PRÉFACE. VII
Il possédait le Louvre h fond et, sans sortir de son cabinet, sans avoir jamais voyagé, il connaissait toutes les œuvres remarquables que l'Europe renferme, et il étonnait ses amis quand, au retour de leurs voyages, il leur parlait, comme s'il les avait vues lui-même, des œuvres qu'ils avaient été admirer et des lieux où ils les avaient trouvées (i).
Il avait joué du violon autrefois, avait, pendant longtemps, cultivé la musique italienne et française, et suivait assidûment le Conservatoire, qui lui faisait connaître la musique symplionique allemande. Aucun art ne Jui était étranger : il avait étudié jusqu'aux règles de la danse et avait même un certain respect pour l'art de la cuisine.
Dans les sciences, il avait suivi Stourm jusqu'à ses dernières découvertes et, de temps en temps, il se reprenait d'une passion pour les mathématiques et s'enfonçait pendant plusieurs mois dans le calcul intégral et différentiel.
11 suivait avec intérêt les progrès de la physique, admirait Regnault et profitait de l'amitié de Berthelot pour se faire tenir au courant des derniers progrès de la chimie.
Son ami le plus intime était Claude Bernard, dont il admirait la méthode rigoureuse et l'habileté opératoire si ingénieuse et si sûre. A chacune de ses découvertes, Claude Bernard le conviait à venir au Collège de France, où il répétait l'expérience devant lui, très préoccupé de ce qu'il en penserait. A chaque invitation, je l'entendais dire : Il faut que nous allions voir ça ; et j'avais souvent l'honneur et le bonheur de raccompagner. Je le vois encore assis devant la table d'expérience, les mains appuyées sur sa canne à bec-de-corbin, attentif et ardent comme un jeune homme. Et Claude Bernard lui demandant, après la réussite de l'expérience, ce qu'en penseraientles philosophes, je l'entendis répondre : « Certain philosophe commencerait par dire : Je reconnais le fait comme
{i) Noël Gueneau de Mussy, Discours prononcé sur la tombe,