ÉPAISSEUR DES PAROIS DU COEUR. U
gauche surtout qui a donne ce chiflïe ; si je trouve avec une insuffisance aortique le poids de 740, je suis sûr que le malade avait un cor Iwvinum, et si^' en lisant une observation de néphrite interstitielle, j'apprends que le poids du cœur était de 800 ou de 830 grammes, je suis bien sûr que le cœur était fortement hypertrophié.
■ En médecine, nous ne cherchons pas l'absolu, le relatif nous suffit et je pense qu'il ne faut pas rejeter ce moyen de constatation, parce qu'il n'est pas parfait.
Le volume donne peut-être moins de sécurité parce que le cœur peut s'arrêter en systole ou en diastole. Cruveilhier {\) a fait remarquer que chez tous les gens morts de mort violente, les suppliciés, les malades morts rapidement d'hémorrhagie, le cœur s'arrêtant en systole a un volume beaucoup moindre. 11 ajoutait que si l'on introduisait les doigts dans ces sortes de cœur, on était étonné de la facilité avec laquelle ils se laissaient dilater. En effet, le genre de mort et la rigidité cadavérique changent notablement les résultats; aussi les mensurations des cavités ont-elles entre elles un écart considérable, comme on peut s'en rendre compte dans les chiffres empruntés au travail de M. du Caslel.
L'épaisseur des parois peut bien aussi donner des causes d'erreur. Le cœur des enfants se trouve sur le cadavre beaucoup plus rétracté que le cœur des adultes ; les gens morts de mort violente ou d'hémorrhagie auront des parois en apparence plus épaisses. Mais si ces chiffres ne s'accompagnent pas d'une augmentation dans le poids total, ils ne prouveront pas l'hypertrophie. Tandis que si à une épaisseur plus grande des parois se joint une augmentation du poids total et une augmentation de volume, l'hypertrophie né sera pas contestable. L'hypertrophie se constate donc :
Non ab uno signo sed a consensu omnium.
Nous arrivons à dire qtie l'hypertrophie est caractérisée par l'augmentation dans le poids du cœur, dans l'épaisseur de ses
(l) Cruveilhier, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques art, Hypertrophie, 1833, - ' '
'i'i* DE l'hypertrophie DU COEUR.
parois et l'augmentation de son volume. Deux de ces caractères suffisent pour affirmer l'hypertrophie.
Un autre problème se présente maintenant. L'hypertrophie peut se montrer avec ou sans dilatation des cavités. Mais la réciproque est-elle vraie? La dilatation peut-elle exister sans hypertrophie ?
Pour ma part, je crois qu'il y a toujours hypertrophie. Cela résulte aussi des chiffres donnés par M. du Caslel, dans lesquels l'emphysème s'est accompagné d'une augmentation de poids du ventricule droit. Mais il est nécessaire que de nouvelles recherches soient faites sur ce point.
L'hypertrophie peut exister avec conservation apparente de la grandeur normale des cavités, ou avec leur augmentation (hypertrophie excentrique , anévrisme actif de Corvisart) ou avec une diminution apparente des cavités ( hypertrophie concentrique.)
Le plus ordinairement, lorsque l'hypertrophie est marquée, le cœur est augmenté de volume et sa forme changée; celle-ci est moins pyramidale et plus conique, elle tend à se rapprocher de la forme du cœur des animaux, la forme pyramidale à trois faces étant le propre de la station bipède. Cette augmentation de volume entraîne un refoulement de tous les organes voisins. Le diaphragme cède peu à peu sous le poids du cœur, la pointe descend dans le sixième et exceptionnellement dans le septième espace intercostal. M. le professeur Parrot (1) dit l'avoir vue dans le huitième espace intercostal. L'angle droit du cœur baisse à son tour et descend au niveau de l'insertion du sixième et du septième cartilage costal droit.
Sur les côtés, il refoule les|poumons. La pointe s'éloigne de plus en plus de la ligne médiane, attendu que l'insertion de la veine cave ne permet pas au cœur de s'étendre vers la droite ; aussi chaque centimètre que le cœur gagne en longueur écarte la pointe vers la gauche d'un centimètre de la ligne médiane. C'est sur cette considération très solide que j'ai basé mon procédé de mensuration du cœur sur le vivant. La pointe du cœur
(1) J. 9 nvToi, Dictionnaire des sciences médicales, art. HvpiîRTnopHtn: DU CtEun, t. XYIll, \" séi'io, p, /|39 et 440.
AUGMENTATION J3.U POIDS ET DU VOLUME. UlS
peut arriver ainsi a toucher les côtes au niveau de la ligne axillaire.
