C. PACL. MAI., DU CŒUR
4jjO DE l'évolution DES MALADIES DU COEUR.
désigné depuis Jurinc (de Genève), en 17G8, sous le nom à'angine de poitrine.
Le malade est pris subitement d'une douleur des plus intenses siégeant sous le sternum, cette douleur s'accompagne d'une anxiété considérable, d'une sorte de vertige qui force le malade à chercher un point d'appui, et d'un sentiment de défaillance cardiaque qui fait penser que la mort est prochaine.
Cette douleur ne se borne pas à la région cardiaque, elle s'irradie dans différents sens, dans le membre supérieur gauche, depuis l'épaule jusqu'au coude, s'accompagnant d'une sensation de constriction, de froid et de fourmillements.
D'autres fois, la douleur s'irradie encore vers le cou et l'articulation temporo-maxillaire.
• Yoilàles irradiations habituelles; il en est d'autres plus rares qui se montrent vers des régions plus éloignées.
Celle qu'on a rencontrée le plus fréquemment parmi ces dernières est l'irradiation vers la partie droite de la poitrine, les espaces intercostaux, le sein droit.
Enfin, on a signalé des irradiations exceptionnelles, par exemple vers la région hypogastrique (Blackwall), le testicule (Friedreich, Gintrac, Axenfeld), le diaphragme (Peter). Notons que, pendant ce temps, le malade, quoique terrifié par l'accès, conserve toute son intelligence. Pendant ce temps, la face est pâle les traits tirés comme dans la péritonite, le corps froid.
mis un point qui me semble douteux, c'est que ces irradiations aient pour voies les nerfs rachidiens des plexus brachial, dorsal, lombaire, etc. L'observation m'a fait penser qu'il s'agissait bien plutôt, dans ces cas, d'une irradiation par les rameaux du grand sympathique qui suivent les vaisseaux.il m'a semblé quily avait là entre la migraine et l'angine de poitrine, une analogie remarquable et surtout dans les cas où l'angine de poitrme ne produisait qu'une anxiété modérée.
Y a-t-ilune angine, de poitrine indépendante des maladies
du cœur? , , ,
La chose est fort possible, si l'on songe qu'il y a des malades qui ont eu à plusieurs reprises des angines de poitrine et chez lesquels on ne constate pas de maladie du cœur.
ANGINE DE POITRINE. m
Pour ma part j'en ai observé deux cas très remarquables. L'un des malados, qui est un jicintre détalent, a eu depuis 2S ans plus de douze attaques d'angine de poitrine et il est absolument impossible de reconnaître encore aujourd'hui chez lui la moindre trace d'une maladie du cœur. Un examen des plus attentifs et des plus minutieux répété chaque fois m'a convaincu qu'il ne s'agissait chez lui que d'une névralgie de la partie descendante delà crosse de l'aorte. Je ne suppose pas qu'une tumeur anévrysmale ait pu exister depuis vingt -cinq ans sans avoir pris un développement tel, qu'elle serait accessible aujourd'hui aux moyens d'exploration. Ce malade d'ailleurs, atteint de lichen herpétique, est fils et frère d'asthmatique.
L'autre fait concerne un de nos premiers statuaires. Je Fai soigné, pour la première fois, pour une angine de poitrine il y a vingt ans et, depuis ce temps, il a eu quatre ou cinq attaques, 11 ne présente qu'un peu d'emphysème et peut-être un peu de dilatation du cœur droit. Il souffre seulement de temps en temps d'accès de fièvre paludéenne rapportée de Rome. Ni l'un ni l'autre n'ont d'athérome, leur sobriété et leur âge les mettent encore à l'abri de cette sénilité.
Cela n'empêche pas que cette affection ne se rencontre plus fréquemment avec les affections cardiaques (HeberdenHamilton) et avec l'athérome et, en particulier, l'athérome de l'origine de l'aorte (Bucquoy, Lancereaux, Peter) et des artères coronaires (Kreisig, Jenner, Passy) (1). Mais n'oublions pas qu'à un certain âge, l'athérome des artères et en particulier celui des artères coronaires est constant sans qu'on rencon tre l'angine de poitrine, J'ai passé un an à l'hospice de Bicêtre, ayant la direction dé l'infirmerie. C'est à peine si j'y ai vu un cas d'angine de poitrine, ' et c'est à peine si j'ai trouvé un cadavre sans athérome des vaisseaux.
(I) MM. G. Sée, Bochefontaine et Roussy ont montré que la ligature des artères coronaires fait cesser en quelques instants le rylhme du cœur pour il remplacer par une Irémulation analogue 4 celle que donne des courants farad.qucs forls Pour prouver que c'est bien l'arrêt de la circulation et non pas excitation des nerfs penvasculaires, ils ont fait l'oblitération artérielle par l'iniroduclion de poudre de lycopode, et ont/obtenu la même suspension du rythme au bout d'une à deux minutes (Académie des 'sciences, 10 avd 1881)
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Je ne conteste donc pas la fréquence de l'athérome chez les malades morts d'angine de poitrine (10/33 -Lasègue, 13/19 Ogla). Mais si l'on veut faire comme moi le dénombrement des malades atteints d'alhéromc à Bicûtre et à la Salpêtrière et compter la proportion de ceux qui sont atteints d'angine de poitrine, je ne crois pas que le total entraîne la conviction que ces deux affections soient liées fatalement l'une à l'autre. Ce qu'il faut en conclure, selon moi, c'est que l'angine de poitrine survenant chez des malades atteints d'affection organique du cœur, devient pour eux une cause de mort subite ou tout au moins soudaine.
Il y a du reste plusieurs autres côtés de la question à soulever. L'angine de poitrine a ses causes prédisposantes et chez un malade atteint d'affection organique du cœur l'exposant à une ■mort subite, l'indigestion peut-être une cause déterminante pour l'attaque et par suite pour la mort.
Ce qui est encore curieux, c'est que l'angine de poitrine n'est pas le procédé le plus habituel de mort subite, môme dans les affections de l'aorte, par exemple dans la maladie de Gorrigan.
D'autre part il y a un autre point à considérer. On sait depuis Beau que l'intoxication par le tabac est une cause fréquente d'angine de poitrine et il n'est pas de médecin qui n'ait vu des névroses cardiaques produites par le tabac. Le docteur Gelineau en a rapporté des observations très remarquables recueillies sur le navire V Embuscade (l). A-t-on vu dans ces cas d'intoxication que le tabac ait commencé par produire l'athérome des vaisseaux et en particulier l'athérome des artères coronaires ?
Si le spasme des vaisseaux, produit par une action du tabac sur les vaso-moteurs, peut produire l'angine de poitrine, il n'est donc pas nécessaire pour avoir l'angine de poitrine qu'il y ait une lésion cardiaque préalable.
Mais si le sujet qui vient à contracter une angine de poitrine est atteint d'une affection cardiaque et plus particulièrement d'une affection cardiaque exposant à la mort subite, celui-là court les plus grands dangers.
(l) Géliucau, Considératiùii surCangine (k poitrine (Thèse du Paris, I87'i).