DES AFFECTIONS SECONDAIRES DU SYSTÈME NERVEUX
Indépendamment des palpitations, des syncopes et des affections douloureuses symjitomatiques des affections du cœur, nous avons à considérer des troubles nerveux consécutifs à l'iiypertropMe dans l'évolution qui conduit à la cachexie cardiaque. C'est d'abord la céphalalgie qui peut être de plusieurs ordres. Tantôt c'est : 1° la céphalalgie fixe, douloureuse, à forme névralgique, qui accompagne les troubles anémiques produits par le rétrécissement aortique ; tantôt la céphalalgie lourde, gravative, portant au sommeil, indice d'une stase veineuse sanguine avec injection de la face, stase veineuse souvent en rapport avec un état de vénosité de sang produit par les lésions pulmonaires consécutives.
2° Les vertiges sont de deux ordres : les uns tiennent à une irrigation insuffisante du cerveau, produite par un rétrécissement de l'aorte, comme ceux que présentent les convalescents lorsqu'ils commencent à se lever, ou par une dégénérescence du myocarde avec ou sans hypertrophie ; plus tard, pendant la cachexie cardiaque, ils dépendent souvent de l'œdème cérébral.
3° L'insomnie et les cauchemars sont très fréquents chez les malades atteints d'affection cardiaque à la période de compensation, mais plus encore à l'époque de la cachexie cardiaque. Les anciens les qualifiaient de somnia terrifica. Les cauchemars consistent presque toujours dans des rêves où le malade croit tomber dans des précipices, se voit attaquer sans pouvoir se défendre, etc., ou il assiste à des batailles, à des assassinats, voit le sang couler, etc. J. Bouley racontait qu'un malade, voyant pendant le rêve des combats sanglants, ayant été soulagé par une saignée, revit la nuit suivante les mômes gens, mais
désarmés; qu'on lui avait donné ensuite de la santonine et qu'il les avait vu habillés en jaune. J'ai répété plusieurs fois cette expérience de la santonine chez des cardiaques atteints de cauchemars, sans que le phénomène se soit reproduit.
4° Les hallucinations ne sont pas rares non plus chez les malades atteints de cachexie cardiaque avec anémie, congestion passive ou œdème cérébral, c'est plus souvent le fait de Tasystolie que de la compression.
5° L'excitation maniaque et les hallucinations pendant le jour ont été notés depuis longtemps. M. le docteur Grasset (1) a rassemblé, à cetégard, de nombreuxdocuments. SelonM. Grasset, Sennert avait noté la fréquence des affections cardiaques chez les fous. Bonet, Amatus Lusitanus, Sœmmering, Gruishanck, Lieutaud, Guislin avaient trouvé, à l'autopsie, des vices du cœur chez des gens morts de folie. Bonet, Larrey, Meckel, Testa, Osiander avaient fait les mômes remarques chez des criminels.
Nasse, dans un travail important publié en 1818, avait été plus loin et avait remarqué que la foHe des cardiaques est une folie impulsive poussant aux violences, au crime ou au suicide.
Burrows avait fait sur les Anglais, les mêmes remarques que Nasse sur les Allemands.
Saucerotte (2) avait fait remarquer qu'il y a une action réciproque des passions sur le cœur et du cœur sur les passions.
Morel a indiqué que les insuffisances des valvules cardiaques produisent des anxiétés avec tendance au suicide. Chez les maniaques à accès périodiques, les exacerbations coïncident parfois avec les plus vives palpitations. Burmann a noté une anxiété hypochondriaque liée aux affections cardiaques.
Raynaud avait donné dans l'article Coeur du Nouveau Diction- ■ naire l'histoire d'un malade dont les accès d'hypochondrie étaient liés à des accès d'asystolie. MM. Peter et Germain Sée ont observé un cardiaque atteint d'hallucinations, qui avaient été suivies d'une paralysie passagère. M. Peter a observé également un
(1) Grasset, les Relations patliogéniques des troubles nerveicx, 1880, p. lAS,
(2) Saucerotte, Z)e l'influence des maladies du cœur sur les facultés intellectuelles et morales de l'homme, Paris, 184 4.
656 DES AFFECTIONS SECONDÂinES DU SYSTÈME NERVEUX.
malade atteint d'affection cardiaque qui a présenté des hallucinations passagères avec délire.
M. Fabre a observé également la tendance au suicide. Ces accidents sont, en somme, assez rares.
Voici les principales statistiques rapportées par M. Limbo (l).
Esquirol Il cai'diaques sur 68 mélancoliques, 16 pour 100.
Webster 12 -
Bayle 16 —
Calmeil 31 — — 100 aliénés 31 —
Lawrence 12 —
Asile de Vienne. . . 75 — — 602 — 12 —
Voppel 12 — — 73 — 16 —
Thyermann 14 —
Dufour 44 — 61 — 72 —
Ce qui constituerait une moyenne de 22 p. 100.
Cette moyenne est un peu exagérée sans doute, mais Morel, Griesinger, Marie, Burmann, qui ne donnent pas de chiffres, reconnaissent la fréquence de cette coïncidences.
Notons, toutefois, que chez un certain nombre, les alcooliques, par exemple, la lésion du cerveau n'est pas la conséquence de l'affection du cœur, mais que toutes deux relèvent d'une cause commune.
Mais il est d'autres affections cérébrales dont ne parlent ici ni M. Limbo ni M. Fabre et qui ont une importance Jplus grande encore.
6° L'hémiplégie passagère, par anémie cérébrale sans altération du tissu, se montre de temps en temps dans le cours des affections cérébrales, alors que le myocarde est altéré soit par la myocardite, soit par l'hypertrophie arrivée à la période de dégénérescence graisseuse. En voici, entre autres, un exemple des plus nets.
Observation LXXXVIIL— Une dame, âgée de soixante-quatre ans, que je soignais depuis fort longtemps pour des affections légères, fut prise, au commencement de l'année 1877, de palpitations et de dyspnée causées par une myocardite à forme chronique. Le cœur n'était pas très grossi ; les ori-
(l) Limbo, Co7itribution à l'élude des encéphalopathies d'origine cardiaque Thèse de Paris, 1878).