On voit que plus la pointe se porte à gauche, à partir d'uil certain moment, plus elle doit en même temps se porter en arrière, et si par exemple elle vient correspondre à la ligne axillaire, le cœur a dû suhir forcément une torsion autour de son pivot par les deux veines caves, la pointe se trouvant à ce moment sur un plan postérieur à celui auquel elle correspond normalement. Dans ces conditions, l'oreillette droite tend de plus en plus à se rapprocher de la paroi thoracique. Si l'hypertrophie »e porte que sur le ventricule gauche, le cœur droit semble ne plus être qu'un appendice de ce ventricule. Si, au contraire, 1 hypertrophie ne porte que sur le ventricule droit, la pointe est moins saillante, le cœur prend un peu la forme d'une aumômère, et en coupant les deux ventricules transversalement, on trouve un cœur plus ou moins symétrique.
Le poids du cœur augmente dans l'hypertrophie et si l'on admet la moyenne de 300 grammes pour le cœur d'un adulte on peut être sûr de l'hypertrophie à SOO grammes et même à 400 grammes. Elle est plus évidente encore si ce poids appartient à un cœur de femme ; plus évidente encore silepoids dépasse 600, /OO et même 800 grammes. Au-delà de 900, les chiffres supérieurs deviennent tout à fait exceptionnels. On en a cité de 1000, 1500 et même 1700.
La mesure de l'épaisseur des parois permettra de constater hypertrophie. On regarde les parois comme hypertrophiées quand 1 épaisseur du myocarde dépasse 15 millimètres au ventricule gauche et 7 millimètres au ventricule droit. On a vu le ventricule gauche et la cloison atteindre 30 et jusqu'à 40 milli-
L'hypertrophie des oreillettes commence à 4 millimètres Les colonnes charnues et particulièrement les colonnes charnues de premier ordre augmentent dans l'hypertrophie. Selon M Parrot, elles augmentent dans des proportions inférieures à celles des parois.
Qu'est-il advenu dans la texture de cœur ? Lancisi et Portai croyaient que l'augmentation tenait à une liumeur épanchée
c. PAUL. MAL. DU CŒUR,
466 BE l'hypertrophie DU CœUR.
entre les fibres. Friedreich (1) nous'apprend qu'IIarling conclut à une augmentation du diamètre des fibres (1846), que pins tard Hepp (2) arriva au môme résultat, et que lui-môme a constaté des moyennes supérieures à celles de l'état normal. Le problème est difficile à résoudre parce que dans l'état normal, ainsi qu'il a été dit au chapitre qui traite du myocarde, les fibres du cœur sont de volume très variable. Cependant, on peut dire que leur moyenne est de 3 millièmes de millimètre et que des fibres qui atteignent 9 à 10 millimètres en moyenne sont certainement hypertrophiées.
Ce développement des fibres primitives est accepté par Hyrtl et Kolliker, Rokitansky, Bamberger, Forster, etc.
Mais d'autres croient que les fibres augmentent surtout par le développement de fibres nouvelles. C'est l'opinion ,de Yogel et Heule, peu soutenue aujourd'hui et combattue surtout par MM. Cornil et Ranvier (3) par cet argument qu'on n'y observe jamais les phénomènes du développement des fibres musculaires nouvelles.
Une troisième théorie soutenue d'abord par Friedreich est que l'augmentation des fibres primitives est insuffisante à expliquer l'augmentation totale du cœur et il est disposé à admettre les deux hypothèses précédentes : augmentation des fibres anciennes, formation de fibres nouvelles. Cette troisième théorie est adoptée par M. le professeur Robin, Zenker, Niemeyer, Parrot, Jaccoud, Straus.
Weissmann (4) et Zielonko (5) ajoutent que les fibres augmentent non seulement en largeur, mais en longueur.
Rindfleisch (6) donne comme preuve de la formation des fibres nouvelles que certaines cellules présentent deux ou plusieurs noyaux.
Enfin on tend à admettre depuis quelque temps une hypothèse
(1) Friedreicli, Traité des maladies du cœur, traduit par Lorber et Doyon,
(2) Hopp, Thèse iiiaug., Zurich, 1853.
(3) Coriiil et Ranvier, Histologie pathologique, p. 510, 1873.
(4) Weissmann, lieichardVs Archiv, \m.
(5) Zielonko, Virchow's Archiv, Bd., LXII,p. 1, Heft, 187S.
(6) Sclirœlter, Krankheiten des Herzfleisches, p. 227, 1879.