant un nombre plus ou moins considérable de pulsations, puis il s'arrête pendant un temps difficile à mesurer, exactement pour prendre son cours. 11 arrive accidentellement que les suspensions semblent elles-mêmes obéir à une sorte de rythme, elles se répètent toutes les quatre, cinq, six, huit pulsations, mais jamais cette périodicité n'est constante. Elle cesse au bout de peu de minutes et même, pendant sa courte durée, elle n'est pas aussi rigoureuse qu'on le croirait en se fiant auxrécits des malades; immédiatement après l'intermittence, la première contraction cardiaque semble habituellement plus énergique; quelquefois, elle n'est séparée de la seconde contraction que par un intervalle plus bref que celui qui s'interpose entre les pulsations suivantes. Le plus souvent, ce surcroît d'impulsion est imaginaire. C'est bien là, en effet, le caractère de l'intermittence vraie, mais il faut avoir soin de rappeler que c'est au cœur et non pas au pouls qu'il faut la rechercher, sans
(1) Lasègue, Des intermittences cardiaques {Archives générales de méde^ cine, t. II, p. 641, 1872).
U(3 DE l'évolution DES MALADIES DU COEUR.
quoi on prend pour des intermiLlences vraies ou cardiaques des interrailLences du pouls ou intermiUenccs fausses.
M . Lasôgue insiste sur cet autre caractère que les intermittences vraies ne sont pas produites par ce qui provoque ordinairement les palpitations, comme l'exercice, l'hystérie.
« Les malades, sinon tous, ont la conscience de ces intermissions cardiaques, ils en sont avertis par une sensation particulièrement incommode et ne les découvrent pas par hasard en se tâtant le pouls. Les sensations qu'ils en accusent sont de plusieurs espèces. Les moins attentifs ou peut-être les moins sensiLifs déclarent percevoir seulement l'impulsion vive qui suit la prolongation du silence; ils se plaignent d'une palpitation revenant à intervalles inégaux ; à un degré plus élevé, ce repos cardiaque s'accompagne d'une sorte d'angoisse nécessairement très passagère, mais ce retour des battements accusés par une impulsion exagérée termine le malaise, peut-être en rendant au malade sa sécurité. » Dans une troisième catégorie, les malades décrivent leurs impressions multiples avec des détails utiles à noter. Ils rencontrent les deux incommodités qui viennent d'être mentionnées : l'angoisse pendantla suspension, le choc au retour des battements, mais de plus ils constatent une sensation précordiale ou plutôt épigastrique très accusée.
En ceci ils diffèrent des malades atteints d'intermittences du pouls ou intermittences fausses ; ces derniers, atteints d'affections organiques plus ou moins graves, n'ont pas conscience de leurs intermittences et ne s'en aperçoivent qu'en se tâtant le pouls.
L'intermittence vraie n'est pas un signe de maladie du cœur, elle ne figure ici que pour montrer combien elle diffère de l'intermittence fausse, qui est au contraire un signe d'affection organique.
L'intermittence vraie indique chez certains sujets un peu d'athérome, elle est alors à peu près constante et les malades, inquiets au début, finissent par s'y habituer et se bornent à les constater sans s'en préoccuper.
L'intermittence vraie passagère est très commune dans le cours d'affections aiguës passagères, par exemple d'angines légères. Laennec l'avait indiqué. 11 est important de le savoir, sans quoi
ÈËS INTERMITTENCES FAUSSES. 447
On risquerait do s'alarmer sans raison, et je me rappelle qu'au début de ma pratique la constatation do ce fait, dont je ne connaissais pas alors la portée, m'avait inquiété sans raison.
Enfin l'intermittence vraie peut encore se montrer dans certaines maladies que M. le professeur Lasègue désigne ainsi : ce sont des sortes d'état cachectiques prémonitoires qui indiquent que le malade est en incubation d'une maladie plus ou moins grave des organes de la nutrition, par exemple d'un phlegmon en apparence spontané, une bronchite générale, etc., état de cachexie prémonitoire qu'on trouve chez les gens surmenés, par exemple avant l'explosion des maladies qui prennent immédiatement chez eux des proportions inquiétantes. Ces intermittences disparaissent à la fin de la maladie pendant la convalescence.
C'est donc un signe pronostic important dont il est bon de tenir compte dans la pratique ; mais on voit qu'il s'agit ici de tout autre chose que de maladie du cœur.
DES INTERMITTENCES DU POULS OU INTERMITTENCES FAUSSES, FAUX PAS DU COEUR (bOUILLAUD), ARYTHMIE.
L'intermittence vraie ne portait que sur un point du rythme, la périodicité. L'intermittence fausse est plus complexe. Le pouls est irrégulier, il est inégal; d'une fréquence variable, tantôt rapide, tantôt lent, et quand il est très altéré il devient confus par sa fréquence et insensible par sa petitesse.
L'intermittence, du pouls radial ou carotidien, alors que le cœur n'a pas cessé de battre, est au contraire un signe d'affection organique du cœur. 11 indique que la systole cardiaque a été impuissante à chasser le sang jusqu'au bout des artères.
L'insuffisance de la systole peut tenir en pareil cas à deux causes différentes : ou bien la valvule veineuse est insuffisante et l'effort du ventricule s'est épuisé à refouler le sang dans un sens contraire à son cours normal, ou bien les valvules sont intactes et la contraction du myocarde a été impuissante à fournir la pulsation artérielle.
Enfin, d'autres causes peuvent encore amener la fausse intermittence : si le pouls est trop fréquent, il peut se faire que la
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systole ail commencé avant que là diastole préalable ait eu le temps de remplir le ventricule ; ou bien qu'un rétrécissement milral n'ait laissé pénétrer dans le ventricule qu'une quantité de sang insuffisante.
On aurait pu se demander si, en pareil cas, le défaut d'énergie du myocarde ne tient pas à ce qu'un seul des deux ventricules se contracte tandis que l'autre reste au repos; il n'en est rien. M. François Franck a montré que dans les fausses intermiltenct-s l'énergie peut bien baisser plus dans le ventricule gauche que le droit. Mais jamais l'un ne se contracte sansl'autre (1), et si l'un des deux ventricules paraît ne pas s'être contracté (le gauche), c'est qu'il a une plus grande résistance à vaincre pour accuser sa contraction.
En somme, les causes de l'intermittence du pouls sont variables:
1° L'insuffisance mitrale (systole avortée par reflux milral) ;
2° Le rétrécissement mitral (systole avortée par replélion incomplète du ventricule) ;
3° L'altération du myocarde (systole avortée par défaut d'énergie) ;
4° L'agitation du cœur (systole avortée par contraction anticipée et replétion incomplète) ;
5° L'action de la digitale et du chloral (systole avortée par action toxique). On y pourrait joindre les autres poisons du cœur.
Tels sont les résultats que nous donne l'analyse physiologique; en clinique, les choses sont plus simples. L'insuffisance mitrale chez les jeunes sujets, alors que le myocarde est encore sain et les autres organes de la circulation sont encore vigoureux, ne donne pas lieu à des intermittences du pouls. L'énergie de la contraction du myocarde y supplée. Aussi peut-on dire en pratique que si les intermittences vraies ne sont pas produites par les médicaments (digitale, chloral), elles indiquent un élat de dégénérescence du myocarde.
Tant que les organes de la circulation sont suffisants, les inler-
(1) François Franck, Académie des sciences 16 avril 1877, et Travaux du laboratoire de M. Marey, t. III, p. 64, 1877.