HÉMIPLÉGIE
fices étaient sains, ne donnant aucun bruit de souffle. Mais le rythme du cœur était extrêmement troublé, le pouls faible; la dyspnée et le vertige survenaient au moindre effort.
J'engageai cette dame ;\ prendre, pour se soutenir, quelque boisson alcoolique. Elle me dit alors qu'elle avait dans son armoire une liqueur de famille analogue à la teinture vulnéraire, et me proposa de me la montrer pour juger si elle était convenable. Elle monta sur une chaise, prit dans sa main droite la bouteille qui était pleine, descendit et posa la bouteille sur la table. Elle était îi peine assise qu'elle eut un instant de vertige, que je reconnus à la fixité de son regard. Je vis sa bouche se dévier vers la gauche ; je la priai de me donner sa main droite, elle ne le pût pas, le bras était complètement paralysé, la jambe dans le môme état, la sensibilité très obtlise. Le pouls était très faible et désordonné. J'appelai sa domestique et nous lui fîmes boire de son cordial, ainsi que nous excitâmes la circulafion périphérique avec des sinapismes. La parole ne fut pas perdue, et la malade assista en pleine connaissance au traitement.
Au bout de trois quarts d'heure, la sensibilité revint, le mouvement commença h reparaître ; je la fis coucher. La paralysie s'était produite devant moi après un effort, alors que son cœur surmené tombait dans une sorte de collapsus. Il était quatre heures du soir. Quand je revins la voir je soir à huit heures, le mouvement était complètement revenu partout et la malade mangeait sou potage, tenant sa cuiller avec la main qui avait été paralysée et s'en servant sans .aucune gêne.
L'accident avait eu lieu le 10 avril ; l'arythmie ne fit qu'augmenter, et le 24 juillet, trois mois et demi après, elle mourut en quelques heures d'une attaque d'apoplexie.
D'autres auteurs ont signalé des convulsions après des vertiges, mais il est probable que chez un malade les convulsions étaient produites bien plus par l'urémie que par une simple anémie du cerveau ; car, dansFurémie, les convulsions sontpeut-être, comme celles qui accompagnent les grandes bémorrhagies, le fait de l'anémie des centres nerveux.
7» L'apoplexie cérébrale se rencontre souvent dans le cours des maladies du cœur et particulièrement dans les formes qui amènent une grande hypertrophie du cœur. Mais faut-il admettre que cette apoplexie soit le fait direct de l'impulsion plus grande donnée au sang des artères? Les auteurs de la première moitié de ce siècle le croyaient. Depuis 1857, une théorie nouvelle^, soutenue par Kirkes, tend à faire croire que l'augmentation de la tension dans les vaisseaux est moins le fait de l'hypertrophie du
888 DES AFFECTIONS SECONDAIRES DU SYSTfîME NERVEUX, cœur que le résultat de l'altération des vaisseaux par l'endartérite déformante. Cette nouvelle théorie parait aujourd'hui généralement acceptée.
8° Le ramollissement cérébral peut être le fait d'une embolie ou d'une thrombose. D'une manière générale, on peut dire que l'embolie, qui a pour cause une lésion éloignée, se présente le plus souvent chez des sujets relativement jeunes, tandis que la thrombose, qui suppose des lésions des vaisseaux de l'encéphale, est bien plus une maladie des vieillards.
L'embolie cérébrale se montre dans le cours de l'endocardite, de la thrombose des ventricules ou après les thromboses des grosses artères.
Tandis que la thrombose n'a pas de lieu d'élection et peut se présenter dans une région quelconque du cerveau, l'embolie passe plus souvent par la carotide gauche que par la droite.
Les artères vertébrales y donnent beaucoup moins passage que les carotides, et encore (d'après M. Duret) l'artère vertébrale gauche est parcourue par les embolies plus souvent que la droite.
11 en résulte que les embolies s'arrêtent bien plus souvent dans les noyaux centraux qu'à la périphérie.
Dans ces cas, le ramollissement par embolie est le plus ordinairement le ramollissement blanc, et l'on voit moins souvent l'infarctus entouré d'un cercle hémorrhagique que dans les autres organes.
Si l'embolie est le produit d'une maladie infectieuse, c'est un abcès qui se produil. Dans d'autres cas, il peut arriver que la thrombose s'organise et que l'artère redevienne perméable (Joffroy (1), Murchison (2) et Ogle).
Il n'est pas toujours facile de distinguer la thrombose de l'embolie et de l'apoplexie. Si les phénomènes paralytiques sont progressifs, on doit supposer la thrombose par endartérite ; mais si les phénomènes se présentent avec la soudaineté de l'ictus, on peut avoir affaire néanmoins à une thrombose, comme à une embolie ou à une hémorrhagie.
(1) Jofîroy, Gazette médicale, 1869.
{i) Murchison et Ogle, Transact. of the Pathologkal Society, Bd 19, 1869,